Baptiste RABOURDIN

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Catégorie : vidéo

Les médias, le monde et nous

Copinage oblige, j’ai eu la grande chance d’être invité à la projection en avant-première du documentaire « Les médias, le monde et moi« , à l’UNESCO fin mars.

C’est toujours délicat quand un ami vous demande ce que vous avez pensé de son film. La bienséance prime sur une mauvaise séance !

J’appréhende donc toujours quand un proche me demande mon avis objectif sur un livre qu’il a commis. Un peu comme lorsque l’on vous montre une photo d’un bébé et que vous vous sentez obligé de dire « ah oui il est vraiment très beau ». Alors qu’évidemment… il est très beau.

En général on a la chance de ne pas connaître personnellement celui ou celle qui est derrière le stylo, la caméra, le micro. Or donc, comme indiqué par cette entrée en matière, Anne-Sophie Novel est une amie depuis bientôt 10 ans. Quand elle m’a annoncé le financement participatif sur Kisskissbankbank pour son projet de film, j’ai tout de suite contribué. Par amitié d’abord. Mais aussi parce que le sujet m’intéresse au plus haut point et que je savais que son point de vue « immergé » ne pouvait être que pertinent.

Mais il faut être lucide, un projet de film a une double exigence de fond et de forme ! Pas évident de réussir son premier film ! Eh bien ouf ! C’est réussi et je n’ai même pas eu besoin de me forcer à le lui dire 😉

De quoi ça parle

On dit souvent que « journaliste » est la profession la plus détestée des Français, avec « politique » et « banquier »… Cela en dit long sur le rapport que nous entretenons avec les médias.

Fake News, infobésité, rejets des médias, défiance à l’égard des journalistes, etc. La presse a du plomb dans l’aile, et le public semble en avoir ras le bol des informations déversées du matin au soir sur les ondes. Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Est-il possible de renouveler le métier journalistique ? D’adopter une autre posture entre producteur et consommateur d’info ? A travers cette enquête, la réalisatrice, elle-même journaliste, partage son expérience, ses questionnements, et investigue les effets de la fabrique de l’information sur notre conception du monde.

Etant moi-même un grand consommateur d’informations, voire même un « journaliste frustré » le sujet me passionne. Cela fait des années que je cherche de l’information fraîche. Abonné de longue date à des journaux sans publicité (Canard Enchaîné, Décroissance, ArretSurImages, Reporterre en tant que donateur), je suis estomaqué que nous ayons collectivement aissé la presse se faire acheter par une poignée de milliardaires (Xavier Niel, PDG de Free : Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix ) ou envahir par le dogme publicitaire (Patrick Le Lay ex PDG de TF1 : Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible)

Le film commence sur la métaphore du marché où Anne-Sophie vend des « salades », des « feuilles de chou » et du « Poivre d’Arvor » à côté de vrais vendeurs de légumes. Et l’on réalise qu’effectivement l’alimentation de l’esprit devrait exiger le même souci que l’alimentation de l’esprit. Il y a de la junk food comme il y a de la junk news.

Le film est un road trip mêlant de nombreuses interviews avec des journalistes plus ou moins connus. On est forcément touché par les témoignages d’abord enthousiastes des fondateurs de la revue XXI, qui se lancent dans une autre aventure avec Ebdo… et que l’on retrouve bien déconfits un peu plus tard. Anne-Sophie ayant eu la « chance » de vivre cet épisode du début à la fin; de l’effervescence à la déception.

Il y a une belle séquence avec Stéphane Paoli (madeleine France Inter) qui est lucide sur sa profession et semble avoir beaucoup d’espoir sur le journalisme à ré-inventer. Là où on sent plutôt la narratrice dans un labyrinthe de questionnements ?


Quelles solutions pour faire du journalisme de qualité et surtout réinstaurer une relation de confiance ? Du journalisme positif (Danemark), du journalisme « social » (Philadelphie), du journalisme en coopérative (Nice-Matin), du journalisme qui va dans la rue (coucou les amis de #DataGueule !), du journalisme de youtubeurs (et le phénomène Thinkerview au fait ?)

A la manière de Demain, film des solutions de Cyril Dion et Mélanie Laurent, on explore des exemples concrets, des « solutions locales » plus ou moins reproductibles. Mais à la fin du film, la question reste largement en suspens.

Sur la forme c’est très réussi (infographies, mises en scène, mises en abîme, autodérision…) et me sont venue à l’esprit seulement deux critiques.

D’abord l’absence d’exemples en dehors de la sphère occidentale. Asie, Russie, Afrique, Amérique du Sud… là-bas aussi il doit y avoir des pannes et des solutions ? Bon après on ne peut pas tout traiter non plus !

Puis le taboo de l’argent, du modèle économique dans ces médias à ré-inventer. Or, ce n’est pas un scoop, ayant pas mal d’amis journalistes indépendants et consciencieux, c’est plutôt la galère et la précarité ! Difficile de trouver une rédaction qui traite bien ses reporters. Il ne reste donc que des médias alternatifs et confidentiels avec des conditions économiques intenables.

Voilà donc deux critiques dont je sais pertinemment que c’est par manque de place et peut-être aussi parce que l’on risque de perdre le spectateur, qu’elles n’y figurent pas.

Une fois digéré, repensant à ces scènes sur le marché aux fruits et légumes, je me suis rendu compte d’une inversion bizarre. Quand j’explique à mes amis ce qu’est une AMAP, je dis en résumé que c’est un abonnement sauf qu’au lieu de s’abonner à un journal, on s’abonne à un panier de légumes bio et locaux.

