Baptiste RABOURDIN

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Catégorie : Un peu sur nous

De l’éco-consommation à l’eco-finances

On n’est pas sérieux quand on a 23 ans.

Diplôme d’ingénieur en poche, me voici en route vers la marche pour la décroissance où François Schneider et son ânesse Jujube se dirigent lentement vers le grand prix de Magny-Cours pour alerter sur la fin du pétrole.

Je bricole ma pancarte pour l’occasion. Et j’ai enfin trouvé mon slogan goguenard : « la F1 du pétrole« . Qu’est-ce qu’on rigole !

Je commence à animer une chronique tous les lundi matin sur la radio libre Radio Zinzine. Le studio est à Aix-en-Provence, ce qui me permet de faire des micro-trottoirs avec une toute nouvelle espèce : les conducteurs de 4×4 (on ne dit pas encore SUV). Le coeur de cette radio se situe sur les collines de Forcalquier, à Longo Maï, une coopérative libertaire européenne.

Je n’y suis allé que deux fois. La première, j’avais entre autre rencontré un jeune menuisier philosophe auteur de l’excellente revue confidentielle « Notes & Morceaux Choisis ». La deuxième fois, rien qu’à l’écrire, je ressens la puissance tellurique des chansons d’un artiste alors inconnu pour moi et qui s’appelle Allain Leprest. Sous les étoiles provençales se déploie l’intimité du chant mêlé au piano. Et ces collines qui semblent également se taire pour profiter de ce moment unique.

Je commence à bricoler une idée avec mon ami, camarade, collègue Benjamin. Ce sera eco-sapiens. Incubé dans la couveuse d’activité solidaire InterMade. Ce n’est qu’aujourd’hui que je réalise à quel point cet « accident » de parcours a façonné mon rapport à l’entrepreneuriat. Il serait temps de remercier la fondatrice Sabine d’avoir osé créer un tel ovni.

Rejoints en cours de route par Martine puis Françoise qui, avec du recul, devaient être sacrément confiantes pour rejoindre les deux idéalistes inexpérimentés que nous étions.

Je réalise qu’en mentionnant ainsi les compagnon-nes de route je vais forcément en oublier et j’en aurai des remords amers…. Mais quand même merci Jonas, Pauline, Aurélie x2, Benoit, Minh et donc, j’avais prévenu, ceux que j’oublie ici.

Bref. De 23 à 30 ans, je me suis frotté à l’éco-consommation. Ses marques, ses acteurs, ses labels, ses enjeux, ses solutions, ses problèmes. Des rencontres inoubliables, des soirées improbables. Au cœur de Marseille car où ailleurs pouvait-on trouver un tel entrain ?

Nos bureaux sont dans le bel hôtel Rivoire&Carret, à deux pas de la gare Saint-Charles ce qui permet d’attraper le TGV alors même que j’alikoumsalam les collègues. Je me souviens de ce (bon) journaliste de Canal Plus venu nous filmer une journée. Et une heure de direct avec Isabelle Giordano sur France Inter. Et ma bobine dans Elle Magazine avec Marion Cotillard en couv’. Du grand n’importe quoi.

On n’est pas sérieux quand on a 23 ans. Ni même à 30 ans où je partage désormais mes bureaux avec d’autres potes plus déjantés que les poulets bicyclettes de Marseille (qui pourtant savaient comme personne entretenir un lombricomposteur). Avec Sébastien, Sylvain, Jérémy, Thibault on a par exemple reçu une délégation chinoise du ministère de la santé. Avec tout le protocole et des cadeaux type « rencontre au plus haut sommet ». On a du leur dire deux trois banalités sur la pollution de l’air.

Longtemps j’ai façonné l’idée de faire une sorte de récit avec comme idée : un article – une rencontre. J’y ai pensé en apprenant la mort de Pierre Rabhi que, pour le coup, je n’ai jamais rencontré. Tout le monde y allait de sa petite anecdote et je me suis retrouvé à avoir moi-même des anecdotes assez cools à propos des anecdoteurs. Bref, déjà dans la seconde main !

Un autre déclic récent c’est que, après la belle aventure eco-sapiens, une SCOP sur le « consommer autrement« , après l’aventure Oui je me lance, une SCIC sur le « travailler autrement« , me voici arrivé dans un univers très différent, l’association France Active sur le « financer autrement« .

La consommation, le travail, la finance. Trois leviers d’action pour changer le monde. Il ne manque plus que la politique et on a fait le tour.
Ah si, il y a aussi la sagesse.

Pour le moment me voici arrivé sur la case « finances ». Au départ un simple constat, fort bien résumé d’ailleurs par Jean-François Noubel (que j’ai vu un peu par hasard à une conférence…). Il n’y a pas de pénurie d’argent, c’est plutôt que les tuyaux existants fonctionnent au goutte à goutte. Métaphore d’une personne contrainte à respirer avec une paille très fine alors que l’air autour de nous n’est absolument pas rare.

C’est une idée que j’ai retrouvée des années plus tard, en lisant l’incroyable « Dette : 5 000 ans d’histoire » de l’anthropologue David Graber. Mon rôle d’une certaine manière c’est déjà de faire avec une petite paille existante, celle de la finance solidaire. Mais il en existe des biens plus grosses, des pipelines dont on ne parvient même pas à évaluer le gigantisme. En fait, il suffit par exemple de se dire : l’EPR de Flamanville coûtera 19 milliards (au lieu des 3 milliards annoncés il y a 15 ans) pour se dire que ce genre de « tuyau » est 10 000 fois plus gros que ce qui « me » suffirait à lubrifier des centaines de projets réellement positifs.

