Baptiste RABOURDIN

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Catégorie : Les autres…

Un zeste de Sacha-Christ (la résurrection du participatif)

Affaire StaviskyBayonne, 1931.

Voici le beau Sacha. Il convainc le député-maire de monter un crédit municipal, un « Mont-de-Piété » .

Une petite « banque » on les plus déshérités peuvent emprunter de l’argent… à condition de laisser en gage des objets personnels.

Avec la complicité de fonctionnaires et d’élus, une gigantesque arnaque à 200 millions d’euros se met en place. Des bons de caisse sont émis sans aucun contrôle.

En 1934 le scandale éclate (avec déjà le Canard Enchaîné) aboutissant à l’étrange « suicide » de celui qu’on nomma ensuite l’escroc du siècle.

Cela fait des années qu’en tant qu’entrepreneur je navigue dans les eaux troubles de la finance. Comme beaucoup, après la « crise », je me suis interrogé sur l’argent, la banque, la dette… tous ces concepts qui me semblaient clairs, par exemple la fameuse légende des intérêts qui permettent aux prêteurs de vivre de cette activité. Je crois que le déclic a eu lieu quand j’ai appris que la France allait sauver ses banques (BNP, Société Générale…) alors que j’étais persuadé que le France « empruntait » régulièrement de l’argent à ces mêmes banques car sinon qu’était-ce donc que la dette de la France ?..

J’ai vu des tas de documentaires et d’articles pédagogiques concluant que la vraie question était de savoir « qui avait le droit de frapper l’argent i.e. qui avait le droit d’émettre de la dette ? » Or l’affaire Stavisky c’est la moelle. Des contrôleurs complices et des autorités mouillées. Et le fameux « too big to fail » jusqu’à ce que cela finisse dans la démission d’un gouvernement !

Paris, 30 Sept 2013.

runes et chamanismeJe vais à Bercy, Ministère des Finances, pour les 1ères assises de la Finance Participative. Évidemment à la bourre, le service de sécurité me demande « Vous êtes journaliste ? ».

Amusé je réponds « C’est compliqué. » Et hop, prenant cela pour un oui, les vigiles m’envoient illico vers une porte où se tient une session presse.

J’ouvre la porte et me retrouve nez à nez avec l'(ex)ministre Fleur Pellerin, pour une séance presse, avec une poignée de journalistes. Je me sens un peu obligé de poser une question. Ca tombe bien, j’en ai une. A la croisée de la finance participative et de la finance solidaire, à propos des titres participatifs. Madame la ministre répond à côté.  A sa décharge la question est technique car faut-il le rappeler, le crowdfunding equity est bien loin des thématiques de la finance solidaire (voir notre billet là-dessus).

Une fois sorti, je cherche désespérément la plateforme WiSeed avec laquelle je fomente justement depuis plusieurs mois une opération innovante pour émettre des titres participatifs avec leur plateforme equity. Cela s’appellerait WiCoop et ce serait donc une première en France. Il faut juste s’assurer que Bercy comprenne. C’est pas gagné.

Je croise les fondateurs de Kisskissbankbank, Ulule et d’autres challengers. Que des jeunes en baskets dans un repaire de costumes à cheveux grisonnants qui d’ailleurs sont là pour savoir qui racheter.

Rue de Marseille, Paris, 27 Mai 2015.

Demain Le FilmJe vais avoir 33 ans, l’âge christique. Je traîne à Paris et je me rappelle que chez Centre Commercial, il y a le lancement du crowdfunding pour Demain Le Film. Il y a Cyril Dion et aussi Mélanie Laurent (mais comme je suis inculte, je la salue poliment sans savoir qui c’est). Et d’autres amis qui sont dans l’euphorie car le lancement de cette campagne est un triomphe. Or, quelques minutes auparavant, j’ai eu un coup de fil du directeur de WiSeed qui m’informe qu’il annule notre opération avec eco-SAPIENS.

Ça faisait juste 8 mois que nous travaillons dessus. Nous avions fait le déplacement en train à Toulouse pour peaufiner cela quelques jours avant et la collecte d’intentions avait déjà démarré. Bref, un vrai coup de poignard dans le dos qui fait que malgré la bonne humeur des copains, j’avais la tête ailleurs.

Pour infos, le Wiseed dédié aux coopératives existe désormais… mais sans nous. Pour nous ça a plutôt été un oui-cide

Avec nos amis d’Ethiquable (qui d’ailleurs nous avait filé un rapide coup de main quand nous travaillions sur le montage).
J’ai pas mal d’anecdotes truculentes sur ce dossier « financement participatif pour l’économie sociale et solidaire » mais j’ai peur de m’égarer. Car n’en déplaise aux apparences, ce billet suit une certaine logique !

Je vais avoir 33 ans dans 3 jours. Et, croyez-le ou non, on m’a crucifié 3 jours trop tôt !

L’Archipel, Paris, 17 Mars 2016

m6w9Une chapelle vers Saint-Lazare (tiens lui aussi a réssucité !). Immaculée Conception. Ancien siège de l’INPI. Etrange. Les alcôves sont remplies de livres. Drôle de mélange où la grandeur religieuse expose des encyclopédies et des romans policiers… C’est L’Archipel.

La Nef (sic! ), la banque éthique dont nous vantons les mérites depuis toujours organise un évènement pour présenter leur nouvelle plateforme de crowdfunding. Cela s’appelle Zeste. Au début j’ai trouvé le nom assez nul à cause de sa consonance de zozotement. Et puis j’ai vu que ca tournait au jeu de mots : « pour soutenir ce projet, faites un zeste ! ». Bon.

