Baptiste RABOURDIN

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Charges et cotisations

Clément Viktorovitch a toute ma sympathie mais pour des raisons que j’ignore il m’arrive souvent de relever quantité d’erreurs dans ses chroniques dont je partage le fond mais déplore le manque de rigueur.

Ainsi en est-il de cette intervention chez Quotidien où cela démarre très fort :

« Sauf qu’ils [les macronistes] auraient pu utiliser un autre mot, non pas augmenter les impôts, mais augmenter les cotisations« 

C’est effectivement bien le terme de cotisations qui est employé par le COR (Conseil d’Orientation des Retraites) et Clément Viktorovitch renvoie vers le site de service public qui explique la différence entre ces deux termes. La cotisation ouvre droit à des prestations là où l’impôt est sans contrepartie.

On pourrait déjà discuter de ces définitions puisque les impôts offrent tout de même des contreparties (oui oui nos impôts financent l’armée, la justice…) et l’on pourrait même dire que le premier impôt est la contrepartie de notre sécurité. A contrario, vous pouvez cotiser et au final ne pas bénéficier des aides retour à l’emploi parce que vous démissionnez.

En général on parle de cotisations quand on décaisse à la Sécurité Sociale. Et on parle d’impôts et de taxes quand cela va à l’Etat. Rappelons que le budget de la Sécu est presque trois fois supérieur à celui de l’Etat…

L’erreur vient du fait que la page web mentionnée est celle de l’Etat qui souhaite parler du cas particulier de la CSG qui est bien prélevé par l’URSSAF mais qui concerne tous les revenus et pas uniquement les salaires… d’où une une similarité de principe avec l’impôt sur le revenu.

Bien sûr Clément Viktorovitch a tout à fait raison que le recours au terme trompeur d’impôt par le gouvernement vise à tromper son monde. Il est vrai que le terme « cotisations » fleure bon la solidarité tandis que personne ne veut payer plus d’impôt…

Mais le passage qui me dérange c’est quand on va sur le registre de l’entreprise à savoir le recours tout aussi vicieux des macronistes du terme « charges sociales », celles-ci devant évidemment baisser car elles pèsesnt sur la compétitivité des entreprises bla bla bla.

Et là la phrase qui décrédibilise toute la chronique : « Charge n’est pas stricto sensu un concept économique » . Mazette !

Alors si si aucun souci. En économie il y a un truc un peu lourdingue qui s’appelle la comptabilité et qui évoque 4 notions fondamentales : actif, passif, produits, charges.

Je me permets donc de faire un petit memento pour l’ami Viktorovitch :

  • Passif: Porte mal son nom. C’est tout ce que la personne doit à un instant t
  • Actif : Porte mal son nom. C’est tout ce qui est dû à la personne à un instant t
  • Produits : Porte mal son nom. C’est tout ce qui est dû à la personne pendant une période
  • Charges : Porte mal son nom. C’est tout ce que la personne doit pendant une période.

Les comptables hurleront en voyant de telles définitions mais c’est volontairement que je vise « large ». Pour donner un exemple, au passif vous trouvez les emprunts bancaires… et les réserves dont on ne voit pas trop à première vue à qui on les doit ! [patience…]

Les charges se répartissent en général en quatre catégories. Le plan comptable les définit en classe 6 Compte de charges.

  • charges d’exploitation : typiquement les factures de fournisseurs (électricité, loyer, prestataires…)
  • charges financières : typiquement les intérêts, les agios… eh oui les financeurs ne sont pas des fournisseurs lambda ! je plaisante, il y a un peu de logique à distiguer.
  • charges exceptionnelles : tous les trucs bizarres que le comptable ne sait pas où ranger. Typiquement les amendes, les pénalités, les pourboires… et les dons aux associations.
  • charges sociales : je vous jure que ca existe, que c’est écrit sur toutes les plaquettes comptables de France. En gros le compte 6.4 c’est « Charges de personnel » et le 6.4.5 s’intitule « Charges de sécurité sociale et de prévoyance », le 6.4.7 s’appelle « Autres charges sociales ». et le 6.4.8. « Autres charges de personnel »

Vous aurez deviné que les cotisations sociales sont reportés dans le compte 6.4.5. Les autres charges sociales sont les versements au comité d’entreprises ou encore la médecine du travail.

Pour ceux qui découvrent la comptabilité, je veux quand même préciser que ce n’est pas non plus vraiment ma tasse de thé au sens où cette « discipline » a comme première tâche de ranger des choses au bon endroit, les chaussettes, dans le tiroir où c’est écrit chaussettes. Parfois, quand vous tombez sur un legging, certains comptables vont mettre cela dans pantalons, d’autres dans collants. Les grosses catégories, elles, ne bougent pas trop mais je pense qu’effectivement il est assez illogique de dire parfois « social » et parfois « de personnel« .

Comme toujours, l’étude des mots c’est surtout une étude de l’histoire. De même que l’union des astronomes a du un jour dire que Pluton n’était pas une planète en redéfinissant a posteriori ce qu’était une planète, de même il existe des congrès dans cette profession comptable qui discutent de la façon de classer et des termes à choisir.

Mon propos est simplement de dire que du point de vue comptable… les salaires et les cotisations… ce sont des charges. Mais qu’évidemment une entreprise ne doit pas avoir uniquement une vue comptable. Tenez par exemple, le terme désormais habituel de « ressources humaines » qui a remplacé « gestion du personnel ». C’est typiquement la même chose. On réalise d’un coup que les personnes… sont des ressources.

C’est la même chose si j’emploie le terme « coût » ou « prix ».

On y reviendra…

Hélas le crédit coopératif…

Quoi de plus normal pour une coopérative que d’avoir son compte dans une banque coopérative ?