Eh bien qui sait, peut-être qu’il est temps d’expliquer ce qu’est un média : « c’est comme une AMAP mais on reçoit de l’information bio et locale » !

Est-ce pour cela que j’ai décidé de m’abonner subitement, malgré un peu de pub, à Alternatives Economiques ?

PS : à tout hasard, Flo Laval et Anne-Sophie Novel cherchent à diffuser très largement le film Les Médis, le monde et moi donc si vous avez des contacts, aidez-les !

A propos des émeutes Nutella

Du 25 au 27 Janvier, certains magasins Intermarché de France ont proposé une promotion de -70% sur les pots de pâte à tartiner Nutella.

Cela a provoqué des émeutes et les journaux locaux ont même rapporté des interventions de gendarmerie pour calmer certains clients qui en étaient venus à se battre. Il y a plein de sujets fascinants dans ce fait divers. Et il y a aussi eu des commentaires très révélateurs.

Une vidéo signée BFM TV et une autre vidéo vue outre-Manche !

Il y a quoi dans le Nutella ?
1ère anecdote : Cette ruée avait lieu au même moment où le ministère souhaitait annoncer l’encadrement des promotions sur les denrées alimentaires, et très concrètement l’interdiction de promotions supérieurs à 34%.

Pourquoi ? Pour rééquilibrer le rapport de force entre les agriculteurs et la grande distribution.

Pourquoi 34% ? Aucune idée. Un nombre subliminal dans la mesure où 34% des Français sont en surpoids…

2ème anecdote : ces émeutes se déroulaient au même moment que le Forum économique de Davos (Suisse) où se réunissent les « huiles » de la planète. Or, comme le rappelle à juste titre Oxfam, c’est l’occasion de rappeler l’indécence des inégalités de ce monde.
82% des richesses créées en 2017 ont bénéficié aux 1% les plus riches.

Concernant les commentaires sur cet évènement, je dois avouer que mon tropisme écologique m’a fait bondir, comme nombre de mes amis, sur le fait qu’il y avait encore des gens qui cautionnaient ce truc bourré d’huile de palme et donc responsable de la déforestation et du déclin de nos amis ourangs-outangs. Si vous n’êtes pas au courant (ce dont je doute si vos êtes sur ce blog…) allez donc voir Green, film bouleversant.

Green film sur l'huile de palme
C’est ce genre de phénomène consumériste qui vous désespère d’avoir monté un site sur l’eco-consommmation pour convaincre et faciliter la transition vers une conso plus douce et plus sensée…

Et puis j’ai découvert le commentaire d’une figure politique majeure à savoir Jean-Luc Mélenchon. C’est un homme politique que je respecte, d’abord pour son talent oratoire, mais surtout pour son évolution sur la
question de l’écologie, l’articulation qu’il en fait avec la thématique sociale.

Il a écrit ceci :

Une superbe phrase d’une amie sur Facebook : «Quand l’émeute montre la misère, l’imbécile regarde le Nutella». Reprenez-vous mes amis ! Ces femmes et hommes avaient enfin les moyens d’offrir à leurs gosses une gourmandise qu’ils jugent désirable parce qu’ils en entendent parler sans y goûter jamais. Reprenez-vous ! Vous ne pouvez pas reprocher aux pauvres les idées dominantes ni les standards de consommation de la société de consommation. Ici, ils font dans le bruit et la cavalcade ce que vous faites paisiblement et en silence, parce que vous en avez les moyens. Et si vous ne le faites pas, comme moi, c’est parce que vous savez de quoi il s’agit. Mais pas eux. LES PAUVRES NE SONT PAS RESPONSABLES DE LEUR PAUVRETÉ QUEL QU’EN SOIT LE DOMAINE.

Expliquer est ici excuser. Or, si j’admets tout à fait ce genre d’explication « misérabiliste » je trouve paradoxal d’affirmer en lettres capitales que les pauvres ne sont pas responsables de leur pauvreté quel qu’en soit le domaine.

Déjà, c’est un interminable débat que de savoir si les gens sont ce qu’ils sont par la force de leur individualité… ou par la force du système. Mais cette formule finale un peu trop manichéenne, on a envie de lui adjoindre son symétrique. A savoir que les riches aussi ne seraient pas responsables de leur richesse… Et donc de les excuser…

Le jeu de la patate chaudeJ’aime bien rappeler que dans la société de consommation, c’est le jeu de la patate chaude entre le consommateur, le producteur et le législateur. Car dans cette histoire, on peut se payer la tête des con-sot-mateurs mais on oublie de pointer du doigt Ferrero qui continue à refourguer un produit dangereux pour la planète et pour la santé. Et que dire du législateur qui aura en 2016 finalement renoncé à la fameuse taxe Nutella.

Bref, je n’ai aucune envie de dédouaner ces clients frénétiques qui en viennent à se battre pour emporter le plus possible de pots. On peut expliquer cela sous l’angle « pouvoir d’achat » mais pourquoi ne pas taper sur la médiocrité des autres acteurs (Ferrero, Intermarché, les différentes ministres Ecologie et Consommation).

Cependant… est-ce vraiment la bonne explication ?

Nous voilà dans de Baudrillard !

