Baptiste RABOURDIN

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Catégorie : Ad Hominem

Pourquoi les hommes préhistoriques ne dessinaient pas la flore

Banksy
Banksy

Au moins les vacances ont cette vertu de nous emmener là où nous n’allons pas d’habitude.

Prenez par exemple les grottes. On y va trop peu.

La France est un pays qui regroupe près de la moitié des grottes préhistoriques découvertes à ce jour. Alors certes, on les ferme car, comme toutes les choses auxquelles l’homme touche, on les dégrade et il faut donc les protéger. Lascaux a sa réplique, le Roc-aux-Sorciers a sa réplique et bientôt la grotte Chauvet, la perle des perles aura la sienne.

En sortant de Lascaux II, une visiteuse témoignait de la chance qu’elle eût enfant à pouvoir déambuler dans la vrai grotte de  Lascaux. Elle disait que tout le monde touchait les peintures, ramenait des cailloux souvenirs. C’était il y a 50 ans. C’était hier.

A cette époque aussi, le public découvrait un film-documentaire primé au festival de Cannes. Dans Le Monde du Silence, emmenée par le commandant Cousteau, la Calypso grattait les éponges sous-marines, massacrait à la hache des requins, dynamitait des bords de mer, crevait un poisson diodon, achevait un bébé cachalot et pique-niquait assis sur des tortues géantes…C’était en 1955. C’était hier décidément.

Banksy
Banksy

Les grottes menacées, nous les avons mis sous cloche. Les animaux menacés, nous les avons mis derrière les barreaux.

Je me souviens de ce livre sur « l’extinction en masse des espèces » qui permettait de relativiser notre faculté anthropocentrique à détruire tout ce qui nous entoure. L’homme préhistorique, l’aborigène, les premiers indo-américains… ca n’a pas fait un pli ! La mégafaune endémique s’est volatilisée dès son arrivée.

Et voilà qu’aujourd’hui, nous détruisons, de par notre respiration même, les vestiges de l’Histoire. De notre Histoire.

Une des rares grottes accessible au grand public pour apprécier d’authentiques peintures préhistoriques est Cougnac, dans le Lot. Même si la réplique Lascaux est au millimètre, on ne sait l’expliquer mais l’émotion n’est pas la même quand on contemple les peintures véritables à Cougnac ! 20 000 nous font face ! Sans tricherie !

Contrairement à l’idée reçue, nos ancêtres Cro-Magnon ne vivaient pas dans les grottes. Ils y allaient uniquement pour leur rituel artistique, chamanique, religieux (?). Et déjà ils détérioraient les beautés minérales des stalagmites centi-millénaires pour se frayer un passage vers la paroi idéale.

Comment leur en vouloir ?

Banksy
Banksy

Comment en vouloir à Cousteau qui pareillement dégradait pour la beauté de l’image ?

Repenti plus tard, lui-même ne disait-il pas qu’il n’avait qu’un seul espoir : « J’ai vu des choses merveilleuses mais qui disparaissent. J’aimerais tant que la génération après moi ne dise pas la même chose. »

Caramba ! Encore raté !

Ce qui surprend à propos des fresques préhistoriques, c’est l’absence totale de représentation végétale. Des bisons, des rhinocéros, des chevaux, une poignée de mammouths, aucun renne (alors que cet animal représentait 90% de leur nourriture animale)… mais pas une fleur ou un arbre !

Trop commun ? Pourtant, les arbres sacrés ont du également exister.

Les paléontologues tentent encore de percer ce mystère…

Mais les vacances sont finies et avec la rentrée, je n’aurais certainement pas l’occasion de fréquenter quelque grotte.

Alors heureusement avec la rentrée aussi, on a l’occasion d’aller dans des endroits inhabituels. Cela s’appelle les grandes messes du demain sera un monde meilleur !

Sea Shepherd - Massacre de cétacés au Danemarj
Sea Shepherd – Massacre de cétacés au Danemark

Cela s’appelle Forum Convergences, Forum Economie Positive, Ateliers de la Terre, Universités de la Terre,…

Quand on découvre le concept on trouve cela excitant ! Enfin un « carrefour de réflexion » mêlant des personnalités de tout horizon, les utopistes comme les représentants de la World Company. Des directeurs d’ONG et des directeurs de multinationales.