Pour ceux qui ne le savent pas, question éthique, il y a de sacrées différences parmi les banques. Le classement est fait par Les Amis de la Terre et en gros il y a les rouges (BNP, Sociégé Générale, Crédit Agricole), les orange (Banque Populaire, Banque postale, Crédit Mutuel) et les verts (Crédit Coopératif, La Nef).

A eco-SAPIENS, nous avons fait le choix d’être dans la banque la plus éthique qui soit et qui s’appelle La Nef. Transparent, innovant, engagé… on en parlé ici et .

Pour être précis, La Nef n’est pas (encore) autonome et dépend en partie du Crédit Coopératif (deuxième du classement) banque qui appartient au groupe BPCE (Banque Populaire x Caisse d’Epargne). On ne va pas rentrer dans les détails mais gardons à l’esprit que eco-SAPIENS est à La Nef et que notre interlocuteur est Crédit Coopératif. On a un chéquier Nef, un Rib Nef mais concrètemet, le service en ligne (espace client en ligne, facturation etc…) c’est le Crédit Coopératif.

Cet hermaphrodisme bancaire est un serpent de mer car parfois le Crédit Coopératif ne joue pas le jeu de son protégé. C’est une relation de « Je t’aime moi non plus » assez palpable quand on va à une AG de la Nef. Et ca frise parfois la trahison quand par exemple vous venez pour ouvrir un compte Nef et que votre interlocuteur vous oriente vers une offre Crédit Coop (c’est du vécu).

Mais La Nef a (avait) besoin du Crédit Coop techniquement parlant. Et le Crédit Coop a besoin de La Nef pour… pour je ne sais pas pourquoi en fait !

Ma petite embrouille avec Crédit Coop Marseille

Passé ce préambule un peu rébarbatif pour le non-initié, venons-en à une histoire pas très plaisante à expliquer. Nous sommes nombreux dans l’entrepreneuriat social à trouver que le Crédit Coop est en-dessous de tout. Que ce soit pour du perso (prêt immobilier, ouverture de compte…) ou du pro (prêt, pénalités abusives, ouverture de compte…) combien d’histoires ai-je entendu de la part d’amis et partenaires qui nous font tous conclure : « Quel dommage ! » Des gens convaincus, motivés, prêts à payer plus, quittent le Crédit Coopératif tellement le service est défaillant.

J’ai bien conscience qu’en disant du mal de mon « partenaire » bancaire, je prends un risque. Mais les lecteurs assidus de ce blog savent que ce genre de libération de la parole ne me fait pas peur. J’aime à citer ce vers de Rimbaud dans Une saison en enfer :  « Moi je suis intact et ca m’est égal… »

Comprenons-nous bien. Je souhaite de tout mon coeur que les acteurs au service de l’écologie, de la coopération, de la solidarité soient unis. Mais ce n’est pas une révélation que de dire que le monde de l’ESS connaît des guegueres et des rancunes. Par exemple la loi Hamon avait un peu crispé les tenants du « statut » (économie sociale) face à l’arrivée des « agréments »  (entrepreneuriat social).

Bref, rappelons une évidence. Je n’ai aucun plaisir à taper sur une aussi respectable institution. Le monde coopératif ne serait pas ce qu’il est sanc cette banque. Mais on a le droit de promouvoir le système social français tout en pointant les dysfonctionnements de l’URSSAF non ? Si !

L’exercice est pénible mais il va bien falloir que j’explique mon problème actuel avec le Crédit Coopératif. J’espère que cela incitera d’autres témoignages à l’instar de la dizaine reçue dans l’heure où j’ai posté sur Facebook mon désagrément.

Facilité de caisse… que c’est ?

Le point de départ c’est que notre SCOP est donc à LaNef/CréditCoopératif depuis 10 ans. On doit être dans la catégorie « client insipide » dans la mesure où nous n’avons jamais fait de prêt. Tout a démarré avec un capital collecté par nos magnifiques sociétaires réunis en SEP (du crowdfunding avant l’heure !). En 10 ans donc rien à signaler… Je n’ai jamais eu quelqu’un de La Nef. Et un coup de fil de courtoisie par an du Crédit Coop.

En 2012, nous avons sollicité le Crédit Coopératif pour une facilité de caisse à hauteur de 5 000 euros. Comme cela se pratique souvent, il nous a été naturellement demandé des justificatifs d’encaissements à venir. En l’occurence, il s’agissait d’un retard dans le paiement d’une subvention régionale liée à un programme d’emploi tremplin. Bref, du classique de gestion de trésorerie puisque 3 mois plus tard le compte redevenait positif. Pour longtemps.

Cette facilité est renouvelée automatiquement chaque année et se manifeste par un prélèvement appelé « Frais étude dossier ». Je ne vous cache pas qu’en réalité il n’y a pas d’étude réalisée. Mais cela arrange tout le monde. Le Crédit Coopératif prend quelques sous et nous, nous savons qu’en cas de tréso tendue, nous pouvons compter sur cette facilité.

En 2016, j’avais observé que malgré ce concours bancaire, quand le compte flirtait sous le zéro, les virements décaissés étaient surtaxées. J’avais passé le temps qu’il faut (6 mois, vingt emails) mais au final, tout est rentré dans l’ordre. Mis bout à bout, cela représentait environ 400 €. Ca devenait un peu ridicule car ce concours bancaire me coûtait :

  • un fixe de 100 € pour l' »étude de dossier » annuel.
  • des agios liés au plus fort découvert (normal)
  • des frais d’intervention (8,50 € par opération). Ceux qui m’ont été remboursés donc.

Bout à bout, cette facilité me revient bien plus cher qu’un emprunt mais nous n’avons pas d’emprunt à faire, juste une trésorerie soumise aux saisonnalités.

Février 2018, je vois passer le prélèvement « Etude Frais dossier ». Qui est passé à 150 € alors que trois mois plus tôt, le directeur d’agence m’avait écrit « Les frais de renouvellement en 2018 seront donc à nouveau de 102,50 € comme les années précédentes. » Mais bon, les frais bancaires ca peut augmenter.