D’ailleurs, je demande quel investisseur normalement constitué accepterait de financer une aventure qui 15 ans après n’en finit pas, demande une 5 rallonges pour peut-être aboutir à quelque chose qui du coup… ne sera pas vraiment moderne.

En tant qu’ambassadeur négaWatt j’adore montrer les diagrammes de Sankey. A droite la consommation d’énergie, à gauche la production d’énergie. Et au milieu le chemin, les moyens, les vecteurs. Je rêve d’un équivalent pour les flux financiers. Je pense que la finance solidaire, et France Active en premier lieu, c’est un peu la petite ligne « énergies renouvelables » à peine distinguable au milieu des gros traits fossiles de la finance « à la papa ». Une finance de rentiers à n’en pas douter.

Sur mon deux roues ce soir, en revenant du travail, j’ai repensé au cours que je donne à des élèves ingénieurs où je peux m’adonner à un modeste lobbying pour une sobriété numérique. Je parle surtout d’entropie. Une belle notion qui permet d’aller de la physique à la chimie en passant par la statistique, la théorie de l’information, la métaphysique et le monde vivant.

J’y rappelle que la définition première de la vie c’est justement la néguentropie, la lutte contre l’entropie. La vie est une sorte d’aberration physique qui vient lutter contre la fatalité de l’univers à se gloubi-boulgaliser.

Dans le monde économique, il y a cette même tendance morbide à homogénéiser le monde. Il m’est apparu que l’entrepreneuriat c’est finalement de la néguentropie dans le monde économique. Il n’y a pas plus vivant qu’un entrepreneur.

Il n’y a pas plus mort qu’un système financier nombriliste. Alors autant dire qu’en rejoignant une « maison » qui se veut soutenir « l’entrepreneuriat engagé« , c’est comme si j’étais doublement du côté des vivants.

Ouf !

Le Covid façon puzzle

On l’a déjà oubliée, l’ambiance qu’il y avait la première fois. En mars, les premiers jours du confinement, il me semble que nous éprouvions une sorte de fascination pour la catastrophe invisible et inédite qui suivait son cours. Je me souviens par exemple que la première image qui m’était venue alors, c’était cette scène dans la série Tchernobyl où les gens contemplent le brasier nucléaire sans toutefois intégrer la dangerosité diaphane des radiations.

En novembre, c’est plus pareil. L’être humain est décidément un animal étonnant. La première fois il se fascine, la seconde fois il se lasse. Ou bien est-ce mon esprit seul, que je sais incapable de faire deux fois la même chose ? Ce deuxième confinement me fatigue pour des raisons pratiques mais aussi pour des raisons heuristiques. Peut-être que c’est comme le saut à l’élastique. A n’expérimenter qu’une fois !

Malgré tout il faut bien s’occuper. Pour ma part, je vous partage quelques préoccupations personnelles et professionnelles :

  • Oui je me lance : Animer le tiers-lieu à Soisy-sur-Seine avec la coopérative. Il y avait une super ambiance de rentrée mais là je vois bien que pas mal de copains sont sérieusement en train de se demander combien de temps va durer la mise en parenthèse de leurs activités. Ateliers, évènements, formations… tout est annulé.
    Je m’étais pour ma part inscrit à une super formation « design énergétique et inconfort thermique » pour tester en vrai la baignade glacée à Chambéry en Décembre.
  • eco-Sapiens : vous ai-je dit que le site est désormais entre de bonnes mains. J’aimerais simplement organiser une belle assemblée générale de clôture pour remercier tous les sociétaires de la SCOP qui ont participé à l’aventure il y a 14 ans !
  • Professeur à la fac : je donne deux TD en master à la fac d’Evry. C’est ma dernière année où j’ai pu transmettre le virus coopératif avec ce message clé : « l’argent n’est pas une fin, mais un moyen »
  • Professeur à l’école d’ingénieurs : ça c’est nouveau et je me réjouis peu à l’idée de donner un premier cours type « amphi » en visio. D’autant que j’aborde un sujet qui me passionne mais sans trop savoir où je vais : la sobriété numérique. Je sais au moins que je pourrai reprendre cette belle formule négaWatt : « nous n’avons pas besoin d’énergie, nous avons besoins de services qui peuvent être rendus par l’énergie« .
  • Activités associatives : notre club sportif comporte une centaine d’adhérents tous privés de cours divers (arts martiaux, gym douce, qi qong…) Heureusement les professeurs sont motivés pour tenter de la visio. Se pose alors la question de l’outil et de la prise en main. Zoom coupe au bout de 40 minutes et je n’aime pas les solutions propriétaires. J’essaie des instances jitsi et même talk sur nextcloud. C’est là où je réalise qu’en 10 ans rien n’a vraiment été fait pour rendre autonome les structures. Moi qui ai une approche « radin-frugal-sobre-décroissant » je réalise que je fais partie des happy few. Et je remercie au passage Infomaniak qui permet tout cela et me semble un peu dans le même état d’esprit.
  • Activités pour nourrir l’esprit : j’ai enfin pu lire un exemplaire de la légendaire revue « La Hulotte ». Il va me falloir les avaler d’un coup (binge reading…)
    Je suis aussi tombé sur un vieux magazine signé Cavanna intitulé « le saviez-vous ? »
    Décidément en 1974, les idées étaient plus vives, plus incisives, plus drôles.
    On y trouve un florilège de considérations absurdes comme une sorte d’anti-Sénèque :

Aussi grand que soit un trou, il y a toujours quelque chose autour.

Le seul autre animal au monde, qui comme le chameau, soit capable de traverser le désert sans emporter à boire est la puce du chameau.