J’en reviens à mes premières amours qui, je crois, ont décidé de ma vocation à créer eco-SAPIENS… Je veux parler du livre majeur du penseur Jean Baudrillard, La Société de Consommation. La thèse centrale peut se résumer ainsi : on consomme uniquement pour des raisons de signifiant social. Cela semble de prime abord exagéré car on peut toujours penser qu’une machine à laver est un achat qui relève plus de la praticité que du prestige en société…

Néanmoins j’ai toujours défendu cette thèse car elle dit clairement que notre consommation est une manière de faire société. Quand M. Mélenchon parle d’une friandise qu’ils jugent désirable parce qu’ils en entendent parler sans y goûter jamais, on est en plein dans le sujet de l’émulation sociale. Le Nutella c’est censé être la « vraie » pâte à tartiner que l’on remplace parfois par son équivalent « premier prix » ou à l’opposé par du Jean Hervé ou Chocolinette (quand on met un point d’honneur à ne pas s’abaisser à Nutella).

Emeute NutellaPersonnellement, je ne crois pas à l’argument « ces gens sont en général trop pauvres pour s’acheter du Nutella ». Ils considèrent simplement cela moins « indispensable » qu’un autre thème consommatoire (des chaussures, un écran plat, un voyage…).

Et la clé de compréhension est plutôt dans le désir de ne pas se faire gruger par les autres. On peut tout à fait imaginer la colère venir face à un sentiment injuste quand on constate que d’autres raflent tous les pots et nous privent d’une bonne affaire pour laquelle on se sent légitime. Pourquoi eux et pas moi ? Et donc l’escalade de la violence, prendre le plus de pots moi-même parce que j’y a droit et que si je ne le fais pas, d’autres vont le faire pour moi.

Bref, c’est un phénomène social assez classique qu’il faudrait attribuer moins à la misère du porte-monnaie qu’à une envie d’égalité et d’équité.

Voilà une conclusion assez paradoxale qui j’espère aura le mérite de rassurer le principal intéressé !

 

Passage sur France5 à propos du « label » Better Cotton Initiative

13393983_1103687169702856_2892282731516204969_nUn petit mot pour vous dire que j’ai eu le privilège d’être interviewé dans le documentaire Quand nos T-Shirts filent un mauvais coton diffusé sur France5. L’émission est en accès libre jusqu’au 24 Octobre.

Dans ce reportage réalisé par Camille Roperch et Alexia Sauvageon, je parle surtout de la misère du label Better Cotton Initiative. Un bidule créé par les grandes marques pour leur collection « éthique ». En regardant le documentaire, j’ai appris que les réalisatrices n’avaient d’ailleurs pas eu de réponse de la part d’H&M sur ce sujet. Certains silences en disent long.

Au delà des enjeux sur la culture du coton et du bashing, il y a aussi une petite note d’espoir sur des initiatives exemplaires.

France5 CotonJe profite aussi de ce blitz-post pour partager la nouvelle vidéo de DirtyBiology qui relie merveilleusement un thème qui nous est cher (combien vaut la Nature ?) et la psychologie, sujet récemment traité à propos de la neurosagesse.

En résumé, pour motiver le plus grand nombre à « protéger la nature », il existe deux mécanismes possibles : la voie émotionnelle (spirituelle, sensible, qu’il-est-mignon-ce-bébé-phoque) et la voie rationnelle (utilité écologique… mais surtout hélas économique puisqu c’est l’outil dominant nos sociétés…).

J’y ai appris que nos cerveaux sont hélas mieux câblés pour être sensible au sort d’un individu que d’une population. D’où la nécessité d’AlGoreiser allégoriser la Nature.

En un mot, pour faire de l’écologie efficace, il va falloir s’intéresser à la psychologie. Une révolution…

Du transhumanisme à la neurosagesse (il est fort ce Idriss Aberkane)

p1020616Début 2016, j’avais évoqué une vidéo inspirante d’un certain Idriss Aberkane à propos de l’économie de la connaissance et du biomimétisme. Cette vidéo est devenue virale en septembre 2016 et c’est bien mérité car, malgré les bémols que j’avais humblement barbouillés sur sa partition à l’époque, son intervention était inspirante. D’abord parce qu’il a un talent de vulgarisateur, avec des formules bien amenées et des métaphores perspicaces, ensuite parce qu’il propose un futur « out of the box« .
Je le remercie d’avoir répondu brièvement à mon billet expliquant les raisons de ce qui me semblait des lacunes. Pour se disculper, il évoquait une vidéo tournée dans un contexte de lobbying où il s’agit de convaincre des décideurs.

La nouvelle vidéo qui circule est au sujet d’un livre qui est paru ce 4 Octobre (et que je n’ai donc pas lu… pour le moment) : « Libérez votre cerveau« . J’invite tout le monde à la visionner :

Le bon doigté pour attraper un problème avec son cerveau

Attraper une bouteille avec sa main est trivial car on voit comment s’articule notre main. Mais comme on ne « voit » pas notre cerveau, on ne l’utilise pas forcément de manière optimale pour appréhender un problème cérébral.

« Si l’on voyait comment notre cerveau attrape de la connaissance, on aurait pas besoin de faire de la recherche en neuroscience ».

ruediger-gammCette comparaison nous fait comprendre en un éclair comment font les « prodiges » tel ce Rüdiger Gamm, capable de trouver en une seconde que 53 puissance 9 vaut 3 299 763 591 802 123. Il répartirait l’effort sur plusieurs aires du cerveau pour « attraper le problème » un peu comme on utiliserait plusieurs doigts pour attraper une bouteille.

Mémoire épisodique, mémoire spatiale, mémoire procédurale et mémoire de travail (celle qui dure 15 secondes) sont activées et synchronisées pour une nouvele « ergonomie » cérébrale.