Mars 2018, je reçois un coup de fil de mon « nouveau » chargé de compte. Ca change quasiment tous les ans, le chargé de compte. Et de toute façon je l’ai ai une fois par an au téléphone. Il me demande le dernier bilan. Simple formalité, je suis habitué. Je lui envoie, lui présente en quelques phrases notre activité tout ca tout ca. La pluie le beau temps.

Le lendemain, je reçois un accusé de réception (jamais bon signe…) et je découvre avec incompréhension le message suivant : « Le Crédit Coopératif n’a pas convenance à maintenir le concours court-terme. Vous avez 60 jours pour être en mode créditeur« .

Techniquement parlant, le Crédit Coopératif est en tort mais ne le sait pas… encore. Il pense être sur un concours à durée indéterminée auquel cas leur demande aurait pu être justifiée (mais en fait non, pas le temps de rentrer dans les détails). Aussi je leur réponds immédiatement qu’il s’agit d’une facilité annuelle (et je leur mets les verbatim des prédécesseurs montrant bien le caractère à durée déterminée).

Bon surtout, je leur signale que c’est carrément moyen niveau professionalisme. Le gars t’appelle, échange des banalités, raccroche, lit le document que tu lui as envoyé, puis, au lieu de te rappeler, décide d’envoyer un courrier avec recommandé.

On a fini par s’entretenir quelques jours plus tard et le chargé de compte s’explique : « Bah votre bilan il est pas terrible ! »

Oui je sais… il est pas terrible.

Mais bon on ne fait pas des instruments financiers sur le passé, plutôt sur les perspectives. Vous voudriez pas connaître mon plan futur ? Ou alors vous n’êtes pas banquier…

J’ai d’autres détails très croustillants sur les échanges depuis. Mais j’ai peur de perdre le lecteur. Au final, j’ai donc tenté de rassurer l’agence. Ils m’ont baladé en prétextant que ca allait passer en commission régionale, puis que non, enfin que oui si je signe une caution personnelle solidaire (sic). Et aussi qu’au Crédit Coop, les facilités de caisse se font toujours à l’oral (pratique !).

J’avoue avoir pété un câble quand la veille de la deadline, une employée m’a envoyé penaude un mail pour me dire de remplir une fiche sur mon patrimoine. Oui… on me demande de signer un truc avec mon patrimoine pour en échange, un engagement oral de la banque pour prolonger la facilité de caisse. Jusqu’à quand ? Tout à l’oral. J’ai fait confirmer plusieurs fois ce protocole à mon chargé de compte. Je n’en reviens toujours pas.

Donc voilà, les 60 jours sont révolus. Un prélèvement de loyer vient d’être rejeté. Sympa. Le compte est à – 500 euros et sera largement positif cet été. Pas de souci… Je l’ai expliqué et démontré. Je pourrais signer le papier ou avancer l’argent pour avoir la paix.

Sauf que je suis un peu têtu… et sûr de mon droit.

Me voici donc parti sur une saisie du service réclamation. J’ai prévenu l’agence qui acte cela et fait donc partir mon cas au service contentieux. Il semble que ce soit facturé 350 € (cf brochure).

Petit résumé : Chaque année depuis 7 ans, mon seul lien avec le Crédit Coopératif est un prélèvement pour concours bancaire et un coup de fil de courtoisie. Subitement, après avoir renouvelé ce concours en 2018, ils décident dans la foulée de l’annuler. Coup double. Tu prélèves 150 euros pour un service que tu annules 15 jours plus tard. Puis tu fais payer des frais indus et au final des frais de contentieux…

Cela pose la question du rôle non pas des banques… mais des hommes qui font la banque et qu’on appelle « banquiers ».

Au final, le plus déconcertant, c’est la sensation d’avoir en face des hommes qui exécutent des clauses algorithmiques. Un peu comme la fameuse règle des 3% qui fait paniquer tous les Etats… alors que rien ne justifie un tel seuil

Je reconnais volontiers qu’eco-SAPIENS n’est pas un client « intéressant » pour le Crédit Coop. Mais bon, on verse nos 600 € annuel sans mobiliser personne. Bref, on n’est pas intéressant mais on n’est pas encombrant.

Enfin maintenant… si.

En conclusion

Je n’ai rien à régler de particulier avec le Crédit Coopératif. Cette situation m’attriste comme elle en a attristé des dizaines d’autres que je connais. Et donc des centaines d’autres que je ne connais pas. J’ai vraiment envie que le monde coopératif puisse faire confiance à la banque qui porte ce joli nom de « coopératif ».

Si vous avez un témoignage, je suis preneur.

Je n’ai qu’un seul objectif. Que quelqu’un du Crédit Coop lise avec sincérité ce témoignage, appuie sur le même bouton que chaque année et que chacun puisse passer à autre chose. Par exemple en ce qui me concerne…. la promotion de l’éco-consommation, de la transition écologique pour l’énergie et la multiplication de tiers-lieux en coopérative.

MàJ du 18/06/2018 : Après avoir adressé emails, sollicitations en messagerie instantannée, appels et courriers, je suis toujours sans nouvelle.

Un zeste de Sacha-Christ (la résurrection du participatif)

Affaire StaviskyBayonne, 1931.

Voici le beau Sacha. Il convainc le député-maire de monter un crédit municipal, un « Mont-de-Piété » .

Une petite « banque » on les plus déshérités peuvent emprunter de l’argent… à condition de laisser en gage des objets personnels.

Avec la complicité de fonctionnaires et d’élus, une gigantesque arnaque à 200 millions d’euros se met en place. Des bons de caisse sont émis sans aucun contrôle.

En 1934 le scandale éclate (avec déjà le Canard Enchaîné) aboutissant à l’étrange « suicide » de celui qu’on nomma ensuite l’escroc du siècle.