Et puis je me suis souvenu que M6 avait créé une chaîne qui s’appelle W9 parce que c’était la même chose à l’envers. Et j’ai observé que ce Z de Zeste c’était le N de Nef à qui on avait plus modestement fait un quart de tour. Bref, la Nef c’est la banque et le Zeste c’est la même chose mais en 2016 : éthique, coopératif, transparent… et numérique.

Mardi 29 Mars, Ministère des Finances, Paris

J’arriverai un peu en retard aux 3èmes assises de la finance participative. On me demandera si je suis journaliste et je répondrai là encore d’un ton amusé que c’est compliqué. Des banquiers « conventionnels », ceux dont on rappelle chaque jour leurs frasques dans les paradis fiscaux, vont se féliciter de l’essor du crowdfunding qui leur permet de prendre une commission sur des projets qu’ils ne financent pas. Il y aura les plateformes historiques, pionnières, celles qui ont défriché un terrain miné (BlueBees, KKBB, Ulule…) qui ont gardé leur fraîcheur éthique avec les années. Il y aura les plateformes qui m’agacent, celle qui, à la manière du beau Sacha, se financent entre elles parce qu’elles ont péniblement gagné cet agrément.

Ou peut-être que je ne pourrai même pas rentrer. Qu’en fin de compte, c’est moi le beau Sacha à m’inviter clandestinement dans les cénacles de la phynance. Et les vigiles m’arrêteront en disant : « Halte là ! Plus un zeste ! »

 

zeste

Biomimétisme, économie de la connaissance… à voir !

cactusC’est la révolution du XXIème siècle!

Bon je sais ce n’est pas la première fois que l’on entend cela. Mais restez-donc pour vous faire un avis.

Etant de constitution curieuse mais méfiante, je me suis laissé intriguer par une conférence qui a séduit nombre de mes amis.

Il s’agit d’une audition de Idriss ABERKANE au Conseil Economique Social et Environnemental à propos du biomimétisme. Ce jeune et brillant chercheur (Supélec, Polytechnique, Stanford…) expose en quelques minutes comment s’inspirer du vivant pour innover.

Cela fait longtemps que je connaissais les concepts mais cette vidéo est une parfaite synthèse pour s’introduire aux concepts d’économie de la connaissance et de biomimétisme.

Visionnez la vidéo avant de lire ce qui suit (sauf si vous êtes pressés)

vidéo

Néanmoins, certaines choses m’ont chiffonné car en marge de remarques percutantes et de bon sens, le propos général me semble encore malgré lui « connecté » à de vieilles conceptions.

L’économie de la connaissance

L’intervention démarre d’abord sur cette considération que toute théorie révolutionnaire passe par 3 stades :

ridicule => dangereuse => évidente

Par exemple le droit de vote des femmes ou l’abolition de l’esclavage. On attribue à Gandhi la phrase « First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win » qui donne du baume au cœur à tous les militants des causes perdues… y compris les plus ambiguës (théorie de la terre creuse et récentisme par exemple – cette dernière étant déjà passé de « ridicule » à « dangereuse »…)

evasion-paresseuxJe crains que ce genre de vision de la « théorie des idées » ne soit au final qu’une tautologie rétrospective. L’épistémologue Paul Feyerabend, sur le champ purement scientifique, a carrément renoncé à trouver une structure en histoire des sciences. Au final, une théorie s’impose… parce que les vainqueurs ont vaincu !

J’ai conscience que c’est très décevant pour nous tous qui cherchons des « recettes » ou des « principes » pour faire valoir nos idées; néanmoins si l’homme préhistorique ou moderne avait adopté des comportements optimaux, nous ne serions pas là pour l’écrire…

Hormis cela, je partage le constat. Le paradigme dominant, celui de la croissance infinie et de l’économie matérielle, est condamné et nous peinons aujourd’hui à basculer définitivement sur un nouveau paradigme. Et qui, pourquoi pas, serait lié à l’économie de la connaissance.

Rappelant que contrairement aux matières premières, la connaissance est infinie et est donc compatible avec une croissance infinie, M. Aberkane propose 3 lois sur lesquelles repose l’économie de la connaissance.

  1. Echanges à somme positive
    quand on partage un bien matériel, on le divise. Mais quand on partage une connaissance, on la multiplie.
  2. Echanges pas instantanés
    Cela prend du temps de partager et d’assimiler une connaissance. Transférer de l’argent est immédiat. Assimiler la physique quantique c’est plus long…
  3. Les combinaisons de connaissance ne sont pas linéaires
    « 1 kg de connaissance + 1 kg de connaissance = 3 kg de connaissance ». Au pire de nouvelles connaissances triviales, au mieux de nouvelles connaissances.

poissons-fumesLa force du propos de ce chercheur réside dans cette belle métaphore d’une humanité qui aurait vécu des années dans une bibliothèque où elle aurait jeté au feu les livres pour se chauffer. Alors que nous aurions pu ouvrir les livres de la nature. C’est ce que propose le biomimétisme.

Le biomimétisme : lire la nature

« Le biomimétisme, c’est l’art d’extraire la connaissance de la nature ! ».

S’ensuit un catalogue d’exemples « classiques » quand on veut montrer à quel point la nature est high-tech !