« La bonne nouvelle c’est qu’on pourrait tous faire ça »

Car « quand on fait de la neuro-ergonomie, on peut tout changer : l’école, le travail, la politique, la communication ». Peut-être sans le vouloir, le propos insiste sur les possibilités dans la pédagogie. En postulant que l’apprentissage à l’école est une souffrance, il laisse entrevoir une possibilité d’apprendre en utilisant les résultats de la neuroscience. Et là où c’est effectivement une très bonne nouvelle, c’est qu’il semblerait que notre cerveau raffole d’un truc pour apprendre : le JEU !

Jouer est la façon normale d’apprendre. Pas la façon exceptionnelle ! […] Aujourd’hui l’école n’est pas compétitive pour capter l’attention.

Et on en vient au point qui m’a motivé pour écrire à propos de cette vidéo. Idriss Aberkane constate qu’à notre époque (société  des loisirs, de la distraction ?) avec les jeux vidéos, la télé, facebook, etc. il faut reconnaître que l’école peine à capter notre attention !

dirtyIl se trouve que depuis quelques mois, j’ingurgite une quantité de vidéos Youtube. J’ai en effet débusqué (enfin, après toute le monde…) une communauté de youtubeurs talentueux qui font de la vulgarisation scientifiques. Entre autres MicMaths pour les mathématiques et DirtyBiology pour la biologie.

Alors on objectera que ce n’est pas très nouveau. Que ce n’est que le « format » qui change. Qu’il y a aussi des excellents livres, revues… et même d’excellents professeurs tout simplement qui font aussi bien qu’un Youtubeur pour propager de la connaissance.

La différence repose sur le pouvoir de contagion. Si je peux m’emballer pour une lecture (par exemple le dernier David Graeber ou un nouveau tome de l’Encyclopédie du Dérisoire et de l’Inutile…) je vais prêter le livre à un ami avec une faible probabilité que ce soit lu par l’heureux élu.

Depuis quelques mois j’embête tout le monde avec ce doute qui m’habite depuis quelques mois : et si la vulgarisation scientifique n’allait pas devoir abandonner progressivement l’écrit pour la vidéo…

Exemple personnel et récent : au même moment où je lisais un ouvrage de référence sur les langues celtes, je tombais sur une vidéo d’un jeune youtubeur qui proposait une superbe cartographie en timelapse de l’évolution desdites langues. Plus clair, plus direct, plus facile à digérer.

librairie-visage

Au début j’en étais très chagriné, victime du syndrome du jeune Sarte analphabète qui vénérait les « pierres levées » de la bibliothèque grand-paternelle. Oui le livre garde une dimension sacrée et c’est comme un blasphème pour moi que de comparer la littérature pluri-millénaire à cet épiphénomène technologique nommé Youtube.

Mais ironiquement, dans le cas présent du youtubeur/auteur Idriss Aberkane, la promo du livre est ici bien assurée par la vidéo. Je crois donc que je vais quand même aller plus loin que ces 10 minutes de vidéo et me farcir le livre 😉

Mais revenons à cet extrait justement. Le chercheur nous fournit une nouvelle métaphore. L’école c’est comme un buffet à volonté dans un hôtel de luxe. Un truc génial donc… sauf que le maître d’hôtel vous ordonne de tout manger ! Et d’être sanctionné sur tout ce que vous n’aurez pas bien mangé !
(Pour infos, il y a des restaurants asiatiques qui pratiquent ce genre de règle… et c’est vrai que ça incite à des comportements étranges…)

Une bonne école est une école où le prof prend son pied et où l’élève prend aussi son pied.

En conclusion, il évoque le danger des neurosciences (que je connais bien grâce au travail incomparable et précurseur fourni par Pièces & Main d’Oeuvre) qui risquent bien de se retourner contre nous puisqu’elles sont surtout étudiées dans le secteur militaire et marketing…

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Et donc d’invoquer une sorte d’éthique en neuroscience, qu’il appelle neurosagesse. Gageons que cet appel est autant périlleux que l’éthique en biologie… Oui, effectivement « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme« . Et je ne suis pas certain qu’un manifeste, aussi bon soit-il, orientera les recherches en neuro-science pour la paix et l’allégresse. C’est mon background Ellulien qui parle…

Mais ce manifeste, en renouant avec la vieille idée du surhomme (le surhomme bien compris, celui qui sait se dominer) renouvelle tout de même fortement la question de la Technique. Car là où les dominants rêvent de transhumanisme (doper l’homme par l’artefact) cette neurosagesse propose une troisième voie à savoir une possibilité de doper l’homme par la Méthode. En premier lieu la pédagogie mais surtout donc la connaissance intérieure et psychique.

Alors même si l’on se méfie toujours des lendemains qui chantent, je dois avouer qu’en tant qu’eco-sapiens, c’est à dire étymologiquement attachée à la sagesse chez soi, cette neurosagesse ici proposée me plaît bien. Qui sait ? On va même pouvoir la rattacher définitivement avec les recherches en neuroscience de la méditation.

Affaire à suivre donc !

(Edit voici le billet où je fais part de ma déception : On peut se tromper )

Rendez-vous du futur (l’éco-consommation en vidéo)

selfie-nones« Ah tiens je t’ai vu récemment à la télé avec des boîtes de thon ! »

Il m’arrive parfois en effet de répondre aux sollicitations d’interview ou de reportages. Et comme l’éco-consommation est un domaine assez large, je me retrouve parfois embarqué sur des sujets assez insolites.

Sans fausse modestie, j’accepte en général par politesse, et surtout en fonction du feeling avec l’interlocuteur.

Parmi la dizaine d’interventions radio ou télédiffusées, celle que je regrette le plus est un 5 minutes sur France Info pour parler des lessives écologiques.