Cela fait des années qu’en tant qu’entrepreneur je navigue dans les eaux troubles de la finance. Comme beaucoup, après la « crise », je me suis interrogé sur l’argent, la banque, la dette… tous ces concepts qui me semblaient clairs, par exemple la fameuse légende des intérêts qui permettent aux prêteurs de vivre de cette activité. Je crois que le déclic a eu lieu quand j’ai appris que la France allait sauver ses banques (BNP, Société Générale…) alors que j’étais persuadé que le France « empruntait » régulièrement de l’argent à ces mêmes banques car sinon qu’était-ce donc que la dette de la France ?..

J’ai vu des tas de documentaires et d’articles pédagogiques concluant que la vraie question était de savoir « qui avait le droit de frapper l’argent i.e. qui avait le droit d’émettre de la dette ? » Or l’affaire Stavisky c’est la moelle. Des contrôleurs complices et des autorités mouillées. Et le fameux « too big to fail » jusqu’à ce que cela finisse dans la démission d’un gouvernement !

Paris, 30 Sept 2013.

runes et chamanismeJe vais à Bercy, Ministère des Finances, pour les 1ères assises de la Finance Participative. Évidemment à la bourre, le service de sécurité me demande « Vous êtes journaliste ? ».

Amusé je réponds « C’est compliqué. » Et hop, prenant cela pour un oui, les vigiles m’envoient illico vers une porte où se tient une session presse.

J’ouvre la porte et me retrouve nez à nez avec l'(ex)ministre Fleur Pellerin, pour une séance presse, avec une poignée de journalistes. Je me sens un peu obligé de poser une question. Ca tombe bien, j’en ai une. A la croisée de la finance participative et de la finance solidaire, à propos des titres participatifs. Madame la ministre répond à côté.  A sa décharge la question est technique car faut-il le rappeler, le crowdfunding equity est bien loin des thématiques de la finance solidaire (voir notre billet là-dessus).

Une fois sorti, je cherche désespérément la plateforme WiSeed avec laquelle je fomente justement depuis plusieurs mois une opération innovante pour émettre des titres participatifs avec leur plateforme equity. Cela s’appellerait WiCoop et ce serait donc une première en France. Il faut juste s’assurer que Bercy comprenne. C’est pas gagné.

Je croise les fondateurs de Kisskissbankbank, Ulule et d’autres challengers. Que des jeunes en baskets dans un repaire de costumes à cheveux grisonnants qui d’ailleurs sont là pour savoir qui racheter.

Rue de Marseille, Paris, 27 Mai 2015.

Demain Le FilmJe vais avoir 33 ans, l’âge christique. Je traîne à Paris et je me rappelle que chez Centre Commercial, il y a le lancement du crowdfunding pour Demain Le Film. Il y a Cyril Dion et aussi Mélanie Laurent (mais comme je suis inculte, je la salue poliment sans savoir qui c’est). Et d’autres amis qui sont dans l’euphorie car le lancement de cette campagne est un triomphe. Or, quelques minutes auparavant, j’ai eu un coup de fil du directeur de WiSeed qui m’informe qu’il annule notre opération avec eco-SAPIENS.

Ça faisait juste 8 mois que nous travaillons dessus. Nous avions fait le déplacement en train à Toulouse pour peaufiner cela quelques jours avant et la collecte d’intentions avait déjà démarré. Bref, un vrai coup de poignard dans le dos qui fait que malgré la bonne humeur des copains, j’avais la tête ailleurs.

Pour infos, le Wiseed dédié aux coopératives existe désormais… mais sans nous. Pour nous ça a plutôt été un oui-cide

Avec nos amis d’Ethiquable (qui d’ailleurs nous avait filé un rapide coup de main quand nous travaillions sur le montage).
J’ai pas mal d’anecdotes truculentes sur ce dossier « financement participatif pour l’économie sociale et solidaire » mais j’ai peur de m’égarer. Car n’en déplaise aux apparences, ce billet suit une certaine logique !

Je vais avoir 33 ans dans 3 jours. Et, croyez-le ou non, on m’a crucifié 3 jours trop tôt !

L’Archipel, Paris, 17 Mars 2016

m6w9Une chapelle vers Saint-Lazare (tiens lui aussi a réssucité !). Immaculée Conception. Ancien siège de l’INPI. Etrange. Les alcôves sont remplies de livres. Drôle de mélange où la grandeur religieuse expose des encyclopédies et des romans policiers… C’est L’Archipel.

La Nef (sic! ), la banque éthique dont nous vantons les mérites depuis toujours organise un évènement pour présenter leur nouvelle plateforme de crowdfunding. Cela s’appelle Zeste. Au début j’ai trouvé le nom assez nul à cause de sa consonance de zozotement. Et puis j’ai vu que ca tournait au jeu de mots : « pour soutenir ce projet, faites un zeste ! ». Bon.

Et puis je me suis souvenu que M6 avait créé une chaîne qui s’appelle W9 parce que c’était la même chose à l’envers. Et j’ai observé que ce Z de Zeste c’était le N de Nef à qui on avait plus modestement fait un quart de tour. Bref, la Nef c’est la banque et le Zeste c’est la même chose mais en 2016 : éthique, coopératif, transparent… et numérique.

Mardi 29 Mars, Ministère des Finances, Paris

J’arriverai un peu en retard aux 3èmes assises de la finance participative. On me demandera si je suis journaliste et je répondrai là encore d’un ton amusé que c’est compliqué. Des banquiers « conventionnels », ceux dont on rappelle chaque jour leurs frasques dans les paradis fiscaux, vont se féliciter de l’essor du crowdfunding qui leur permet de prendre une commission sur des projets qu’ils ne financent pas. Il y aura les plateformes historiques, pionnières, celles qui ont défriché un terrain miné (BlueBees, KKBB, Ulule…) qui ont gardé leur fraîcheur éthique avec les années. Il y aura les plateformes qui m’agacent, celle qui, à la manière du beau Sacha, se financent entre elles parce qu’elles ont péniblement gagné cet agrément.