La Terre exécute en vingt quatre heures un tour complet autour d’un axe imaginaire. A la voir on ne croirait jamais que la Terre est douée d’une aussi riche imagination.

Mais ce qui m’a décidé à reprendre la plume après tout ce ce temps, c’est mon petit déjeuner du matin. Un petit déjeuner initié par Gildas de Sidiese qui permet d’échanger avec quelques responsables « pollueur wanted« . C’est d’ailleurs avec ce genre de petit déj que j’avais ferraillé avec le DG de Nespresso. J’avais raconté dans un billet intitulé « Nespresso, prison et décroissance »que les alliés ne sont pas toujours là où on croit, que le monde est très souvent gris.

Cette fois c’était le DG de Citeo, anciennement « eco-emballages » qu’avec eco-sapiens nous avions en leur temps épinglés (sigle point vert, paradis fiscaux…). Avant c’était le CNIID qui leur tapait dessus; eux aussi ont changé de nom et s’appellent ZeroWaste (et ils continuent de faire du très bon boulot).

Je n’ai pas le temps de rentrer dans le cœur du sujet « déchets » mais j’ai trouvé pas mal de similarités avec le monde de l’énergie. A savoir que chez négaWatt, nous avons le fameux triptyque : « Sobriété, Efficacité, Renouvelables« . Et que pour les déchets on a l’équivalent « Réduire, Réutiliser, Recycler« . C’est la règle des 3R. Et qu’une fois que tout le monde est d’accord pour réduire, eh bien l’on s’empresse de discuter sur le reste, car c’est là où c’est stimulant en ingénierie, … mais on rate bien l’essentiel !

Et puis, en déchets ou en énergie, il y a le sujet à trolls, la bête noire. Dans l’énergie c’est le nucléaire qui « représente 2% de l’énergie dans le monde, mais 90% du débat ». Dans les déchets c’est le plastique. Il est partout, précipitant même un septième continent dans le Pacifique. Et on se creuse la tête pour savoir comment le recycler ce plastique avec ses blasons PET, PS, PVC, PP, PBA et compagnie sans que le béotien sache si au final « ça va dans la poubelle jaune ? »

Et quand on lit le rapport CITEO qui fanfaronne avec 70% de taux de recyclabilité, on masque celui du plastique qui est de moins de 30%. En fait, heureusement qu’il y a le verre (invention -5000 ans) et le carton (invention en 1751) pour sauver les apparences d’une performance dans le monde du recyclage.

OK, c’est facile de critiquer. Que proposer alors ? Et nous voici dans l’affreuse complexité du monde moderne où les 4 acteurs : l’Etat/Europe, les collectivités, les entreprises, les citoyens/consommateurs attendent que chacun fasse le premier pas. Au nom de l’économie, on ne veut pas embêter les marchands avec des interdictions pures et simples. Remettre la consigne ? Mais vous n’y pensez pas, il y a toute une logistique à penser ! Qui va payer ?

Parfois, à regarder mon propre parcours, je réalise que si j’ai toujours eu une certaine allergie à travailler avec un grand groupe, c’est la peur justement d’être dépassé par une inertie systémique. En vrai, je n’aimerais pas être Président de la République. On doit avoir le sentiment d’être tout puissant, mais finalement éprouver quotidiennement une frustration de voir que rien ne se met en mouvement. Vous vous souvenez qu’il y avait une réforme des retraites qui devait arriver l’année dernière ?

Ou alors il faut un gros grain de sable, par exemple un virus. Et là d’un coup, ce qui semblait impossible la veille (le télétravail, la fermeture prolongée des commerces, l’argent magique…) se met en place en quelques jours.

Ah mince, ça aussi j’en ai déjà parlé !

Départ d’Auroville – Utopie mirage miracle

Beaucoup de choses ont été dites, écrites, filmées sur Auroville. Alors il m’a semblé vain de rajouter une contribution personnelle, surtout venant d’une personne qui n’y est restée que 15 jours, avec une mission bien spécifique. Une sorte de prisme réducteur pour étudier ce drôle de joyau. Je n’ai vu de cet objet insolite qu’une facette parmi bien d’autres. Et, pour filer la métaphore de l’observateur, est-il tout simplement possible d’avoir une vue d’ensemble où simultanément, nous pourrions voir toutes les facettes en même temps ?

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A propos des émeutes Nutella

Du 25 au 27 Janvier, certains magasins Intermarché de France ont proposé une promotion de -70% sur les pots de pâte à tartiner Nutella.

Cela a provoqué des émeutes et les journaux locaux ont même rapporté des interventions de gendarmerie pour calmer certains clients qui en étaient venus à se battre. Il y a plein de sujets fascinants dans ce fait divers. Et il y a aussi eu des commentaires très révélateurs.

Une vidéo signée BFM TV et une autre vidéo vue outre-Manche !

Il y a quoi dans le Nutella ?
1ère anecdote : Cette ruée avait lieu au même moment où le ministère souhaitait annoncer l’encadrement des promotions sur les denrées alimentaires, et très concrètement l’interdiction de promotions supérieurs à 34%.

Pourquoi ? Pour rééquilibrer le rapport de force entre les agriculteurs et la grande distribution.

Pourquoi 34% ? Aucune idée. Un nombre subliminal dans la mesure où 34% des Français sont en surpoids…

2ème anecdote : ces émeutes se déroulaient au même moment que le Forum économique de Davos (Suisse) où se réunissent les « huiles » de la planète. Or, comme le rappelle à juste titre Oxfam, c’est l’occasion de rappeler l’indécence des inégalités de ce monde.
82% des richesses créées en 2017 ont bénéficié aux 1% les plus riches.