  • Les nanomatériaux des diatomées (plancton) plus précis qu’un processeur Intel.
    « Dans une goutte d’eau de mer vous avez  des puces Intel qui flottent… et nous narguent depuis 3 milliards d’années »
  • L’aérodynamisme de la peau de requin, meilleur revêtement au monde (Airbus s’en est inspiré, combinaisons interdites pour la natation, BASF s’en est inspiré pour faire une peinture antifouling)
  • Le blindage de l’ormeau (le coquillage, pas l’arbre) capable d’arrêter un bazooka. « Ca peut vous blinder un char Leclerc et c’est moins dangereux à fabriquer par rapport à une usine AZF ».
  • La mu-conotoxine du coquillage qui vaut 800 millions $ / kg et qui est en voie d’extinction car on vend ce cône du Pacifique 3$ aux touristes parce qu’il est joli.
  • Le ver de vase, substitut d’hémoglobine O- universellement transfusable, 50 fois plus oxygénante et donc top pour le dopage et les transplantations.
  • Le byssus de la moule, meilleure colle du monde et qui ne pollue pas. Utilisé aussi comme fil de suture mais réservé aux césariennes de stars car il fait des plaines nickel.
  • La crevette mante-religieuse, dont les pinces-marteaux a la vélocité d’une balle de fusil, générant des étincelles de 22 000°K, faisant même de la supercavitation (et là des considérations sur l’armement russe, iranien et chinois). Elle a aussi le meilleur écran solaire qui plus est non polluant.

radeau-cimesVient ensuite une analogie entre le premier derrick pour forer du pétrole (exploitation de la nature) et le « radeau des cimes » sur la canopée amazonienne, premier extracteur de connaissances de la nature.

Enfin une digression sur la Corée du Sud :

La Russie exporte moins que la Corée du Sud qui n’a rien, aucune matière première. […] Par contre, la Corée du Sud c’est le premier fabricant d’écrans LCD, de moteurs de bateau, un très grand fabricant mondial d’automobiles : ils exportent de la connaissance [sic].

Toute leur économie est basée sur la connaissance et c’est pour cela que la Corée est passée de la guerre de Corée à nos jours, de 1 boite de corned-beef comme repas à un PIB par habitant supérieur à la France.

Au travers de ces exemples, je suis comme saisi d’un doute.

Doute confirmé par le discours de conclusion tellement goldmansachsesque.

Quoi ? En 2015 vous saviez que dans la Nature il y avait des circuits R&D à 10 milliards, des céramiques dont le développement marché est supérieur à 1 milliard, il y avait des toxines qui valent 800 millions de dollars le kilo – c’est combien de litres un baril de pétrole ?-  30 centimes le litre pour le pétrole, 1 milliard le litre pour la toxine.
Vous saviez tout ca… et vous extrayiez le pétrole de la mer ?
[…]

Le frein majeur, c’est que si nous avons le derrick, nous n’avons pas la raffinerie.
[…]
Dans le biomimétisme, un écosystème inexploité c’est comme une nappe pétrolière… sauf que quand vous l’exploitez vous ne le détruisez pas. […]

Et en plus il y a beaucoup plus d’argent à se faire comme çà !

Déjà un doute s’immisce. On nous explique comment on va résoudre la quadrature du cercle, le Graal de la réconciliation entre écologie et économie, l’argent et la nature. Mais on subodore déjà que tout cela n’était qu’un songe… qu’en fait ce qui est appelé « économie de la connaissance » est une R&D qui, à court d’idées, vient singer ce qui se passe dans la nature.

Cela se confirme avec la conclusion qui parle de la blue economy (terme modernisé pour l’autre concept qui fit flores il y a peu, craddle-to-craddle déjà renouvelé par l’ubuesque économie circulaire) où l’on affirme qu’il est possible de faire des chaînes économiques circulaires, sans déchet, et en plus on est ‘achement rentable et hyper compétitif.

Idriss ABERKANE finit avec l’exemple historique du coton lors de la guerrede Sécession aux Etats-Unis, opposant le Sud adepte de l’esclave, contre le Nord industrialisé adepte de la machine à vapeur… qui se révelera bien plus rentable.

Qu’en penser ?

tree-hugsCet exemple du coton est doublement paradoxal.

1) Il démontre que ce qui compte au final c’est le primat de la compétition. Ce n’est ni pour des raisons éthiques ni pour des raisons écologiques (biomimétiques ?) que les Nordistes ont gagné.

2) Si on applique le biomimétisme au coton, on pourrait dire qu’un arbre le cotonnier produit une matière inspirante pour les humains bien plus robuste et thermique que leur peau naturelle. le coton est-il une innovation à un milliard de dollars ?

Ce que je veux dire c’est que depuis toujours nous faisons du biomimétisme. Un long débat quasi ontologique qui nous amène à requestionner le lien entre Nature et Technique. Le projet ITER ne consiste-t-il pas à recréer l’énergie du Soleil dans nos tokamaks ? L’acide acétylsalicylique de l’aspirine n’a-t-il pas été isolé dans le saule ?

Pour quitter le champ sarcastique, je souhaite juste rappeler que la Technique n’est que la transpiration de la Nature par l’Homme. Donc tout le propos de cette vidéo est « de bon sens ». On n’a plus à gagner à comprendre et respecter le vivant plutôt qu’à l’exploiter avidement.