L’aventure humaine réconciliée le temps d’un week-end, prêt à discuter pour un avenir brillant, a en plus le mérite de se dérouler généralement dans un lieu prestigieux (UNESCO, Méribel, Centre de Congrès…) et on repart avec des petits cadeaux des sponsors (Un bloc-notes BNP, un stylo Axa, une clé USB Novartis…)

Vous voyez le topo ? Honnêtement, si vous ne l’avez jamais fait, c’est une expérience intéressante. Pendant deux jours, les primo-responsables de la crise écologique, sociale, sanitaire et économique passent pour des personnes de bonne volonté.

Mais dès la 2ème fois où l’on ré-entend la parole de Mohamed Yunus après celle de Jacques Attali, puis celle de Pierre Rabhi puis celle de Jeremy Rifkin… on finit paradoxalement par ne plus croire en rien.

A titre personnel, je suis exaspéré de toujours voir une personne comme Jacques Attali invité à ces cirques conférenciers. Cet homme est tellement symptomatique de la pensée caméléonesque qu’il est l’absence de pensée même. Eh oui, le caméléon n’a pas de couleur. Et aussi frappant que cela puisse être, Jacques Attali n’a pas de pensée. Ce qui est dommage pour un un homme intelligent. Je crois que c’est Clausewitz qui disait « quiconque a du génie est tenu de s’en servir. » Et cet homme ne s’en sert pas (sauf pour lui bien entendu…)

La Decroissance
La Decroissance

Dernier exemple en date (parmi des centaines d’autres), ce chantre de la « libération de la croissance » disait tout le bien de son poulain récemment nommé ministre de l’économie dont on sait qu’il fut intronisé à la banque Rothschild. On m’expliquera comment quelqu’un qui a œuvré pour le rapprochement de Nestlé des laits infantiles Pfizer (deux multinationales on ne peut plus nuisibles aujourd’hui) et qui demande à revenir sur les 35h (quel progrès que de demander aux quelques actifs restants de travailler plus…) puisse réellement changer de Weltanschauung juste en papotant 15 minutes avec Pierre Rabhi. Pierre Rabhi qui ne souhaite pas « libérer la croissance » mais souhaite au contraire que l’homme se « libère de la croissance » !

On m’objectera que la rédemption existe ou que le monde n’est pas manichéen. Oui mais quand tout cela se répète ?

Je suis rude ? Je suis surtout rude envers moi-même qui la première fois ai cru à ce genre de sketch.

Cette année encore, les banksters et les filousophes vont daigner partager un bout d’affiche avec quelques acteurs sincères de la transition… Et à la fin tout le monde de repartir chez soi le soir business as usual.

Dans ces grandes messes à la gloire du progrès et des green tech, on est au milieu des banquiers. Le Forum de l' »économie positive » (concept fumeux pour un bel aveu sur ce qu’est l’économie d’aujourd’hui… c’est à dire négative) en est le meilleur symptôme. Cela sent la banque, la finance et l’assurance de partout. Ca sent le froid et l’obscurité et on se dit qu’ici aucune fleur ne poussera.

Et me revient alors cette idée fugace. Si l’homme préhistorique ne dessinait pas de végétaux dans les grottes, c’est tout simplement qu’aucune fleur ne peut naître dans les ténèbres.

cougnac

Il faut le voir pour le croire

Les lecteurs fidèles de ce blog se souviennent peut-être que j’avais épinglé la réaction du spécialiste de l’énergie Jean-Marc Jancovici, qui publiait quelques jours après la catastrophe de Fukushima, une tribune censée démontrer par A+B que Fukushima n’avait rien à voir avec Tchernobyl et que la vraie catastrophe, c’était uniquement le tsunami.

L’aveuglement du célèbre nucléocrate, dont je ne conteste pas les compétences concernant le constat, mais désapprouve bien sûr les remèdes proposés, exsudait littéralement de chacune de ces phrases.