Je me rappelle parfaitement avoir tenté d’avoir un débat de fond avec mon intervieweuse mais celle-ci voulait des réponses catégoriques (genre « c’est cette lessive qui est la mieux ») quand je me permettais d’apporter de la nuance (bah oui il y a quand même plein de paramètres quand on fait une lessive : le modèle, le réglage, le recours à des balles de lavage etc…).

Mais souvent ça se passe bien. J’ai eu des journalistes attentifs (Gaël de Canal+, Frédérique de France 5) qui parviennent bien à articuler la contrainte du « spectacle » avec l’objectif pédagogique.

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En Février, j’ai participé à une émission sur une WebTV (donc très confidentielle) qui s’appelle Les rendez-vous du futur. Je recommande car ce sont des formats longs d’interview avec des personnes fort respectables (l’astrophysicien André Barhic, le mathématicien Cédric Villani, le penseur Michel Bauwens etc.)

Pour ma venue, était invitée en deuxième partie une personne dont j’ignorais le nom mais dont la biographie interpelle. Cécile Renouard cumule en effet le travail universitaire de conseil stratégique en Responsabilité Sociétale des Entreprises… avec celui de religieuse !

Autant dire que par son mode de vie, hors voyages d’étude, elle a une empreinte écologique bien moindre que la mienne ! Entre prières au couvent et board dans les bureaux feutrés des ténors du CAC 40 on imagine qu’elle doit avoir une vie intellectuelle et spirituelle très intense.

Son passage dure une heure et aborde finalement assez peu cette double casquette, sauf à la fin. Mais c’est une bonne synthèse sur le développement durable, la RSE et la psychologie des grands groupes confrontés à la transition.

 

Quant à moi, mon passage de 30 minutes, dans Le First, aborde les sujets globaux de l’éco-consommation.

  1. Comment peut-on être sûr qu’un produit est éthique ?
  2. Peut-on faire confiance aux labels ?
  3. N’y a-t-il pas de plus en plus de greenwashing ?
  4. La bio et l’équitable c’est tendance?
  5. C’est plus cher de consommer éthique ?

Et je peux évoquer l’entreprenariat (avec le site via-sapiens sur le tourisme responsable) et l’association négaWatt.

Coralie Huché Les bons labels et les truands
Dessin en live réalisé par Coralie Huché durant l’émission. Merci à elle.

Le plus drôle c’est qu’à la fin, mes interlocuteurs avaient préparé un focus sur l’association OpenFoodFacts… dont le fondateur est un ami (et sociétaire !). Donc là encore je connaissais bien le  sujet des étiquettes et des « applis mobiles » pour s’y retrouver. Ca mériterait d’ailleurs une autre bonne heure de reportage…

En attendant, la vidéo est ici :

 

Biomimétisme, économie de la connaissance… à voir !

cactusC’est la révolution du XXIème siècle!

Bon je sais ce n’est pas la première fois que l’on entend cela. Mais restez-donc pour vous faire un avis.

Etant de constitution curieuse mais méfiante, je me suis laissé intriguer par une conférence qui a séduit nombre de mes amis.

Il s’agit d’une audition de Idriss ABERKANE au Conseil Economique Social et Environnemental à propos du biomimétisme. Ce jeune et brillant chercheur (Supélec, Polytechnique, Stanford…) expose en quelques minutes comment s’inspirer du vivant pour innover.

Cela fait longtemps que je connaissais les concepts mais cette vidéo est une parfaite synthèse pour s’introduire aux concepts d’économie de la connaissance et de biomimétisme.

Visionnez la vidéo avant de lire ce qui suit (sauf si vous êtes pressés)

vidéo

Néanmoins, certaines choses m’ont chiffonné car en marge de remarques percutantes et de bon sens, le propos général me semble encore malgré lui « connecté » à de vieilles conceptions.

L’économie de la connaissance

L’intervention démarre d’abord sur cette considération que toute théorie révolutionnaire passe par 3 stades :

ridicule => dangereuse => évidente

Par exemple le droit de vote des femmes ou l’abolition de l’esclavage. On attribue à Gandhi la phrase « First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win » qui donne du baume au cœur à tous les militants des causes perdues… y compris les plus ambiguës (théorie de la terre creuse et récentisme par exemple – cette dernière étant déjà passé de « ridicule » à « dangereuse »…)

evasion-paresseuxJe crains que ce genre de vision de la « théorie des idées » ne soit au final qu’une tautologie rétrospective. L’épistémologue Paul Feyerabend, sur le champ purement scientifique, a carrément renoncé à trouver une structure en histoire des sciences. Au final, une théorie s’impose… parce que les vainqueurs ont vaincu !

J’ai conscience que c’est très décevant pour nous tous qui cherchons des « recettes » ou des « principes » pour faire valoir nos idées; néanmoins si l’homme préhistorique ou moderne avait adopté des comportements optimaux, nous ne serions pas là pour l’écrire…

Hormis cela, je partage le constat. Le paradigme dominant, celui de la croissance infinie et de l’économie matérielle, est condamné et nous peinons aujourd’hui à basculer définitivement sur un nouveau paradigme. Et qui, pourquoi pas, serait lié à l’économie de la connaissance.

Rappelant que contrairement aux matières premières, la connaissance est infinie et est donc compatible avec une croissance infinie, M. Aberkane propose 3 lois sur lesquelles repose l’économie de la connaissance.