Concernant les commentaires sur cet évènement, je dois avouer que mon tropisme écologique m’a fait bondir, comme nombre de mes amis, sur le fait qu’il y avait encore des gens qui cautionnaient ce truc bourré d’huile de palme et donc responsable de la déforestation et du déclin de nos amis ourangs-outangs. Si vous n’êtes pas au courant (ce dont je doute si vos êtes sur ce blog…) allez donc voir Green, film bouleversant.

Green film sur l'huile de palme
C’est ce genre de phénomène consumériste qui vous désespère d’avoir monté un site sur l’eco-consommmation pour convaincre et faciliter la transition vers une conso plus douce et plus sensée…

Et puis j’ai découvert le commentaire d’une figure politique majeure à savoir Jean-Luc Mélenchon. C’est un homme politique que je respecte, d’abord pour son talent oratoire, mais surtout pour son évolution sur la
question de l’écologie, l’articulation qu’il en fait avec la thématique sociale.

Il a écrit ceci :

Une superbe phrase d’une amie sur Facebook : «Quand l’émeute montre la misère, l’imbécile regarde le Nutella». Reprenez-vous mes amis ! Ces femmes et hommes avaient enfin les moyens d’offrir à leurs gosses une gourmandise qu’ils jugent désirable parce qu’ils en entendent parler sans y goûter jamais. Reprenez-vous ! Vous ne pouvez pas reprocher aux pauvres les idées dominantes ni les standards de consommation de la société de consommation. Ici, ils font dans le bruit et la cavalcade ce que vous faites paisiblement et en silence, parce que vous en avez les moyens. Et si vous ne le faites pas, comme moi, c’est parce que vous savez de quoi il s’agit. Mais pas eux. LES PAUVRES NE SONT PAS RESPONSABLES DE LEUR PAUVRETÉ QUEL QU’EN SOIT LE DOMAINE.

Expliquer est ici excuser. Or, si j’admets tout à fait ce genre d’explication « misérabiliste » je trouve paradoxal d’affirmer en lettres capitales que les pauvres ne sont pas responsables de leur pauvreté quel qu’en soit le domaine.

Déjà, c’est un interminable débat que de savoir si les gens sont ce qu’ils sont par la force de leur individualité… ou par la force du système. Mais cette formule finale un peu trop manichéenne, on a envie de lui adjoindre son symétrique. A savoir que les riches aussi ne seraient pas responsables de leur richesse… Et donc de les excuser…

Le jeu de la patate chaudeJ’aime bien rappeler que dans la société de consommation, c’est le jeu de la patate chaude entre le consommateur, le producteur et le législateur. Car dans cette histoire, on peut se payer la tête des con-sot-mateurs mais on oublie de pointer du doigt Ferrero qui continue à refourguer un produit dangereux pour la planète et pour la santé. Et que dire du législateur qui aura en 2016 finalement renoncé à la fameuse taxe Nutella.

Bref, je n’ai aucune envie de dédouaner ces clients frénétiques qui en viennent à se battre pour emporter le plus possible de pots. On peut expliquer cela sous l’angle « pouvoir d’achat » mais pourquoi ne pas taper sur la médiocrité des autres acteurs (Ferrero, Intermarché, les différentes ministres Ecologie et Consommation).

Cependant… est-ce vraiment la bonne explication ?

Nous voilà dans de Baudrillard !

J’en reviens à mes premières amours qui, je crois, ont décidé de ma vocation à créer eco-SAPIENS… Je veux parler du livre majeur du penseur Jean Baudrillard, La Société de Consommation. La thèse centrale peut se résumer ainsi : on consomme uniquement pour des raisons de signifiant social. Cela semble de prime abord exagéré car on peut toujours penser qu’une machine à laver est un achat qui relève plus de la praticité que du prestige en société…

Néanmoins j’ai toujours défendu cette thèse car elle dit clairement que notre consommation est une manière de faire société. Quand M. Mélenchon parle d’une friandise qu’ils jugent désirable parce qu’ils en entendent parler sans y goûter jamais, on est en plein dans le sujet de l’émulation sociale. Le Nutella c’est censé être la « vraie » pâte à tartiner que l’on remplace parfois par son équivalent « premier prix » ou à l’opposé par du Jean Hervé ou Chocolinette (quand on met un point d’honneur à ne pas s’abaisser à Nutella).

Emeute NutellaPersonnellement, je ne crois pas à l’argument « ces gens sont en général trop pauvres pour s’acheter du Nutella ». Ils considèrent simplement cela moins « indispensable » qu’un autre thème consommatoire (des chaussures, un écran plat, un voyage…).

Et la clé de compréhension est plutôt dans le désir de ne pas se faire gruger par les autres. On peut tout à fait imaginer la colère venir face à un sentiment injuste quand on constate que d’autres raflent tous les pots et nous privent d’une bonne affaire pour laquelle on se sent légitime. Pourquoi eux et pas moi ? Et donc l’escalade de la violence, prendre le plus de pots moi-même parce que j’y a droit et que si je ne le fais pas, d’autres vont le faire pour moi.

Bref, c’est un phénomène social assez classique qu’il faudrait attribuer moins à la misère du porte-monnaie qu’à une envie d’égalité et d’équité.

Voilà une conclusion assez paradoxale qui j’espère aura le mérite de rassurer le principal intéressé !