Le grand paradoxe de cette vidéo est que pour justifier son propos et cet appel à une révolution de l’imaginaire, ce chercheur est obligé de reposer son argumentaire sur des considérations de l’ancien monde « it’s very big money, my friend« .

volcanoPour reprendre l’exemple de la toxine utilisée en neurosciences, cette « valeur marchande » n’a de sens que dans un contexte de société hyper-industrielle. Les malheureux exemples, tous empruntés au secteur militaire, sport-spectacle ou pseudo-médical s’égrènent comme des aveux nostalgiques.

J’avoue que la première fois que j’ai entendu parler de biomimétisme c’était dans l’architecture. Et de nous faire rêver avec des tours et des dômes de stades futuristes, genre toile d’araignée. C’est peut être ringard mais moi ces choses là ne me font pas rêver. Parce que bon les stades de foot, je sais pas si vous êtes au courant mais c’est comme les aéroports… Ils sont désertés…

Nulle peine de me traiter de technophobe (polémique d’un autre temps…). Je fais juste remarquer que ce qui est appelé ici économie de la connaissance n’est qu’une variante de ce que certains économistes croissancistes nomment « économie dématérialisée » ou « tiers-économie » et qui pensent avoir trouvé dans l’échange immatériel la solution au problème de la croissance infinie.

Si cette vidéo m’a beaucoup plu malgré tout, il n’en reste pas moins que j’en déplore son manque de recul. Elle gagnerait à s’articuler avec d’autres réflexions plus systémiques (le convivialisme d’Alain Caillé, l’anthropologie de la dette par David Graeber) qui nous amènerait à questionner bien plus loin ce que pourrait être l’économie non prédatrice.

L’enjeu n’est pas de savoir comment on va cultiver des moules pour, grâce à leur byssus,  refaire « nickel » les seins de Paris Hilton mais bel et bien comment on va vivre à plusieurs milliards ensemble car, tenez-vous bien, même le modèle de la Corée du Sud n’est pas généralisable (ni souhaitable). Car pour exporter écrans et bateaux… il faut bien que d’autres en achètent.

Sur ce, je retourne à une vidéo que l’on ma conseillée sur l’agro-écologie. Bizarrement, je sens que l’on y parlera moins dollars et de cash-intensive !

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Edit du 06/10/2016 : il y a une suite à ce billet, à propos d’une autre vidéo d’Idriss Aberkane : Du transhumanisme au surhumanisme (il est fort Idriss Aberkane)

Voyage au pays des arnaques

lego-arc-triompheA chaque fois que je reçois un spam je me demande toujours qui sont les personnes qui « se font avoir » et qui contribuent malgré eux à cette industrie de l’ombre, polluant nos vies… et nos serveurs.

Car c’est statistique. Si les spams, le phishing et autres entourloupes sont toujours présentes en 2015, c’est que les spameurs rentrent dans leur frais. Pour 10 000 envois, il suffit d’un gogo pour les convaincre de poursuivre leur funeste activité.

Coluche disait « quand on pense qu’il suffirait de ne pas acheter pour que ça ne se vende pas« . Eh bien sur Internet c’est la même chose : quand on pense qu’il suffirait de ne jamais cliquer pour que toutes nos boites mails soient plus légères.

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Nespresso, prison, décroissance. Une semaine parmi d’autres

6682_870c_500J’avais tout simplement envie de partager des réflexions liées à une semaine riche en rencontres.

Il s’agit de 3 contextes fort différents, les Champs-Elysées, la prison et un stand Alternatiba, qui m’ont perturbé pour différentes raisons et dans tout ce fatras, une leçon je cherche encore. Si vous l’avez je suis preneur.

Mercredi. Nespresso

Mercredi j’acceptais un déjeuner dans la boutique Nespresso des Champs-Elysées. J’ai déjà parlé de ma perplexité à propos de cette filiale de Nestlé, désormais engagée dans une communication sincère et factuelle sur sa contribution au recyclage et à l’agroforesterie.

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La Ruche Qui dit Oui attaque en justice les AMAP pour concurrence déloyale

alligator-golfPour ceux qui ne le savent pas, une petite rivalité s’est installée dernièrement dans le monde des paniers locaux.

D’un côté il y a certaines AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) qui fonctionnent sous forme associative et « obligent » des personnes à partager la récolte d’un paysan (pas toujours mais souvent bio) en récupérant chaque semaine un panier. Un système bien établi depuis plus de dix ans mais que certains abandonnent en raison des contraintes (on paye à l’avance, il faut être là à chaque distribution, on choisit pas ce que l’on a).

En 2010 est née la plateforme Internet La Ruche Qui dit Oui, qui propose également du circuit-court, pas forcément bio, en permettant à des producteurs de vendre directement dans des lieux de distribution gérés par un « responsable de ruche ».

Tout le monde était alors emballé !

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Mais pourquoi on ne parle pas plus de ce billet ?

ClementSalon2Mardi 10 Mars. Calme plat au bureau. Dehors la tempête sociale et environnementale.

Par ce jour d’hiver aux allures de printemps, je me décide à aller déjeuner pas très loin, visiter l’usine France-Craft en Essonne.

J’avais rencontré son fondateur Marc Chevreau quelques mois auparavant où il présentait sa voiture électrique, la F-City, qui a la particularité d’être une vraie alternative crédible dans le paysage nébuleux des voitures électriques. Elles ont des plaques d’immatriculation, vont jusqu’à 90 km/h, ont une autonomie de 100km. Lors de cette rencontre, son collègue avait du me ramener chez moi et c’est un peu par hasard que je suis monté pour la première fois dans une voiture électrique.