  1. Echanges à somme positive
    quand on partage un bien matériel, on le divise. Mais quand on partage une connaissance, on la multiplie.
  2. Echanges pas instantanés
    Cela prend du temps de partager et d’assimiler une connaissance. Transférer de l’argent est immédiat. Assimiler la physique quantique c’est plus long…
  3. Les combinaisons de connaissance ne sont pas linéaires
    « 1 kg de connaissance + 1 kg de connaissance = 3 kg de connaissance ». Au pire de nouvelles connaissances triviales, au mieux de nouvelles connaissances.

poissons-fumesLa force du propos de ce chercheur réside dans cette belle métaphore d’une humanité qui aurait vécu des années dans une bibliothèque où elle aurait jeté au feu les livres pour se chauffer. Alors que nous aurions pu ouvrir les livres de la nature. C’est ce que propose le biomimétisme.

Le biomimétisme : lire la nature

« Le biomimétisme, c’est l’art d’extraire la connaissance de la nature ! ».

S’ensuit un catalogue d’exemples « classiques » quand on veut montrer à quel point la nature est high-tech !

  • Les nanomatériaux des diatomées (plancton) plus précis qu’un processeur Intel.
    « Dans une goutte d’eau de mer vous avez  des puces Intel qui flottent… et nous narguent depuis 3 milliards d’années »
  • L’aérodynamisme de la peau de requin, meilleur revêtement au monde (Airbus s’en est inspiré, combinaisons interdites pour la natation, BASF s’en est inspiré pour faire une peinture antifouling)
  • Le blindage de l’ormeau (le coquillage, pas l’arbre) capable d’arrêter un bazooka. « Ca peut vous blinder un char Leclerc et c’est moins dangereux à fabriquer par rapport à une usine AZF ».
  • La mu-conotoxine du coquillage qui vaut 800 millions $ / kg et qui est en voie d’extinction car on vend ce cône du Pacifique 3$ aux touristes parce qu’il est joli.
  • Le ver de vase, substitut d’hémoglobine O- universellement transfusable, 50 fois plus oxygénante et donc top pour le dopage et les transplantations.
  • Le byssus de la moule, meilleure colle du monde et qui ne pollue pas. Utilisé aussi comme fil de suture mais réservé aux césariennes de stars car il fait des plaines nickel.
  • La crevette mante-religieuse, dont les pinces-marteaux a la vélocité d’une balle de fusil, générant des étincelles de 22 000°K, faisant même de la supercavitation (et là des considérations sur l’armement russe, iranien et chinois). Elle a aussi le meilleur écran solaire qui plus est non polluant.

radeau-cimesVient ensuite une analogie entre le premier derrick pour forer du pétrole (exploitation de la nature) et le « radeau des cimes » sur la canopée amazonienne, premier extracteur de connaissances de la nature.

Enfin une digression sur la Corée du Sud :

La Russie exporte moins que la Corée du Sud qui n’a rien, aucune matière première. […] Par contre, la Corée du Sud c’est le premier fabricant d’écrans LCD, de moteurs de bateau, un très grand fabricant mondial d’automobiles : ils exportent de la connaissance [sic].

Toute leur économie est basée sur la connaissance et c’est pour cela que la Corée est passée de la guerre de Corée à nos jours, de 1 boite de corned-beef comme repas à un PIB par habitant supérieur à la France.

Au travers de ces exemples, je suis comme saisi d’un doute.

Doute confirmé par le discours de conclusion tellement goldmansachsesque.

Quoi ? En 2015 vous saviez que dans la Nature il y avait des circuits R&D à 10 milliards, des céramiques dont le développement marché est supérieur à 1 milliard, il y avait des toxines qui valent 800 millions de dollars le kilo – c’est combien de litres un baril de pétrole ?-  30 centimes le litre pour le pétrole, 1 milliard le litre pour la toxine.
Vous saviez tout ca… et vous extrayiez le pétrole de la mer ?
[…]

Le frein majeur, c’est que si nous avons le derrick, nous n’avons pas la raffinerie.
[…]
Dans le biomimétisme, un écosystème inexploité c’est comme une nappe pétrolière… sauf que quand vous l’exploitez vous ne le détruisez pas. […]

Et en plus il y a beaucoup plus d’argent à se faire comme çà !

Déjà un doute s’immisce. On nous explique comment on va résoudre la quadrature du cercle, le Graal de la réconciliation entre écologie et économie, l’argent et la nature. Mais on subodore déjà que tout cela n’était qu’un songe… qu’en fait ce qui est appelé « économie de la connaissance » est une R&D qui, à court d’idées, vient singer ce qui se passe dans la nature.

Cela se confirme avec la conclusion qui parle de la blue economy (terme modernisé pour l’autre concept qui fit flores il y a peu, craddle-to-craddle déjà renouvelé par l’ubuesque économie circulaire) où l’on affirme qu’il est possible de faire des chaînes économiques circulaires, sans déchet, et en plus on est ‘achement rentable et hyper compétitif.

Idriss ABERKANE finit avec l’exemple historique du coton lors de la guerrede Sécession aux Etats-Unis, opposant le Sud adepte de l’esclave, contre le Nord industrialisé adepte de la machine à vapeur… qui se révelera bien plus rentable.

Qu’en penser ?

tree-hugsCet exemple du coton est doublement paradoxal.

1) Il démontre que ce qui compte au final c’est le primat de la compétition. Ce n’est ni pour des raisons éthiques ni pour des raisons écologiques (biomimétiques ?) que les Nordistes ont gagné.

2) Si on applique le biomimétisme au coton, on pourrait dire qu’un arbre le cotonnier produit une matière inspirante pour les humains bien plus robuste et thermique que leur peau naturelle. le coton est-il une innovation à un milliard de dollars ?