 

Moi Président, j’inverserai la courbe des dommages

« Ecrire, c’était mettre de l’ordre dans ses idées. » ai-je lu récemment sur un réseau social où régnait pourtant le chaos. Comme j’aimerais que ce genre de miracle se produise, par la simple puissance du Verbe. Mais rien n’est moins sûr. Car parmi mes idées en suspension, j’ai en ce moment des étymologies indo-européennes, des angoisses électorales, des archéologues de la quantification du monde et une correspondance épistolaire avec le dernier grand pingouin. Ardu !

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Passage sur France5 à propos du « label » Better Cotton Initiative

13393983_1103687169702856_2892282731516204969_nUn petit mot pour vous dire que j’ai eu le privilège d’être interviewé dans le documentaire Quand nos T-Shirts filent un mauvais coton diffusé sur France5. L’émission est en accès libre jusqu’au 24 Octobre.

Dans ce reportage réalisé par Camille Roperch et Alexia Sauvageon, je parle surtout de la misère du label Better Cotton Initiative. Un bidule créé par les grandes marques pour leur collection « éthique ». En regardant le documentaire, j’ai appris que les réalisatrices n’avaient d’ailleurs pas eu de réponse de la part d’H&M sur ce sujet. Certains silences en disent long.

Au delà des enjeux sur la culture du coton et du bashing, il y a aussi une petite note d’espoir sur des initiatives exemplaires.

France5 CotonJe profite aussi de ce blitz-post pour partager la nouvelle vidéo de DirtyBiology qui relie merveilleusement un thème qui nous est cher (combien vaut la Nature ?) et la psychologie, sujet récemment traité à propos de la neurosagesse.

En résumé, pour motiver le plus grand nombre à « protéger la nature », il existe deux mécanismes possibles : la voie émotionnelle (spirituelle, sensible, qu’il-est-mignon-ce-bébé-phoque) et la voie rationnelle (utilité écologique… mais surtout hélas économique puisqu c’est l’outil dominant nos sociétés…).

J’y ai appris que nos cerveaux sont hélas mieux câblés pour être sensible au sort d’un individu que d’une population. D’où la nécessité d’AlGoreiser allégoriser la Nature.

En un mot, pour faire de l’écologie efficace, il va falloir s’intéresser à la psychologie. Une révolution…

Rendez-vous du futur (l’éco-consommation en vidéo)

selfie-nones« Ah tiens je t’ai vu récemment à la télé avec des boîtes de thon ! »

Il m’arrive parfois en effet de répondre aux sollicitations d’interview ou de reportages. Et comme l’éco-consommation est un domaine assez large, je me retrouve parfois embarqué sur des sujets assez insolites.

Sans fausse modestie, j’accepte en général par politesse, et surtout en fonction du feeling avec l’interlocuteur.

Parmi la dizaine d’interventions radio ou télédiffusées, celle que je regrette le plus est un 5 minutes sur France Info pour parler des lessives écologiques.

Je me rappelle parfaitement avoir tenté d’avoir un débat de fond avec mon intervieweuse mais celle-ci voulait des réponses catégoriques (genre « c’est cette lessive qui est la mieux ») quand je me permettais d’apporter de la nuance (bah oui il y a quand même plein de paramètres quand on fait une lessive : le modèle, le réglage, le recours à des balles de lavage etc…).

Mais souvent ça se passe bien. J’ai eu des journalistes attentifs (Gaël de Canal+, Frédérique de France 5) qui parviennent bien à articuler la contrainte du « spectacle » avec l’objectif pédagogique.

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En Février, j’ai participé à une émission sur une WebTV (donc très confidentielle) qui s’appelle Les rendez-vous du futur. Je recommande car ce sont des formats longs d’interview avec des personnes fort respectables (l’astrophysicien André Barhic, le mathématicien Cédric Villani, le penseur Michel Bauwens etc.)

Pour ma venue, était invitée en deuxième partie une personne dont j’ignorais le nom mais dont la biographie interpelle. Cécile Renouard cumule en effet le travail universitaire de conseil stratégique en Responsabilité Sociétale des Entreprises… avec celui de religieuse !

Autant dire que par son mode de vie, hors voyages d’étude, elle a une empreinte écologique bien moindre que la mienne ! Entre prières au couvent et board dans les bureaux feutrés des ténors du CAC 40 on imagine qu’elle doit avoir une vie intellectuelle et spirituelle très intense.

Son passage dure une heure et aborde finalement assez peu cette double casquette, sauf à la fin. Mais c’est une bonne synthèse sur le développement durable, la RSE et la psychologie des grands groupes confrontés à la transition.

 

Quant à moi, mon passage de 30 minutes, dans Le First, aborde les sujets globaux de l’éco-consommation.

  1. Comment peut-on être sûr qu’un produit est éthique ?
  2. Peut-on faire confiance aux labels ?
  3. N’y a-t-il pas de plus en plus de greenwashing ?
  4. La bio et l’équitable c’est tendance?
  5. C’est plus cher de consommer éthique ?

Et je peux évoquer l’entreprenariat (avec le site via-sapiens sur le tourisme responsable) et l’association négaWatt.

Coralie Huché Les bons labels et les truands
Dessin en live réalisé par Coralie Huché durant l’émission. Merci à elle.

Le plus drôle c’est qu’à la fin, mes interlocuteurs avaient préparé un focus sur l’association OpenFoodFacts… dont le fondateur est un ami (et sociétaire !). Donc là encore je connaissais bien le  sujet des étiquettes et des « applis mobiles » pour s’y retrouver. Ca mériterait d’ailleurs une autre bonne heure de reportage…

En attendant, la vidéo est ici :

 

Voyage au pays des arnaques

lego-arc-triompheA chaque fois que je reçois un spam je me demande toujours qui sont les personnes qui « se font avoir » et qui contribuent malgré eux à cette industrie de l’ombre, polluant nos vies… et nos serveurs.