A propos du nucléaire, je me souviens qu’en école d’ingénieur, il était inconcevable d’exprimer des réserves sur ce sujet. Gloire de la science, et surtout gloire de la science à la française ! Mes camarades et moi allions bientôt être diplômés en physique et je me souviens que nous avions entamé un débat sur le nucléaire. Depuis peu, j’étais clairement devenu critique, notamment sur le projet de fusion à Cadarache. Et de fil en aiguille, j’avais pas mal d’arguments contre le programme des centrales à fission. Mais sans rentrer dans les détails techniques, je me souviens qu’un camarade m’avait dit en guise d’argument final qu’il « croyait au nucléaire« .

C’était une sorte d’aveu. L’empire de la raison révélait au final qu’in fine, tout cela reposait sur une profession de foi.

T-Shirt  Quat'rues
Un T-Shirt de circonstance !

C’est à peu près le même sentiment que l’on éprouve en lisant la réaction à chaud désorganisée de Jean-Marc Jancovici. Et c’est le sentiment qui revient quand on découvre le slogan de la dernière campagne EDF.

Le progrès, il faut y croire pour le voir

Cette définition est en fait le renversement exact de ce que prétend être la science. Souvenons-nous de Galilée qui avait affaire à un tribunal qui se refusait de regarder dans la lunette. Eh oui pour croire en la science galiléenne, il fallait voir. Et Brecht, dans La Vie de Galilée, de rajouter une couche « Ecarquiller n’est pas voir !« .

Alors oui ce n’est qu’une accroche de publicité et l’humour, l’ironie, le décalage, tout cela est permis pour le marketing. A bout de souffle, EDF nous demande donc de les croire. Et alors nous verrons. Tel le Christ qui avait lui aussi le sens de la formule : « heureux ceux qui croient sans avoir vu »  (il ne dit pas si alors, ils verront).

Appelez cela comme vous voulez, méthode Coué, auto-suggestion, endoctrinement… je vous assure que ce slogan aurait été tellement appropriée sur une des ces annonces de voyance, de sorcier ou de guérisseur, en dernière page de ces journaux de petites annonces, coincé entre « Rachat or » et « Rencontres Femmes russes ».

Guérir avec le docteur Yao Kouadio, il faut y croire pour le voir !

 

Pensez au tri… mais pas trop quand même

Devinette : quel est le point commun entre « tri sélectif » et « développement durable » ?

Eh non vous n’y êtes pas ! Ce sont deux expressions pratiques pour retenir deux figures de style parmi la centaine,aux noms barbares, que nous avons tous un jour péniblement essayé de retenir dans le Gradus des procédés littéraires…

Oxymore : figure consistant à réunir deux termes contradictoires. Par exemple « développement durable »
Pléonasme : figure où deux termes expriment la même chose. Par exemple « tri sélectif »

Quand on aborde la question du tri, et donc du recyclage qui en est la finalité, on navigue en eaux troubles à plus d’un titre.

D’abord parce que l’on confond, sciemment parfois, recyclable et recyclé.
En réalité, presque tout est recyclable… pour peu que l’on y mette les moyens.
Mais en réalité, peu de choses au final sont recyclées.

Autre élément troublant, nos rencontres visuelles et quotidiennes avec ce pictogramme que tout le monde croit connaître. Le « Point Vert » est hélas encore associé pour le commun des consommateurs à la recyclabilité de l’emballage. Le lecteur averti, surtout s’il a eu entre les mains Les bons labels et les truands, sait bien que ce logo n’est qu’une obligation légale. Pour tout emballage, vos marques cotisent à un organisme mandaté par l’Etat au nom captieux : eco-emballages.

Nous sommes durs ?

Cela fait des décennies que cette entreprise est chargée de favoriser le tri et indirectement la réduction des déchets. Mais il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la réduction des emballages signifierait mécaniquement la baisse des revenus pour eco-emballages…

Des associations comme le CNIID ont souvent demandé en vain à changer l’apparence du pictogramme trompeur.