Ou peut-être que je ne pourrai même pas rentrer. Qu’en fin de compte, c’est moi le beau Sacha à m’inviter clandestinement dans les cénacles de la phynance. Et les vigiles m’arrêteront en disant : « Halte là ! Plus un zeste ! »

 

zeste

La suite s’il vous plaît !

film-real

Drôle de billet que celui-ci…

Et ils travaillèrent heureux…

blanche-neige-mecaniqueTout le monde aime les belles histoires. Les enfants aiment quand, dans les contes, après le danger et la peur, vient le happy end.
« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants« .

Les adultes ne sont que de grands enfants. Quand on leur annonce que l’on va écrire un chapitre avec des ingrédients coopératifs, écologiques et éthiques sur Internet (danger, peur) , ils attendent le happy end moderne :
« ils travaillèrent heureux et gagnèrent beaucoup d’argent« .

Mais la vie n’est pas un conte de fée car l’entreprise est un un compte de résultat…

Les affaires se corsent et tant mieux d’ailleurs car les contes sont toujours trop lisses (d’où l’idée d’en avoir réécrits…).

Alors on passe à l’écriture du deuxième chapitre. On se renouvelle comme on peut, on change de style, on appelle même de nouveaux personnages pour faire rebondir l’intrigue. On annonce quand même que le happy end ce ne sera pas le « beaucoup d’argent » mais rassure, ce sera quand même une belle histoire parce qu’il y aura des rencontres, des enseignements, des expériences, des rigolades, des épreuves… la vie quoi.

Nous avons créé la coopérative eco-SAPIENS en 2007, suite à une idée qui, comme toutes les bonnes idées, est née un soir arrosé sur le Pont des Arts. Il y a bien sûr Benjamin et moi. Il y a Françoise for all. Il y a ma sœur Sabine. Il y a Martine forever. Il y a tous ces investisseurs initiaux et bienveillants pour croire en nous au départ, doctes ingénieurs mais sans le sou, sans réseau et sans expérience professionnelle. Fallait vraiment qu’on ait l’œil qui brille pour que les gens croient en nous !

elephant-obstacleGénérique et teasing

Il y a ceux qui sont passés et à qui on a modestement retourné le cerveau. Parfois quelques semaines, parfois des années : Pauline, Doris, N’Gamet, Jonas, Aurélie Orel-San, Yannick, Emilie, Sonia, Gwenaëlle, Stéphane et Benoît.

Il y a le flamboyant Minh aussi 😉

Dans quelques jours, Aurélie La Grande et Benjamin partent vers de nouvelles aventures.

Pour ceux qui veulent tout savoir, Benjamin va commencer par s’occuper d’éléphants au Laos. Quelque chose comme ça.

Autant dire que cela fait bizarre. Me voilà un peu comme la Vestale, chargée d’entretenir le foyer (eco) avec sagesse (sapiens) en attendant que…

paquebotEn attendant quoi au juste ?

En effet, depuis l’annulation de notre levée de fonds avec WiSeed (prompt à financer des start-ups innovantes genre EDF ou un aéroport public… mais effroyablement longuet pour nous planter au dernier moment…) nous nous sommes accrochés de liane en liane pour maintenir la coopérative à flot.

(Difficile de cacher l’amertume tant, à titre personnel, j’ai la sensation d’avoir été trahi et même d’avoir embarqué des copains dans l’aventure ( Symba, La Louve, Biocoop… on en parlera une autre fois).

Donc nous maintenons le navire à flot. eco-SAPIENS est aujourd’hui comme une page blanche qui aurait remonté le Rhône et le Canal du Midi.
Un seul rescapé, les autres sur les canots.

Et comme chantait Brassens :

Le capitaine crie : « Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d’abord !

En un mot, eco-SAPIENS est bien vivant mais on a rentré spi et grand voile…

Du coup, permettez-moi de vous livrer quelques réflexions intimes qui peut-être vous donneront l’envie d’écrire quelque chose sur cette page.

Une petite histoire de l’éco-conso et du web

fidelLe paysage de 2014 est bien différent de celui de 2007 quand nous avons lancé le guide d’achat éthique eco-SAPIENS. Les alternatives à la conso existent depuis bien longtemps et des salons réputés (Primevère à Lyon par exemple) étaient incontournables mais n’avaient pas de visibilité sur le web, hors des réseaux convaincus.

Sur Internet, on trouvaient quelques initiatives (déco du commerce équitable, mode éthique, cosmétiques bio, puériculture écologique…) mais tout ceci était disséminé. Notre hobby, c’était de rassembler tout cela, de le trier, de l’évaluer et d’en faire une offre consistante et cohérente. Et tous les acteurs de gagner en visibilité.

Parallèlement, sur le web, les réseaux sociaux n’existaient pas. Google régnait en maître de la distribution de trafic. On comparait le pagerank et on cherchait des backlinks pour mieux ressortir en première page. Nous avions la chance de produire pas mal de contenu à nous (dossiers, actualités, fiches marques) qui répondait à de vraies questions émergentes.

Je me souviens d’une de nos premières questions sur le forum, pour savoir si les lombrics, esseinia california, vendus par une de nos boutiques, n’étaient pas des vers exotiques. J’avais été demander à un spécialiste universitaire des lombrics pour avoir la réponse

elle-est-green-229x300Il y avait donc un foisonnement d’alternatives que beaucoup de Français découvraient et, même si la littérature existait probablement, elle n’était pas dispo sur le web. C’était comme un eldorado et c’était passionnant.

Il y avait le salon Planète Durable, le festival Science Frontières, l’Ethical Fashion Show et les green drinks… Autant de signes « mainstream » qui laissaient présager que la société française basculait. On a même posé dans Elle Magazine avec Marion Cotillard… Si ce n’est pas la consécration !