Moi qui ne suis pas très branché bagnole (je me permets de faire un renvoi vers cet autre billet « Comment j’ai visité une usine Renault » où j’étais le seul blogueur invité à être dubitatif sur la capacité des grands constructeurs à devenir écolo…)  et qui suis particulièrement méfiant des miroirs aux alouettes, je dois le confesser : la voiture électrique F-City est un petit miracle pas très ébruité !

Il y a beaucoup de choses à dire sur la voiture électrique et je ne suis pas expert. Comme beaucoup de monde, je recueille l’écume médiatique. A savoir dans les grandes lignes…

  • La Blue Car de Bolloré : un scandale de lithium de la part d’un groupe qui accapare les terres là-bas et attaque la presse ici !
  • La Zoé de Renault qui y va… si lentement si lentement….
  • La Tesla : trop chère et trop frimeuse
  • La Heuliez : le « canard boiteux » que Ségolène Royal a tenté de sauver tant de fois…

Le truc vraiment chouette avec la F-City c’est qu’elle est « en kit ». Il est possible, en forçant le trait, de monter une mini-usine chez soi pour les assembler ! Une voiture légère, fonctionnelle, open-source, électrique !

Alors j’ai demandé à Marc : « Comment cela se fait-il que l’on ne parle pas plus de la F-City ? »

Manque de communication ? Volonté d’y aller progressivement ? Omerta des médias qui sentent que cela peut froisser leurs annonceurs…? (Je rappelle que Bolloré c’est aussi Direct Matin et des participations dans plusieurs medias, que Renault est le premier annonceur pub en France). Il égraine les explications avec bonne humeur…

Les pouces en l'air ! Sans le savoir, je suis fier d'avoir aussi un Jean 1083 très Tour de France aussi !
Les pouces en l’air !
Sans le savoir, je suis fier d’avoir aussi un Jean 1083 très Tour de France aussi !

Et puis son téléphone sonne. C’était Clément Leroy qui cherchait un endroit où dormir le soir.

Clément Leroy ? Mon idole du moment ! Je l’ai interviewé sur ce blog le mois dernier !

Depuis 3 mois, Clément sillonne la France en demandant chaque nuit l’hospitalité dans des bleds aux noms sympathiques. Que ce soit à Chatte, à Montcuq, à Orgies, à Longcochon ou à Y, il arrive avec sa bonne humeur, son saucissons et surtout son spectacle de « vélo sur place » dont il détient le record !

C’est frais, convivial, décalé et surtout c’est une vraie réflexion sur le voyage. Il a un vélo qui est parmi les plus rapides du monde, un magnifique vélo sans frein… avec lequel il détient le record de sur-place.

La semaine dernière, il a donné une conférence TedX (la vidéo est ici, à 5h51) où il explique que « voyager c’est d’abord parler avec son voisin » ce qui pourrait être la définition de via-sapiens…

En ces temps troubles où nos politiques et nos médias agitent les éternels chiffons de la méfiance de tous contre tous, la pérégrination de Clément vient comme un bol d’air.

Nec plus ultra, en plus de promouvoir l’esprit potache, les rencontres authentiques, le voyage sur-place, et même la marche arrière, Clément a des sponsors géniaux. Il y a les boissons anti-énergisantes Obo (petit clin d’oeil à RedBull) et donc aussi France Craft puisque Clément a fait ton son voyage en France dans une F-City.

« Aucune panne, zéro euros le plein, ça m’a soulagé le budget et sauvé la vie ! » me confie-t-il.

Ah oui parce que je vous ai pas dit, Clément est venu dormir à la maison. Il était tard alors on s’est épargné le rituel du spectacle sur la table de mon salon… mais on a discuté et pris quelques photos 😉

ClementSalon1J’en ai profité pour lui expliquer les labels de l’éco-consommation (ah ah Clément toi aussi tu croyais que ca voulait dire « recyclé ») et je lui ai offert un manifeste négaWatt comme çà, lui qui fait de l’écologie sans le savoir, il pourra parler grands enjeux énergétiques maintenant !

Alors j’ai demandé à Clément : Comment cela se fait-il que l’on ne parle pas plus ton tour de France ?Peut-être que parler de bonne humeur, de convivialité, de joie de vivre… ca n’intéresse pas trop les médias. Il y a certes eu 20Minutes (concurrent de Direct Matin…) mais ça mérite bien un petit Pernaud, un petit Drucker ou un petit Barthès non ?

Ils peuvent toujours l’inviter, moi ça m’est égal, c’est dans mon salon qu’on s’est rencontré !

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Co-branding… le vélo des eco-SAPIENS « Le Cycle éthique » un peu à plat.
Derrière la F-City où rentre le vélo de Clément au millimètre !

J’en ai marre des moteurs de recherche solidaire !

Droit de réponse :
Suite à ce billet, j’ai pu rencontrer Clément et Marc de Lilo. Autour de breuvages, nous avons pu parler librement de mon billet.
Il me semble important d’apporter les précisions suivantes qui dénotent d’un réel souci d’amélioration de cette initiative qui reste tout de même mieux que rien :
– Lilo n’utilise pas que l’algorithme de Google, une option permet d’ailleurs de s’en passer
– Lilo est engagé sur le terrain de la vie privée (respect directive CNIL anti-cookie et algorithme anti tracking publicitaire)
– Lilo a financé plus de 60 projets sociaux ou environnementaux qui agissent concrètement en France, et a presque reversé 190 000€

Je vous invite à lire leur droit de réponse sur leur blog.