Ce que je veux dire c’est que depuis toujours nous faisons du biomimétisme. Un long débat quasi ontologique qui nous amène à requestionner le lien entre Nature et Technique. Le projet ITER ne consiste-t-il pas à recréer l’énergie du Soleil dans nos tokamaks ? L’acide acétylsalicylique de l’aspirine n’a-t-il pas été isolé dans le saule ?

Pour quitter le champ sarcastique, je souhaite juste rappeler que la Technique n’est que la transpiration de la Nature par l’Homme. Donc tout le propos de cette vidéo est « de bon sens ». On n’a plus à gagner à comprendre et respecter le vivant plutôt qu’à l’exploiter avidement.

Le grand paradoxe de cette vidéo est que pour justifier son propos et cet appel à une révolution de l’imaginaire, ce chercheur est obligé de reposer son argumentaire sur des considérations de l’ancien monde « it’s very big money, my friend« .

volcanoPour reprendre l’exemple de la toxine utilisée en neurosciences, cette « valeur marchande » n’a de sens que dans un contexte de société hyper-industrielle. Les malheureux exemples, tous empruntés au secteur militaire, sport-spectacle ou pseudo-médical s’égrènent comme des aveux nostalgiques.

J’avoue que la première fois que j’ai entendu parler de biomimétisme c’était dans l’architecture. Et de nous faire rêver avec des tours et des dômes de stades futuristes, genre toile d’araignée. C’est peut être ringard mais moi ces choses là ne me font pas rêver. Parce que bon les stades de foot, je sais pas si vous êtes au courant mais c’est comme les aéroports… Ils sont désertés…

Nulle peine de me traiter de technophobe (polémique d’un autre temps…). Je fais juste remarquer que ce qui est appelé ici économie de la connaissance n’est qu’une variante de ce que certains économistes croissancistes nomment « économie dématérialisée » ou « tiers-économie » et qui pensent avoir trouvé dans l’échange immatériel la solution au problème de la croissance infinie.

Si cette vidéo m’a beaucoup plu malgré tout, il n’en reste pas moins que j’en déplore son manque de recul. Elle gagnerait à s’articuler avec d’autres réflexions plus systémiques (le convivialisme d’Alain Caillé, l’anthropologie de la dette par David Graeber) qui nous amènerait à questionner bien plus loin ce que pourrait être l’économie non prédatrice.

L’enjeu n’est pas de savoir comment on va cultiver des moules pour, grâce à leur byssus,  refaire « nickel » les seins de Paris Hilton mais bel et bien comment on va vivre à plusieurs milliards ensemble car, tenez-vous bien, même le modèle de la Corée du Sud n’est pas généralisable (ni souhaitable). Car pour exporter écrans et bateaux… il faut bien que d’autres en achètent.

Sur ce, je retourne à une vidéo que l’on ma conseillée sur l’agro-écologie. Bizarrement, je sens que l’on y parlera moins dollars et de cash-intensive !

land-art

Edit du 06/10/2016 : il y a une suite à ce billet, à propos d’une autre vidéo d’Idriss Aberkane : Du transhumanisme au surhumanisme (il est fort Idriss Aberkane)

A quoi servent les guides de haut brouillard ?

hamsterFaut-il être optimiste ? Faut-il être pessimiste ? Le vieux Hegel se régalerait à dire que nous pouvons recourir au Aufhebug : dépasser le pessimisme, bien légitime compte tenu de la situation sociale et écologique, par un optimisme de principe afin de passer à l’action et s’ancrer ainsi dans le réalisme.

Autre formulation : « Là où croit le péril croît aussi ce qui sauve ». (Hölderlin)

Ou encore : « Ce n’est pas parce que les utopies échouent qu’il ne faut pas les approcher ».

La dernière ?
On annonce dans les journaux que la moitié des espèces sauvages a disparu en 40 ans !

Oui il est temps de tenter le « journalisme positif » (ce que fait le journal Kaizen, et ce qui a intéressé cette semaine l’émission arretsurimages).

Nous revient cet excellent souvenir d’un journaliste, Gaël Legras, qui était venu nous filmer à Marseille pour Canal Plus. Dans un TedX plutôt émouvant, il explique pourquoi les médias, et notamment la télévision, ne mettent jamais en avant ce qu’il peut y avoir de beau dans l’humain…

Rien à voir mais nous avons reçu la dernière publication de l’ADEME concernant les labels de l’éco-consommation.

zen-footPour nous, l’ADEME, c’est un peu l’institution nationale qui doit être impartiale et claire, à force d’études et d’expertise. Il se trouve que cette Agence nationale, connue pour son assise sur les questions énergétiques, possède aussi un pôle éco-consommation. Côté coulisses, comme l’éco-consommation c’est un peu notre dada, nous avons plusieurs fois tenté d’aborder l’ADEME pour des partenariats, et notamment sur cette question des labels.

Car, si nous pouvons nous enorgueillir d’une chose, c’est bien du succès de notre guide « Les bons labels et les truands« .

Distribué sur de nombreux salons, réclamé sur par de nombreuses associations, vu et téléchargé des dizaines de milliers de fois, il nous arrive de le rencontrer au hasard, chez des gens, dans des bureaux, dans des salles d’attente !

baiserMême si le titre est un fort habile jeu de mot (merci à Charly des pouletsbicyclettes), le succès est à trouver ailleurs. C’est un guide qui « prend position », qui donne une direction, un endroit où aller. Pour revenir à Hegel, c’est un objet réaliste !

Nous avons régulièrement épluché les guides labels de l’ADEME, environ un par an. Et il faut bien avouer que ce genre de publication ne peut pas trouver de public.