En 2009, il y a la douche froide du sommet de Copenhague. C’est à dire que le monde politique international a dit « Suffit ! Business as usual ». Et le business avait pourtant dit « suffit ! » l’année d’avant avec le début de la crise financière, la faillite de Lehman Brothers.

Coup de grâce propre à eco-SAPIENS, il y eut ce coup de téléphone de Google (Irlande) nous sollicitant pour acheter des mots clés  (AdWords). On fait un peu les malins en disant qu’on aime pas trop les modèles publicité sur Internet. Et le nouvel algorithme de Google nous sucre une bonne moitié de trafic dans les mois qui viennent. Hasard ou coïncidence…

En gros, de 2010 à 2014, nous avons redoublé d’efforts et fait comme tout le monde : revoir le commercial et le marketing, délaisser les zones non immédiatement rentables (la production d’information) et réduire nos dépenses de communication.

On a vu tous les copains, les partenaires, les concurrents tomber comme des mouches les uns après les autres. Tiens dernièrement, c’est GreenRepublic, qui s’était relancé pour passer de boutique à marketplace, le soi-disant graal du e-commerce, qui a planté… pour se faire racheter par le mastodonte Greenwizz, la structure capable d’encaisser un million de pertes chaque année…

via-sapiens-pubDe notre côté, et c’est peut-être la force du modèle coopératif, à savoir des associés-salariés qui s’accrochent, eco-SAPIENS avait trouvé un équilibre. Mais vivre ainsi devient lassant et c’est pour cela que nous avons lancé via-sapiens ce qui impliquait de lever un peu d’argent.

En 2007, on n’était rien et le crowdfunding n’existait pas. Nous étions parvenus malgré tout à réunir 35 000 euros de capital extérieur (ce qui nous a quand même permis de salarier environ 4 personnes pendant 7 ans…).

En 2014, on revient à la souscription avec quand même un peu plus de bouteille, un site internet, une marque; bref on est un peu plus à l’aise pour solliciter des investisseurs. Et comme on est devenu paresseux, on veut bien passer par les professionnels du secteur. Et là les galères commencent… Des fonds économie sociale et solidaire qui ne vont pas dans le numérique car trop risqué, des fonds numériques qui ne vont pas dans l’éthique car trop peu lucratif. Et donc une expérience malheureuse avec WiSeed qui nous tétanise.

Alors quelle est la place d’eco-SAPIENS après 2014 ?

Nous avons plaisir à faire des sujets de fond sur l’éco-consommation, comme peuvent en faire nos amis belges d’ecoconso. Mais voyez-vous, cela est coûteux et relève peut-être d’avantage d’une délégation publique. En même temps, quand on voit le guide des labels façon ADEME… on est forcément tenté de rectifier le tir… Précisons que nous n’avons jamais reçu de sous pour Les Bons Labels et les Truands. C’est pour la cause comme on dit !

Bref, proposer une info indépendante et de qualité sur l’éco-consommation, c’est compliqué pour une structure privée. Et certains médias font bien le boulot.

Le comparateur doit quant à lui continuer d’exister. Il doit se moderniser aux nouvelles normes en vigueur sur le web.

Enfin, sur le tourisme et les loisirs, le portail via-SAPIENS est mis en stand-by. Qu’en faire ? Le vendre ? Le relancer ? Le passer en open, à la manière des wiki ou des OpenFoodfacts ?

Peu importe, le seul objectif qui nous gouverne, c’est celui qui est écrit en tant qu’objet social dans nos statuts :

« Promouvoir des modes de vie compatibles avec un développement dit durable« 

Nous sommes ouverts à toute proposition !

 & joyeuses fêtes !

film

Aurélie, Benjamin et Baptiste

eco-SAPIENS / WiSeed – Episode 2 : Annulation !

Bon bon bon…

Peut-être l’ignorez-vous mais dans les années 80, la France était leader dans le domaine de l’énergie solaire photovoltaïque. Pour avoir discuté avec quelques pionniers de l’époque, quand je leur demandais pourquoi ca n’a pas décollé, ils me répondaient toujours : « Pour tuer une filière, plutôt que de l’étouffer dès le début, il vaut mieux la laisser s’épanouir un peu, puis la bloquer net. Ca a été la douche froide et plus personne n’a osé se relancer. »

Et donc la France nucléocrate a pris 10 ans de retard là où elle avait 10 ans d’avance…

chien-biereNous venons d’apprendre que finalement, la plateforme de crowdfunding WiSeed annulait le lancement d’un financement participatif pour les SCOP (Sociétés Coopératives).

Nous y avions passé plus de 5 mois. Nous étions en train de co-créer une offre, à solliciter d’autres coopératives (SCOP et SCIC), à faire du  lobbying et de la pédagogie, à communiquer à nos partenaires, à faire de la veille juridique, à partager notre expertise technique.

Bref, nous avons pris 5 mois de retard là nous avions un peu d’avance… Cela ne va pas empêcher le développement du monde coopératif mais, symboliquement, investisseurs et entrepreneurs se diront qu’il y a là une impasse.

Or l’impasse, c’est l’atome. Et la voie… c’est l’Homme !

On en reparle.

Le temps de se remonter le moral avec un idoine breuvage…

(Ce billet fait suite au premier épisode expliquant comment on peut associer finance participative et SCOP)

PS : le 3 Juin, nous publierons un communiqué un peu plus officiel…

eco-SAPIENS / WiSeed – Episode 1 : Innovation !

ATTENTION ! Ce billet est obsolète. WiSeed a finalement décidé de ne pas proposer cette opération de crowdfunding en SCOP. Pour en savoir plus :
http://www.eco-sapiens.com/h-298-Construire-Via-Sapiens-avec-vous.html

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Voici le premier épisode d’une aventure que l’on va commencer ensemble. Le scénario est bien ficelé mais, à l’image des pièces de théâtre modernes, l’action ne peut se conclure sans la participation du public.