 

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« Changez le monde sans changer la planète ».
Si si !

Faut croire qu’on ne se refait pas… Certains lecteurs aiment bien quand je cogne, quand je fais le chevalier blanc, le chercheur de petites bêtes. Moi ca me gêne parce que je sais que  l’exercice du bashing peut-être blessant.
Continue reading « J’en ai marre des moteurs de recherche solidaire ! »

Tuer Amazon, un hobby comme les autres…

librairie-visageIl est de bon ton de taper sur Amazon, comme s’il s’agissait du mal suprême. Récemment, j’ai découvert une extension nommée Amazon Killer. Comme je travaille, dans un secret relatif, sur quelque chose de similaire,  je l’ai testée et je me permets une analyse à chaud… quitte à défendre Amazon !

Continue reading « Tuer Amazon, un hobby comme les autres… »

Hommage unanime au génie de Clément Leroy

Réveillon à Froidcul. L'anecdote est géniale... Clément pensait avoir trouvé le gîte mais...
Réveillon à Froidcul. L’anecdote est géniale…
Clément pensait avoir trouvé le gîte mais…

Comment ? Vous ne connaissez pas Clément Leroy ? Faites attention, il risque sous peu de frapper à votre porte à l’improviste pour vous demander gîte et couvert. En échange de quoi il vous fera son spectacle sur vélo dans votre salon.

Dans ce monde morose où l’on s’embourbe continuellement entre médias anxiogènes, gourous économiques accrocs à la croissance, et dégradations naturelles, il y a et il y aura toujours des résistants. Et cette résistance a le mérite de revêtir tous les visages, même les plus inattendus.

L’année dernière, nous étions plusieurs à découvrir penauds le jeune Corentin de Chatelperron, 26 ans. Il était parti faire un tour du monde à la voile, sur une embarcation de fortune en jute qu’il avait construite en 6 mois au Bengladesh. Il racontait ses péripéties loufoques pour franchir le canal de Suez ou sa relative angoisse au large de la Somalie (« si les pirates m’attrapent, je prendrai des somnifère…« ).

Eh bien actuellement, le jeune Clément Leroy, 26 ans aussi, sillonne la France mais avec quelques spécificités qui, mises bout à bout, ressemblent à une liste à la Prévert.spectacle de salon

  • Obtenir gîte et couvert chez l’habitant à l’improviste
  • Dans des villes à toponymie rigolote
  • En jouant son spectacle de vélo « sur place » dans le salon
  • Et avec un saucisson

Cette initiative s’appelle donc « Un Vélo dans le salon plus un saucisson »

Il faut savoir que Clément est champion du monde de vélo … en sur place équilibriste (2013), en marche arrière (en 2001 quand il avait 13 ans) et c’est un sacré jongleur… toujours sur vélo.

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Dans le salon de la maire de la commune au plus long nom :
Saint-Rémy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson

Avec son blog, on découvre des photos insolites. Avec son vélo acrobate dans le salon du maire, sur le toit de sa voiture électrique en kit FranceCraft, près du panneau de ville « Froidcul, saint-amand du Fion, Bou, Soucy, Pannes, …

Alors, pris d’amour pour ce joyeux Tour de France sans dopage mais à coup de shoots d’hospitalité et d’humour décalé, j’ai décidé de contacter Clément.

Par chance il est disponible et n’a pas hésité à répondre à mes questions.

Voici donc la première interview eco-SAPIENS !

 

Bonjour Clément, au fait, comment trouvez-vous les noms des villes où vous allez ?

Soit je prends Google Maps et je regarde à 80 km de mon lieu de départ s’il n’y a pas des communes au nom sordide. C’est très artisanal, je regarde le matin pour le soir !

Sinon je lance un message sur Facebook la veille quand j’ai envie de faire participer mes « followers ».

Enfin, troisième cas de figure, mes hôtes ou autre me conseillent des villes à ne pas manquer !

 

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A la mairie de Pannes

Le vélo qui tient debout, la voiture électrique en kit et le saucisson dans un salon… y a-t-il un intrus ?

Aucun intrus, quand on sait que je suis psychologue et que c’est un rêve réalisé il y a 18 ans (je me voyais faire du vélo en marche arrière) qui gouverne ma vie tout rentre dans l’ordre !
Est-ce que les villes vous sollicitent pour que vous veniez chez elles ?

Pas encore ! Justement c’est génial. J’arrive vers 16-17h à l’improviste dans les communes au nom insolite. Et à chaque fois tout le monde s’arrange pour que j’arrive à voir Mr le Maire, à lui jouer mon show sur son bureau, et à dormir au chaud ! Je trouve ça plus beau quand c’est improvisé.

 

A chaque fois, vous comptez sur l’hospitalité des gens quand vous débarquez chez eux. Pour le moment, il semble que vous n’ayez jamais été déçu. Y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

Oui pour le moment je dors tout le temps au chaud, j’ai même peur de ne pas avoir une seule fois la mésaventure de dormir dans ma voiture.

Les Français sont hyper accueillants ! Pour me mettre de grosses difficultés j’ai tenté le 25 décembre au Luxembourg à Hesper (allez demander à des étrangers de vous héberger dans un projet de tour de France, et ça pour Noël !). Et j’ai quand même trouvé des hôtes. Ils étaient 22 dans la baraque quand je suis arrivé ! C’était grosse ambiance pour le spectacle, et j’adore ça !