Car c’est statistique. Si les spams, le phishing et autres entourloupes sont toujours présentes en 2015, c’est que les spameurs rentrent dans leur frais. Pour 10 000 envois, il suffit d’un gogo pour les convaincre de poursuivre leur funeste activité.

Coluche disait « quand on pense qu’il suffirait de ne pas acheter pour que ça ne se vende pas« . Eh bien sur Internet c’est la même chose : quand on pense qu’il suffirait de ne jamais cliquer pour que toutes nos boites mails soient plus légères.

Continue reading « Voyage au pays des arnaques »

La suite s’il vous plaît !

film-real

Drôle de billet que celui-ci…

Et ils travaillèrent heureux…

blanche-neige-mecaniqueTout le monde aime les belles histoires. Les enfants aiment quand, dans les contes, après le danger et la peur, vient le happy end.
« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants« .

Les adultes ne sont que de grands enfants. Quand on leur annonce que l’on va écrire un chapitre avec des ingrédients coopératifs, écologiques et éthiques sur Internet (danger, peur) , ils attendent le happy end moderne :
« ils travaillèrent heureux et gagnèrent beaucoup d’argent« .

Mais la vie n’est pas un conte de fée car l’entreprise est un un compte de résultat…

Les affaires se corsent et tant mieux d’ailleurs car les contes sont toujours trop lisses (d’où l’idée d’en avoir réécrits…).

Alors on passe à l’écriture du deuxième chapitre. On se renouvelle comme on peut, on change de style, on appelle même de nouveaux personnages pour faire rebondir l’intrigue. On annonce quand même que le happy end ce ne sera pas le « beaucoup d’argent » mais rassure, ce sera quand même une belle histoire parce qu’il y aura des rencontres, des enseignements, des expériences, des rigolades, des épreuves… la vie quoi.

Nous avons créé la coopérative eco-SAPIENS en 2007, suite à une idée qui, comme toutes les bonnes idées, est née un soir arrosé sur le Pont des Arts. Il y a bien sûr Benjamin et moi. Il y a Françoise for all. Il y a ma sœur Sabine. Il y a Martine forever. Il y a tous ces investisseurs initiaux et bienveillants pour croire en nous au départ, doctes ingénieurs mais sans le sou, sans réseau et sans expérience professionnelle. Fallait vraiment qu’on ait l’œil qui brille pour que les gens croient en nous !

elephant-obstacleGénérique et teasing

Il y a ceux qui sont passés et à qui on a modestement retourné le cerveau. Parfois quelques semaines, parfois des années : Pauline, Doris, N’Gamet, Jonas, Aurélie Orel-San, Yannick, Emilie, Sonia, Gwenaëlle, Stéphane et Benoît.

Il y a le flamboyant Minh aussi 😉

Dans quelques jours, Aurélie La Grande et Benjamin partent vers de nouvelles aventures.

Pour ceux qui veulent tout savoir, Benjamin va commencer par s’occuper d’éléphants au Laos. Quelque chose comme ça.

Autant dire que cela fait bizarre. Me voilà un peu comme la Vestale, chargée d’entretenir le foyer (eco) avec sagesse (sapiens) en attendant que…

paquebotEn attendant quoi au juste ?

En effet, depuis l’annulation de notre levée de fonds avec WiSeed (prompt à financer des start-ups innovantes genre EDF ou un aéroport public… mais effroyablement longuet pour nous planter au dernier moment…) nous nous sommes accrochés de liane en liane pour maintenir la coopérative à flot.

(Difficile de cacher l’amertume tant, à titre personnel, j’ai la sensation d’avoir été trahi et même d’avoir embarqué des copains dans l’aventure ( Symba, La Louve, Biocoop… on en parlera une autre fois).

Donc nous maintenons le navire à flot. eco-SAPIENS est aujourd’hui comme une page blanche qui aurait remonté le Rhône et le Canal du Midi.
Un seul rescapé, les autres sur les canots.

Et comme chantait Brassens :

Le capitaine crie : « Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d’abord !

En un mot, eco-SAPIENS est bien vivant mais on a rentré spi et grand voile…

Du coup, permettez-moi de vous livrer quelques réflexions intimes qui peut-être vous donneront l’envie d’écrire quelque chose sur cette page.

Une petite histoire de l’éco-conso et du web

fidelLe paysage de 2014 est bien différent de celui de 2007 quand nous avons lancé le guide d’achat éthique eco-SAPIENS. Les alternatives à la conso existent depuis bien longtemps et des salons réputés (Primevère à Lyon par exemple) étaient incontournables mais n’avaient pas de visibilité sur le web, hors des réseaux convaincus.

Sur Internet, on trouvaient quelques initiatives (déco du commerce équitable, mode éthique, cosmétiques bio, puériculture écologique…) mais tout ceci était disséminé. Notre hobby, c’était de rassembler tout cela, de le trier, de l’évaluer et d’en faire une offre consistante et cohérente. Et tous les acteurs de gagner en visibilité.

Parallèlement, sur le web, les réseaux sociaux n’existaient pas. Google régnait en maître de la distribution de trafic. On comparait le pagerank et on cherchait des backlinks pour mieux ressortir en première page. Nous avions la chance de produire pas mal de contenu à nous (dossiers, actualités, fiches marques) qui répondait à de vraies questions émergentes.

Je me souviens d’une de nos premières questions sur le forum, pour savoir si les lombrics, esseinia california, vendus par une de nos boutiques, n’étaient pas des vers exotiques. J’avais été demander à un spécialiste universitaire des lombrics pour avoir la réponse

elle-est-green-229x300Il y avait donc un foisonnement d’alternatives que beaucoup de Français découvraient et, même si la littérature existait probablement, elle n’était pas dispo sur le web. C’était comme un eldorado et c’était passionnant.