Oui oui je vais parler de crowdfunding (américain), de finance participative (français), de socio-financement (québecois). Les banques ne financent plus ? Les fonds d’investissement sont frileux et exigeants ? Les business angels sont inaccessibles ? Bienvenue dans la finance solidaire ou le monde des starts-up ! J’exagère un peu; mais un peu seulement.

En 2007, date de la création de la SCOP (société coopérative), nous avions bricolé une structure pour accueillir plein de monde. En 2012, ils étaient 120 à détenir des parts (après avoir remboursé les parts de quelques Cigales d’ailleurs). C’était un peu du crowdfunding avant l’heure. Soumis à la torture du statut coopératif parce que si c’était simple, ce ne serait pas amusant.

En 2012, on a fait une rencontre et de cette rencontre est né un nouveau projet : via-sapiens, guide consacré au tourisme responsable. Alors on voulu faire comme les grands : « faire une levée de fonds ». En 2007, on avait réuni 35 000 euros. En 2014, nous visons 150 000 euros.

On a eu aussi la chance de rencontrer une plateforme de crowdfunding sensibilisée aux enjeux des sociétés coopératives. La rencontre avec un responsable de WiSeed fait partie de ces rencontres que l’on oublie pas. Une génération nous sépare mais la manière de voir le monde tel qu’il pourrait être, elle, a traversé le temps, intact.

Je vous invite à découvrir le premier épisode de cette trilogie. Dans un premier temps c’est très simple. Il vous suffit de regarder cette vidéo. Puis de cliquer sur le lien ci-dessous. En manifestant votre intérêt d’ouvrir un nouveau mode de financement pour les coopératives, vous allez, sans nul doute, contribuer à faire pivoter le monde… d’un quart de tour ! Et dans le bon sens !

eco-sapiens wiseed 2014 eco-sapiens.

Et pour voter c’est http://mfb.li/scop

Pensez au tri… mais pas trop quand même

Devinette : quel est le point commun entre « tri sélectif » et « développement durable » ?

Eh non vous n’y êtes pas ! Ce sont deux expressions pratiques pour retenir deux figures de style parmi la centaine,aux noms barbares, que nous avons tous un jour péniblement essayé de retenir dans le Gradus des procédés littéraires…

Oxymore : figure consistant à réunir deux termes contradictoires. Par exemple « développement durable »
Pléonasme : figure où deux termes expriment la même chose. Par exemple « tri sélectif »

Quand on aborde la question du tri, et donc du recyclage qui en est la finalité, on navigue en eaux troubles à plus d’un titre.

D’abord parce que l’on confond, sciemment parfois, recyclable et recyclé.
En réalité, presque tout est recyclable… pour peu que l’on y mette les moyens.
Mais en réalité, peu de choses au final sont recyclées.

Autre élément troublant, nos rencontres visuelles et quotidiennes avec ce pictogramme que tout le monde croit connaître. Le « Point Vert » est hélas encore associé pour le commun des consommateurs à la recyclabilité de l’emballage. Le lecteur averti, surtout s’il a eu entre les mains Les bons labels et les truands, sait bien que ce logo n’est qu’une obligation légale. Pour tout emballage, vos marques cotisent à un organisme mandaté par l’Etat au nom captieux : eco-emballages.

Nous sommes durs ?

Cela fait des décennies que cette entreprise est chargée de favoriser le tri et indirectement la réduction des déchets. Mais il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la réduction des emballages signifierait mécaniquement la baisse des revenus pour eco-emballages…

Des associations comme le CNIID ont souvent demandé en vain à changer l’apparence du pictogramme trompeur.

En 2008 on apprend que l’entreprise plaçait dans des paradis fiscaux (communiqués de presse difficilement retrouvables en ligne et « oubliés » sur la fiche Wikipedia)

Récemment encore, elle publiait un appel d’offre pour l’amélioration de la valorisation l’incinération qui est l’opposé des actions réduction/recyclage :

Pour la part des emballages plastiques qui ne sont pas techniquement recyclables, Eco-Emballages lance aujourd’hui un troisième appel à projets sur les possibilités de valorisation complémentaires, énergétiques et éventuellement chimiques.

pot-a-trier-ou-pasAujourd’hui, la schizophrénie fait un pas de plus. eco-emballages brouille encore plus le message si cela était encore possible. Regardez donc l’image.

Voici l’opercule d’un pot de yaourt. Déjà, les yaourts, ca n’a jamais été clair. Poubelle jaune ou pas ?

En gros et collé au point vert il est écrit « PENSEZ AU TRI ! ».

Et à côté une indication comprenne-qui-veuille : « opercule papier et pot plastique [dessin de sac poubelle] A JETER »

Franchement, qui peut comprendre quoi ?

En tout petit et en clair vous avez une dernière ligne « consigne pouvant varier localement www.consignesdetri.fr »

Donc je dois penser au tri. Mais ce yaourt ne se trie pas. Mais si je veux savoir si localement il se trie, je vais sur un site internet où il me faut flashplayer et beaucoup de patience.

Permettez que nous recourions désormais à l’anaphore :

Nous connaissions le mangerbouger sur les barres chocolatées,
Nous connaissions l’abus d’alcool est dangereux sur la picole,
Nous connaissions le fumer tue sur les cigarettes,
Nous connaissions l’énergie est notre avenir/économisons là sur les publicités Total… (cf ce billet)

Nous connaissons désormais le dernier de la lignée : pensez au tri sur les emballages qui ne vont pas au tri !

Suffisait d’y penser.

C’était certainement pour mettre à l’honneur cette autre figure de style : l’antiphrase !

Toujours pas changé de banque ?

J’ai donné hier une conférence à Paris sur « la levée de fonds en coopérative grâce à ce machin bizarre qu’est la SEP ». Invité par l’Atelier Ile-de-France, qui est le centre de ressources francilien sur l’économie sociale et solidaire, j’ai pu partager, pas tant mon expertise que mon expérience.