Si une rencontre m’a marqué, je dirais que c’est à Rarécourt, le 23 décembre, où j’ai frappé à une porte où ils venaient de perdre un être cher. Ils m’ont offert le gîte et le couvert, je leur ai joué le spectacle, et ils m’ont remercié de leur avoir changé l’esprit à ce point. Ça m’a fait extrêmement plaisir. C’était très touchant.
Et chaque famille apporte sa petite touche, un saucisson, du miel, de la confiture, une spécialité locale, etc. C’est un projet basé sur l’échange, et j’adore ça !

Entre le monde d’aujourd’hui et vous, qui est le plus fou ?

C’est le monde dans lequel nous vivons qui est le plus fou. J’arrive avec ma bonne humeur, ma joie de vivre et mon vélo sur l’épaule, forcément plein de monde à envie de m’aider ! C’est plutôt le nombre de personnes qui paraissent aigries par la vie qui me fait peur ! Notre société fabrique des personnes individualistes incapables d’aider leur prochain. C’est hyper triste, et c’est bien ça le plus fou !

Mais ne vous inquiétez pas, il reste plein de personnes attentives à notre monde. Et la démarche écologique de mon projet séduit beaucoup ! Déjà 900 km réalisés dans cette aventure et toujours pas 1€ dépensé de ma part pour avancer. Chaque soir je recharge ma voiture chez l’habitant. Mes hôtes sont, en plus d’être accueillants, généreux, et potentiellement à chaque coin de rue !

Bref, j’ai beaucoup d’espoir pour notre avenir !

Merci Clément ! Et bonne suite en Australie !

Car oui, après Clément part faire le tour d’Australie sur le même principe en espérant jumeler les communes françaises aux noms bizarres avec leurs homologues australiennes. Eh oui, malgré les apparences tout ceci a un sens !

© toutes les photos proviennent du blog de Clément

La suite s’il vous plaît !

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Drôle de billet que celui-ci…

Et ils travaillèrent heureux…

blanche-neige-mecaniqueTout le monde aime les belles histoires. Les enfants aiment quand, dans les contes, après le danger et la peur, vient le happy end.
« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants« .

Les adultes ne sont que de grands enfants. Quand on leur annonce que l’on va écrire un chapitre avec des ingrédients coopératifs, écologiques et éthiques sur Internet (danger, peur) , ils attendent le happy end moderne :
« ils travaillèrent heureux et gagnèrent beaucoup d’argent« .

Mais la vie n’est pas un conte de fée car l’entreprise est un un compte de résultat…

Les affaires se corsent et tant mieux d’ailleurs car les contes sont toujours trop lisses (d’où l’idée d’en avoir réécrits…).

Alors on passe à l’écriture du deuxième chapitre. On se renouvelle comme on peut, on change de style, on appelle même de nouveaux personnages pour faire rebondir l’intrigue. On annonce quand même que le happy end ce ne sera pas le « beaucoup d’argent » mais rassure, ce sera quand même une belle histoire parce qu’il y aura des rencontres, des enseignements, des expériences, des rigolades, des épreuves… la vie quoi.

Nous avons créé la coopérative eco-SAPIENS en 2007, suite à une idée qui, comme toutes les bonnes idées, est née un soir arrosé sur le Pont des Arts. Il y a bien sûr Benjamin et moi. Il y a Françoise for all. Il y a ma sœur Sabine. Il y a Martine forever. Il y a tous ces investisseurs initiaux et bienveillants pour croire en nous au départ, doctes ingénieurs mais sans le sou, sans réseau et sans expérience professionnelle. Fallait vraiment qu’on ait l’œil qui brille pour que les gens croient en nous !

elephant-obstacleGénérique et teasing

Il y a ceux qui sont passés et à qui on a modestement retourné le cerveau. Parfois quelques semaines, parfois des années : Pauline, Doris, N’Gamet, Jonas, Aurélie Orel-San, Yannick, Emilie, Sonia, Gwenaëlle, Stéphane et Benoît.

Il y a le flamboyant Minh aussi 😉

Dans quelques jours, Aurélie La Grande et Benjamin partent vers de nouvelles aventures.

Pour ceux qui veulent tout savoir, Benjamin va commencer par s’occuper d’éléphants au Laos. Quelque chose comme ça.

Autant dire que cela fait bizarre. Me voilà un peu comme la Vestale, chargée d’entretenir le foyer (eco) avec sagesse (sapiens) en attendant que…

paquebotEn attendant quoi au juste ?

En effet, depuis l’annulation de notre levée de fonds avec WiSeed (prompt à financer des start-ups innovantes genre EDF ou un aéroport public… mais effroyablement longuet pour nous planter au dernier moment…) nous nous sommes accrochés de liane en liane pour maintenir la coopérative à flot.

(Difficile de cacher l’amertume tant, à titre personnel, j’ai la sensation d’avoir été trahi et même d’avoir embarqué des copains dans l’aventure ( Symba, La Louve, Biocoop… on en parlera une autre fois).

Donc nous maintenons le navire à flot. eco-SAPIENS est aujourd’hui comme une page blanche qui aurait remonté le Rhône et le Canal du Midi.
Un seul rescapé, les autres sur les canots.

Et comme chantait Brassens :

Le capitaine crie : « Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d’abord !

En un mot, eco-SAPIENS est bien vivant mais on a rentré spi et grand voile…

Du coup, permettez-moi de vous livrer quelques réflexions intimes qui peut-être vous donneront l’envie d’écrire quelque chose sur cette page.