Il y avait le salon Planète Durable, le festival Science Frontières, l’Ethical Fashion Show et les green drinks… Autant de signes « mainstream » qui laissaient présager que la société française basculait. On a même posé dans Elle Magazine avec Marion Cotillard… Si ce n’est pas la consécration !

En 2009, il y a la douche froide du sommet de Copenhague. C’est à dire que le monde politique international a dit « Suffit ! Business as usual ». Et le business avait pourtant dit « suffit ! » l’année d’avant avec le début de la crise financière, la faillite de Lehman Brothers.

Coup de grâce propre à eco-SAPIENS, il y eut ce coup de téléphone de Google (Irlande) nous sollicitant pour acheter des mots clés  (AdWords). On fait un peu les malins en disant qu’on aime pas trop les modèles publicité sur Internet. Et le nouvel algorithme de Google nous sucre une bonne moitié de trafic dans les mois qui viennent. Hasard ou coïncidence…

En gros, de 2010 à 2014, nous avons redoublé d’efforts et fait comme tout le monde : revoir le commercial et le marketing, délaisser les zones non immédiatement rentables (la production d’information) et réduire nos dépenses de communication.

On a vu tous les copains, les partenaires, les concurrents tomber comme des mouches les uns après les autres. Tiens dernièrement, c’est GreenRepublic, qui s’était relancé pour passer de boutique à marketplace, le soi-disant graal du e-commerce, qui a planté… pour se faire racheter par le mastodonte Greenwizz, la structure capable d’encaisser un million de pertes chaque année…

via-sapiens-pubDe notre côté, et c’est peut-être la force du modèle coopératif, à savoir des associés-salariés qui s’accrochent, eco-SAPIENS avait trouvé un équilibre. Mais vivre ainsi devient lassant et c’est pour cela que nous avons lancé via-sapiens ce qui impliquait de lever un peu d’argent.

En 2007, on n’était rien et le crowdfunding n’existait pas. Nous étions parvenus malgré tout à réunir 35 000 euros de capital extérieur (ce qui nous a quand même permis de salarier environ 4 personnes pendant 7 ans…).

En 2014, on revient à la souscription avec quand même un peu plus de bouteille, un site internet, une marque; bref on est un peu plus à l’aise pour solliciter des investisseurs. Et comme on est devenu paresseux, on veut bien passer par les professionnels du secteur. Et là les galères commencent… Des fonds économie sociale et solidaire qui ne vont pas dans le numérique car trop risqué, des fonds numériques qui ne vont pas dans l’éthique car trop peu lucratif. Et donc une expérience malheureuse avec WiSeed qui nous tétanise.

Alors quelle est la place d’eco-SAPIENS après 2014 ?

Nous avons plaisir à faire des sujets de fond sur l’éco-consommation, comme peuvent en faire nos amis belges d’ecoconso. Mais voyez-vous, cela est coûteux et relève peut-être d’avantage d’une délégation publique. En même temps, quand on voit le guide des labels façon ADEME… on est forcément tenté de rectifier le tir… Précisons que nous n’avons jamais reçu de sous pour Les Bons Labels et les Truands. C’est pour la cause comme on dit !

Bref, proposer une info indépendante et de qualité sur l’éco-consommation, c’est compliqué pour une structure privée. Et certains médias font bien le boulot.

Le comparateur doit quant à lui continuer d’exister. Il doit se moderniser aux nouvelles normes en vigueur sur le web.

Enfin, sur le tourisme et les loisirs, le portail via-SAPIENS est mis en stand-by. Qu’en faire ? Le vendre ? Le relancer ? Le passer en open, à la manière des wiki ou des OpenFoodfacts ?

Peu importe, le seul objectif qui nous gouverne, c’est celui qui est écrit en tant qu’objet social dans nos statuts :

« Promouvoir des modes de vie compatibles avec un développement dit durable« 

Nous sommes ouverts à toute proposition !

 & joyeuses fêtes !

film

Aurélie, Benjamin et Baptiste

A quoi servent les guides de haut brouillard ?

hamsterFaut-il être optimiste ? Faut-il être pessimiste ? Le vieux Hegel se régalerait à dire que nous pouvons recourir au Aufhebug : dépasser le pessimisme, bien légitime compte tenu de la situation sociale et écologique, par un optimisme de principe afin de passer à l’action et s’ancrer ainsi dans le réalisme.

Autre formulation : « Là où croit le péril croît aussi ce qui sauve ». (Hölderlin)

Ou encore : « Ce n’est pas parce que les utopies échouent qu’il ne faut pas les approcher ».

La dernière ?
On annonce dans les journaux que la moitié des espèces sauvages a disparu en 40 ans !

Oui il est temps de tenter le « journalisme positif » (ce que fait le journal Kaizen, et ce qui a intéressé cette semaine l’émission arretsurimages).

Nous revient cet excellent souvenir d’un journaliste, Gaël Legras, qui était venu nous filmer à Marseille pour Canal Plus. Dans un TedX plutôt émouvant, il explique pourquoi les médias, et notamment la télévision, ne mettent jamais en avant ce qu’il peut y avoir de beau dans l’humain…

Rien à voir mais nous avons reçu la dernière publication de l’ADEME concernant les labels de l’éco-consommation.

zen-footPour nous, l’ADEME, c’est un peu l’institution nationale qui doit être impartiale et claire, à force d’études et d’expertise. Il se trouve que cette Agence nationale, connue pour son assise sur les questions énergétiques, possède aussi un pôle éco-consommation. Côté coulisses, comme l’éco-consommation c’est un peu notre dada, nous avons plusieurs fois tenté d’aborder l’ADEME pour des partenariats, et notamment sur cette question des labels.