Cependant, étant donnée la qualité des échanges qui suivirent et les remerciements, il faut croire que ma prestation ne fut pas trop indigente. Voilà pour le personal branding

Pour ceux qui auraient raté un épisode, eco-SAPIENS est une SCOP (société coopérative) ce qui signifie que le capital est détenu majoritairement par ses salariés. Un homme comptant pour une voix, peu importe le nombre de parts (oui oui, comme dans une démocratie…) vous comprendrez qu’il est impossible d’accueillir une foule de sociétaires extérieurs. D’où la technique de la SEP, société en participation, qui permet d’ « encapsuler » dans une seule personne, toutes les bonnes âmes désireuses de rejoindre l’aventure.

Pour en savoir plus, nous avions expliqué l’opération ici. L’objectif d’antan ayant été rempli, inutile de demander une souscription. Trop tard !

A mon sens, ce montage  financier est franchement innovant puisque plus de 100 personnes (physiques, entreprises, scop, association, cigales..) ont rejoint le navire. Et qu’il suscite des coups de fil d’entrepreneurs et avocats intrigués par la bête. La SEP est un être hybride, à mi-chemin entre de l’investissement capitalistique classique et du love money.

  • Capitalistique compte tenu de la déduction fiscale, des dividendes et du droit de regard (mais pas de contrôle !).
  • Love Money car j’ose penser que beaucoup de nos financ’acteurs l’ont fait davantage par bienveillance que par vénalité.

Hasard du calendrier, le même jour se lançait une plateforme dédiée aux prêt collaboratif nommée HelloMerci. Inaugurée par la sympathique plateforme de crowdfunding KissKissBankBank (dont nous avions parlé ici). Pour ceux qui auraient raté un train, le crowdfunding (financement par la foule) est la tendance de ces dernières années… non sans poser des questions métaphysiques.

Car quand on parle argent et finances, on fait de la métaphysique. Si si !

D’abord, on ne s’étonne plus qu’il soit tout à fait licite d’inciter publiquement aux dons. Qu’Emmaüs, le WWF ou la Ligue Contre le Cancer vous demande des sous à la télé ou dans un journal, cela ne choque pas. Par contre, on ne se demande plus pourquoi il est illicite de faire de l’appel public à l’investissement. L’appel public à l’épargne est en effet ultra encadré en raison de certains scandales financiers au XXème siècle (arnaque liée à l’affaire Satvisky notamment, et plus près de nous Madoff). En effet, comme au jeu de hasard, l’appât du gain lié à l’investissement entraîne des comportements addictifs auquel seul un investisseur qualifié pourrait échapper.

Les établissements bancaires ont un agrément et détiennent, en quelque sorte, un oligopole dans l’octroi de crédit. Evidemment, les choses sont aujourd’hui plus complexes puisque les vendeurs eux-même font désormais du crédit à la conso ( « payez en trois fois » avec Carrefour etc).

Il y a quelques mois se lançait l’équivalent français des union bank américaines, c’est à dire du prêt entre particuliers. Bref, on sautait un intermédiaire, à savoir la banque. Système dans le principe assez sain. Des particuliers aisés prêtent à des particuliers dans le besoin avec un taux négocié entre les partis. De même que Indymedia invite chacun à être journaliste, ce prêt d’union invite chacun à être banquier.

Avec le succès du crowdfunding, on est même arrivé à un point où des films, des revues, des voyages, etc sont financés en quelques mois par de généreux donateurs qui, cette fois, ne veulent pas revoir leur argent. Bref, chacun peut devenir non plus banquier mais mécène. Une bouffé d’air frais pour tous les entrepreneurs dans l’âme.

Quant à nous, avec notre système confidentiel de SEP, nous invitions chacun à devenir investisseur et sociétaire.

Le banquier, le mécène et le sociétaire.

3 niveaux d’implication différents avec des dispositifs fiscaux et légaux spécifiques. Oui il est bon que la finance sorte un peu des cadres classiques et devienne participative, directe voire locale.

En revenant de Paris, j’ai pourtant lu avec passion le rapport annuel de ma banque. Elle s’appelle La Nef et j’irai, pour la troisième fois, à son assemblée générale. C’est à peu près le seul moment où l’argent n’a plus le même sens tel qu’on l’entend en écoutant les informations. L’argent comme matière informe, moite et vertigineuse. Rappelons nous Kerviel qui perd 3 milliards et rien ne se passe.

Or on peut parler d’argent comme un vecteur. La Nef parle de « l’argent qui relie les hommes » ayant bien conscience que l’argent n’a de valeur que lorsqu’il circule et jamais lorsqu’il cherche à être séquestré.

Banque éthique, banque locale, banque directe, banque participative…  Et dire qu’il y a 3 ans, je découvrais d’un air dubitatif une conférence sur  les monnaies libres. Toute crise sécrète son alternative.

Ou, pour citer le poète Hölderlin, là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve.

Dans l’arrière-cuisine des fonds de pension

Il paraît que deux choses seulement gouvernent le monde : l’argent et l’amour.

L’amour c’est beau et cela inspire aux hommes et aux femmes de nobles sentiments, et même des odes, des aubades, des sérénades, des romans poignants et des films à budget titaniquesque.

Alors que l’argent est sale, qu’il inspire aux hommes et aux femmes des réflexes reptiliens flattant leur égo, leur soif de pouvoir et stimule leur rivalité.

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A propos de Noteo, Shopwise et OpenFoodFacts

Venez ! Je vous fais entrer dans les coulisses. Je profite de la sortie d’une application prometteuse, Noteo, pour ressortir un brouillon que j’avais écrit à l’époque suite à mes rencontres avec deux autres initiatives similaires, à savoir Shopwise et OpenFoodFacts.
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