En 2008 on apprend que l’entreprise plaçait dans des paradis fiscaux (communiqués de presse difficilement retrouvables en ligne et « oubliés » sur la fiche Wikipedia)

Récemment encore, elle publiait un appel d’offre pour l’amélioration de la valorisation l’incinération qui est l’opposé des actions réduction/recyclage :

Pour la part des emballages plastiques qui ne sont pas techniquement recyclables, Eco-Emballages lance aujourd’hui un troisième appel à projets sur les possibilités de valorisation complémentaires, énergétiques et éventuellement chimiques.

pot-a-trier-ou-pasAujourd’hui, la schizophrénie fait un pas de plus. eco-emballages brouille encore plus le message si cela était encore possible. Regardez donc l’image.

Voici l’opercule d’un pot de yaourt. Déjà, les yaourts, ca n’a jamais été clair. Poubelle jaune ou pas ?

En gros et collé au point vert il est écrit « PENSEZ AU TRI ! ».

Et à côté une indication comprenne-qui-veuille : « opercule papier et pot plastique [dessin de sac poubelle] A JETER »

Franchement, qui peut comprendre quoi ?

En tout petit et en clair vous avez une dernière ligne « consigne pouvant varier localement www.consignesdetri.fr »

Donc je dois penser au tri. Mais ce yaourt ne se trie pas. Mais si je veux savoir si localement il se trie, je vais sur un site internet où il me faut flashplayer et beaucoup de patience.

Permettez que nous recourions désormais à l’anaphore :

Nous connaissions le mangerbouger sur les barres chocolatées,
Nous connaissions l’abus d’alcool est dangereux sur la picole,
Nous connaissions le fumer tue sur les cigarettes,
Nous connaissions l’énergie est notre avenir/économisons là sur les publicités Total… (cf ce billet)

Nous connaissons désormais le dernier de la lignée : pensez au tri sur les emballages qui ne vont pas au tri !

Suffisait d’y penser.

C’était certainement pour mettre à l’honneur cette autre figure de style : l’antiphrase !

Diego Buñuel et le fantôme de la liberté

Diego Buñuel est sans l’ombre d’un doute un bon journaliste et il a de la chance. Il est aussi le petit-fils de Luis Buñuel, célèbre pour son cinéma surréaliste avec notamment Un chien andalou.

Dans un autre film, Le fantôme de la liberté, il y a cette célèbre scène où les convives s’assoient à table mais sur des cuvettes de toilette. Au lieu de manger, ils font la petite et la grosse commission tout en discutant. Et doivent s’excuser pour s’éclipser, en demandant d’un air gêné « où se trouve la salle à manger ? »

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Le questionnaire européen sur la bio nous prend pour des truffes

C’est le mail qui tourne en ce moment dans les réseaux écologistes. Très succinct, j’ai donc reçu au moins 5 fois ce petit message dans ma boîte.

« L’Europe lance une consultation sur l’Agriculture Bio et les OGM »
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Les colliers de dentition épinglés par une pseudo-étude

Ah ! Toutes ces études qui ont droit à des publications dans les medias influents alors qu’en grattant un peu… il n’y a rien. Faites un sondage pifométrique, mélangez avec quelques citations de docteurs consentants, rajoutez une once de bon sens et hop, vous êtes publié sur lemonde.fr.
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L’étude sur les OGM qui dégaine et craint dégun

rats tumeursAvouons-le et ne boudons pas notre plaisir. L’étude InVivo menée pendant deux ans dans un secret bien gardé, par l’équipe de Séralini est venue ébranler le lobby OGM/pesticides. Et en interpellant l’opinion publique aussi spectaculairement, avec ses rats boursoufflés et ses graphiques explicites, l’étude bouscule déjà les instances politiques.
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E. Leclerc se mouille

Il y a une belle campagne de Leclerc actuellement sur la bio pas chère. Quand je dis « belle », il faut comprendre « intense ».

Le slogan est simple : « consommer mieux, ça se décide« .

Ici ce qui compte c’est de démontrer que Leclerc non seulement a les prix les plus bas, mais en plus est capable de proposer des produits verts.
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L’obsolescence programmée est un mythe

… selon certains experts bien informés.

Non mais, sans rire, je vous invite à lire cette interviou sur le journal Le Figaro.

On va quand même pas faire du bashing ?

C’est nul et pas très constructif le bashing ! Gratuit, mesquin et bileux n’est-ce pas ?
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