Ils ont classé les labels non pas par pertinence mais par « catégorie de produits ». Vous apprendrez donc cette chose très importante à savoir que le label AB se retrouve plutôt dans l’alimentation, et que sur les jouets, vous ne verrez que Nordic Swan… ce qui est faux d’ailleurs puisque de nombreux autres labels se retrouvent dans cette catégorie Jouets.

Chaque fois, nous espérons que l’ADEME nous lise un peu pour se corriger. Par exemple, nous écrivions à propos du label plus que bof, « Rainforest Alliance » ainsi décrit par le guide de l’ADEME :

rainQue veut dire ce logo ?
– commerce durable* (milieu tropical et subtropical),
– interdiction d’utiliser des pesticides non autorisés,
– évitement maximal des cultures transgéniques (introduction, culture ou transformation),
– pratique de la chasse, de la capture ou du trafic d’animaux sauvages interdites…
* Le commerce durable ne garantit pas de prix minimum pour les produits mais inclut le salaire minimum national.

Honnêtement, si vous n’êtes pas spécialiste du sujet, il y a de fortes chances pour que vous vous fassiez avoir. Mais avec un peu d’habitude, on réalise bien que ce label est une fumisterie. Interdit est un synonyme de non autorisés, l’évitement maximal n’est qu’une formule élégante pour dire « on fait comme on peut, comme on veut » et on ne voit pas pourquoi la récolte de café entrainerait du trafic d’animaux sauvages… Et évidemment, le « commerce durable » qui respecte la loi en recourant au salaire minimum national.

En résumé, si on veut aider le consommateur à s’y retrouver, un guide doit dire « Ce label ne garantit rien ».

Et aussi, ce qui est agaçant, c’est que l’ADEME est à l’origine d’un label qui s’appelle ecolabel européen, qui est une heureuse initiative d’harmonisation européenne mais qui a toujours été un point de désaccord entre eux et nous (car oui nous avons déjà fait des tables rondes avec l’ADEME sur ce sujet).

La nature de ce label est de s’adapter à chaque secteur et inévitablement, en fonction des domaines d’application, le label peut apporter une vraie garantie (peintures notamment) mais est parfois bien léger par rapport aux labels spécialisés (par exemple la cosmétique face à Cosmebio, la papeterie… même le WWF le dit).

 

Autre nouveau venu dans ce guide, c’est le label « Issus d’une exploitation de Haute Valeur Environnementale« . Le néophyte se dit chouette; l’expert renifle à plein nez le label de bric et de broc. Une référence à « Haute Qualité Environnementale » qui est déjà un label très bof dans le secteur du bâtiment. Le terme « Exploitation » au lieu de « Ferme » qui rappelle le vocabulaire des gros syndicats agricoles.

lesbonslabelsEt une rapide recherche nous confirme que c’est bien une mention issue du Grenelle de l’Environnement où l’on a tenté de ranimer le bon vieux concept d’agriculture raisonnée qui n’existait que pour contrer le dynamisme du label Agriculture Biologique. Contrairement à ce qu’indique la brochure de l’ADEME, nous défions quiconque de me trouver ce label dans un magasin de produit biologique, voire dans un magasin tout court !

A notre humble avis, le rôle d’une agence nationale en matière d’éco-consommation est bel et bien d’orienter les acheteurs que nous sommes vers les produits mieux-disant socialement et environnementalement. En mentionnant des labels n’offrant aucune garantie sérieuse, on ne fait que du recensement, mais pas du conseil.

Loin de nous l’idée de considérer que nos publications détiennent La Vérité. Nous avons toujours revendiqué une part de subjectivité, mais nous sommes toujours capables d’expliciter un positionnement. Par exemple, suite à la récente polémique à propos de Max Havelaar, nous nous sommes interrogés sur la nécessité de réévaluer notre note. Nous avons aussi longtemps penser à référencer tous les labels bidons et nous avons parfois fait une fiche (Sustainable cleaning, conso responsable Leclerc ) mais cela vaut-il vraiment le coup. Il existe tellement d’initiatives farfelues que nous le faisons uniquement quand le logo se répand effectivement.

Mais peut-être qu’un jour, ils auront tous droit à leur affiche. Et là nous pourrons dire : « voici tous les labels que vous pouvez fuir« .

Et avec un peu de chance, ce sera diffusé par l’ADEME ?
Il y a juste un petit Aufhebung pour y parvenir !

Un copain en visite au siège social de Qechua nous a envoyé ce clché !
Un copain en visite au siège social de Quechua (marque Décathlon) nous a envoyé ce cliché !

Diego Buñuel et le fantôme de la liberté

Diego Buñuel est sans l’ombre d’un doute un bon journaliste et il a de la chance. Il est aussi le petit-fils de Luis Buñuel, célèbre pour son cinéma surréaliste avec notamment Un chien andalou.

Dans un autre film, Le fantôme de la liberté, il y a cette célèbre scène où les convives s’assoient à table mais sur des cuvettes de toilette. Au lieu de manger, ils font la petite et la grosse commission tout en discutant. Et doivent s’excuser pour s’éclipser, en demandant d’un air gêné « où se trouve la salle à manger ? »

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Conférences gesticulées pour les etats généraux de l’ESS

Tout le monde connaît Franck Lepage de la SCOP Le Pavé et ses célèbres conférences gesticulées.

Ah non, vous ne connaissez pas àComme vous êtes has been ! C’est comme si vous demandiez ce que signifie résilience, mutualisation ou pire encore, gouvernance.
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