Une petite histoire de l’éco-conso et du web

fidelLe paysage de 2014 est bien différent de celui de 2007 quand nous avons lancé le guide d’achat éthique eco-SAPIENS. Les alternatives à la conso existent depuis bien longtemps et des salons réputés (Primevère à Lyon par exemple) étaient incontournables mais n’avaient pas de visibilité sur le web, hors des réseaux convaincus.

Sur Internet, on trouvaient quelques initiatives (déco du commerce équitable, mode éthique, cosmétiques bio, puériculture écologique…) mais tout ceci était disséminé. Notre hobby, c’était de rassembler tout cela, de le trier, de l’évaluer et d’en faire une offre consistante et cohérente. Et tous les acteurs de gagner en visibilité.

Parallèlement, sur le web, les réseaux sociaux n’existaient pas. Google régnait en maître de la distribution de trafic. On comparait le pagerank et on cherchait des backlinks pour mieux ressortir en première page. Nous avions la chance de produire pas mal de contenu à nous (dossiers, actualités, fiches marques) qui répondait à de vraies questions émergentes.

Je me souviens d’une de nos premières questions sur le forum, pour savoir si les lombrics, esseinia california, vendus par une de nos boutiques, n’étaient pas des vers exotiques. J’avais été demander à un spécialiste universitaire des lombrics pour avoir la réponse

elle-est-green-229x300Il y avait donc un foisonnement d’alternatives que beaucoup de Français découvraient et, même si la littérature existait probablement, elle n’était pas dispo sur le web. C’était comme un eldorado et c’était passionnant.

Il y avait le salon Planète Durable, le festival Science Frontières, l’Ethical Fashion Show et les green drinks… Autant de signes « mainstream » qui laissaient présager que la société française basculait. On a même posé dans Elle Magazine avec Marion Cotillard… Si ce n’est pas la consécration !

En 2009, il y a la douche froide du sommet de Copenhague. C’est à dire que le monde politique international a dit « Suffit ! Business as usual ». Et le business avait pourtant dit « suffit ! » l’année d’avant avec le début de la crise financière, la faillite de Lehman Brothers.

Coup de grâce propre à eco-SAPIENS, il y eut ce coup de téléphone de Google (Irlande) nous sollicitant pour acheter des mots clés  (AdWords). On fait un peu les malins en disant qu’on aime pas trop les modèles publicité sur Internet. Et le nouvel algorithme de Google nous sucre une bonne moitié de trafic dans les mois qui viennent. Hasard ou coïncidence…

En gros, de 2010 à 2014, nous avons redoublé d’efforts et fait comme tout le monde : revoir le commercial et le marketing, délaisser les zones non immédiatement rentables (la production d’information) et réduire nos dépenses de communication.

On a vu tous les copains, les partenaires, les concurrents tomber comme des mouches les uns après les autres. Tiens dernièrement, c’est GreenRepublic, qui s’était relancé pour passer de boutique à marketplace, le soi-disant graal du e-commerce, qui a planté… pour se faire racheter par le mastodonte Greenwizz, la structure capable d’encaisser un million de pertes chaque année…

via-sapiens-pubDe notre côté, et c’est peut-être la force du modèle coopératif, à savoir des associés-salariés qui s’accrochent, eco-SAPIENS avait trouvé un équilibre. Mais vivre ainsi devient lassant et c’est pour cela que nous avons lancé via-sapiens ce qui impliquait de lever un peu d’argent.

En 2007, on n’était rien et le crowdfunding n’existait pas. Nous étions parvenus malgré tout à réunir 35 000 euros de capital extérieur (ce qui nous a quand même permis de salarier environ 4 personnes pendant 7 ans…).

En 2014, on revient à la souscription avec quand même un peu plus de bouteille, un site internet, une marque; bref on est un peu plus à l’aise pour solliciter des investisseurs. Et comme on est devenu paresseux, on veut bien passer par les professionnels du secteur. Et là les galères commencent… Des fonds économie sociale et solidaire qui ne vont pas dans le numérique car trop risqué, des fonds numériques qui ne vont pas dans l’éthique car trop peu lucratif. Et donc une expérience malheureuse avec WiSeed qui nous tétanise.

Alors quelle est la place d’eco-SAPIENS après 2014 ?

Nous avons plaisir à faire des sujets de fond sur l’éco-consommation, comme peuvent en faire nos amis belges d’ecoconso. Mais voyez-vous, cela est coûteux et relève peut-être d’avantage d’une délégation publique. En même temps, quand on voit le guide des labels façon ADEME… on est forcément tenté de rectifier le tir… Précisons que nous n’avons jamais reçu de sous pour Les Bons Labels et les Truands. C’est pour la cause comme on dit !

Bref, proposer une info indépendante et de qualité sur l’éco-consommation, c’est compliqué pour une structure privée. Et certains médias font bien le boulot.

Le comparateur doit quant à lui continuer d’exister. Il doit se moderniser aux nouvelles normes en vigueur sur le web.

Enfin, sur le tourisme et les loisirs, le portail via-SAPIENS est mis en stand-by. Qu’en faire ? Le vendre ? Le relancer ? Le passer en open, à la manière des wiki ou des OpenFoodfacts ?

Peu importe, le seul objectif qui nous gouverne, c’est celui qui est écrit en tant qu’objet social dans nos statuts :

« Promouvoir des modes de vie compatibles avec un développement dit durable« 

Nous sommes ouverts à toute proposition !

 & joyeuses fêtes !

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Aurélie, Benjamin et Baptiste