Car, si nous pouvons nous enorgueillir d’une chose, c’est bien du succès de notre guide « Les bons labels et les truands« .

Distribué sur de nombreux salons, réclamé sur par de nombreuses associations, vu et téléchargé des dizaines de milliers de fois, il nous arrive de le rencontrer au hasard, chez des gens, dans des bureaux, dans des salles d’attente !

baiserMême si le titre est un fort habile jeu de mot (merci à Charly des pouletsbicyclettes), le succès est à trouver ailleurs. C’est un guide qui « prend position », qui donne une direction, un endroit où aller. Pour revenir à Hegel, c’est un objet réaliste !

Nous avons régulièrement épluché les guides labels de l’ADEME, environ un par an. Et il faut bien avouer que ce genre de publication ne peut pas trouver de public.

Ils ont classé les labels non pas par pertinence mais par « catégorie de produits ». Vous apprendrez donc cette chose très importante à savoir que le label AB se retrouve plutôt dans l’alimentation, et que sur les jouets, vous ne verrez que Nordic Swan… ce qui est faux d’ailleurs puisque de nombreux autres labels se retrouvent dans cette catégorie Jouets.

Chaque fois, nous espérons que l’ADEME nous lise un peu pour se corriger. Par exemple, nous écrivions à propos du label plus que bof, « Rainforest Alliance » ainsi décrit par le guide de l’ADEME :

rainQue veut dire ce logo ?
– commerce durable* (milieu tropical et subtropical),
– interdiction d’utiliser des pesticides non autorisés,
– évitement maximal des cultures transgéniques (introduction, culture ou transformation),
– pratique de la chasse, de la capture ou du trafic d’animaux sauvages interdites…
* Le commerce durable ne garantit pas de prix minimum pour les produits mais inclut le salaire minimum national.

Honnêtement, si vous n’êtes pas spécialiste du sujet, il y a de fortes chances pour que vous vous fassiez avoir. Mais avec un peu d’habitude, on réalise bien que ce label est une fumisterie. Interdit est un synonyme de non autorisés, l’évitement maximal n’est qu’une formule élégante pour dire « on fait comme on peut, comme on veut » et on ne voit pas pourquoi la récolte de café entrainerait du trafic d’animaux sauvages… Et évidemment, le « commerce durable » qui respecte la loi en recourant au salaire minimum national.

En résumé, si on veut aider le consommateur à s’y retrouver, un guide doit dire « Ce label ne garantit rien ».

Et aussi, ce qui est agaçant, c’est que l’ADEME est à l’origine d’un label qui s’appelle ecolabel européen, qui est une heureuse initiative d’harmonisation européenne mais qui a toujours été un point de désaccord entre eux et nous (car oui nous avons déjà fait des tables rondes avec l’ADEME sur ce sujet).

La nature de ce label est de s’adapter à chaque secteur et inévitablement, en fonction des domaines d’application, le label peut apporter une vraie garantie (peintures notamment) mais est parfois bien léger par rapport aux labels spécialisés (par exemple la cosmétique face à Cosmebio, la papeterie… même le WWF le dit).

 

Autre nouveau venu dans ce guide, c’est le label « Issus d’une exploitation de Haute Valeur Environnementale« . Le néophyte se dit chouette; l’expert renifle à plein nez le label de bric et de broc. Une référence à « Haute Qualité Environnementale » qui est déjà un label très bof dans le secteur du bâtiment. Le terme « Exploitation » au lieu de « Ferme » qui rappelle le vocabulaire des gros syndicats agricoles.

lesbonslabelsEt une rapide recherche nous confirme que c’est bien une mention issue du Grenelle de l’Environnement où l’on a tenté de ranimer le bon vieux concept d’agriculture raisonnée qui n’existait que pour contrer le dynamisme du label Agriculture Biologique. Contrairement à ce qu’indique la brochure de l’ADEME, nous défions quiconque de me trouver ce label dans un magasin de produit biologique, voire dans un magasin tout court !

A notre humble avis, le rôle d’une agence nationale en matière d’éco-consommation est bel et bien d’orienter les acheteurs que nous sommes vers les produits mieux-disant socialement et environnementalement. En mentionnant des labels n’offrant aucune garantie sérieuse, on ne fait que du recensement, mais pas du conseil.

Loin de nous l’idée de considérer que nos publications détiennent La Vérité. Nous avons toujours revendiqué une part de subjectivité, mais nous sommes toujours capables d’expliciter un positionnement. Par exemple, suite à la récente polémique à propos de Max Havelaar, nous nous sommes interrogés sur la nécessité de réévaluer notre note. Nous avons aussi longtemps penser à référencer tous les labels bidons et nous avons parfois fait une fiche (Sustainable cleaning, conso responsable Leclerc ) mais cela vaut-il vraiment le coup. Il existe tellement d’initiatives farfelues que nous le faisons uniquement quand le logo se répand effectivement.

Mais peut-être qu’un jour, ils auront tous droit à leur affiche. Et là nous pourrons dire : « voici tous les labels que vous pouvez fuir« .

Et avec un peu de chance, ce sera diffusé par l’ADEME ?
Il y a juste un petit Aufhebung pour y parvenir !

Un copain en visite au siège social de Qechua nous a envoyé ce clché !
Un copain en visite au siège social de Quechua (marque Décathlon) nous a envoyé ce cliché !