Baptiste RABOURDIN

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Catégorie : Poïesis

A propos de la souffrance des plantes

« Tu es bien gentil avec ton veganisme mais la carotte, elle souffre aussi non ? Regarde un peu tout ce que l’on sait sur la communication chez les arbres par exemple. »

Voici en résumé l’argument massue qui pourrait laisser votre adversaire/ami végétarien sur le bas-côté épistémologique. On connaît le fameux triptyque du vegan : bon pour la santé, bon pour l’environnement et bon pour l’éthique. J’y vais un peu au feeling mais pour moi ces 3 arguments sont indéniables. N’étant pas intégralement végétarien, mais étant de ce côté par simple raisonnement logique, par honnêteté intellectuelle, je suis justement attentif à tout argument consolidant l’édifice philosophique du vegan.

Et donc il y a cette question complexe de la souffrance dans le monde végétal. Aussi quand un ami militant m’a soumis l’interview de Florence Burgat, chercheuse à l’INRA, et qui parle exactement du sujet avec un essai à la clé, j’ai accouru voir de quoi il retourne. Elle est philosophe – doctorat sous la direction de Jean-Claude Beaune ce qui mériterait une digression anecdotique et personnelle…

Bon on va aller vite… les 30 minutes d’interview sont un échec. Chaque concept qu’elle invoque sont autant de tentatives avortées pour convaincre le lecteur ouvert que je suis, pourtant désireux d’être convaincu. Systématiquement, elle est victime de son postulat à savoir qu’il existe une coupure entre le monde animal et le végétal. Et donc des « caractères » chez les animaux sont « coupés » quand on veut les transposer dans le monde végétal. Je vais même aller plus loin… c’est de la très mauvaise philosophie. Peut-être s’est-elle autant fourvoyée en raison des motivations qu’elle avoue : à savoir régler ses comptes aux ouvrages à succès à propos de l’intelligence des plantes, en premier lieu le livre du forestier allemand Peter Wohlleben « La vie secrète des arbres ». Rappelons que ce best-seller botanique synthétise pas mal de découvertes scientifiques sur la « communication » entre les arbres et qu’il verse dans l’anthropomorphisme : jalousie, entraide, souci des seniors… etc.

Cette question de l’anthropomorphisme est d’ailleurs fondamentale, nous verrons pourquoi.

Mais examinons d’abord les différents concepts avancés par la philosophe :

Le soi – l’ipséité

La plante aurait une « immortalité potentielle », elle n’a pas réellement de naissance ni de mort. On se moque gentiment du talentueux jardinier Gilles Clément qui insiste pourtant à juste titre sur sa profession qui est hélas traditionnellement une activité où l’on est « masqué et casqué pour tuer ».

« Mais non ! rétorque la philosophe, il suffit de voir qu’en désherbant, cela finit toujours par repousser ». Argumentation consternante. Comme si l’on massacrait les fourmis chez soi en se désolant que l’on ne s’en débarrasse finalement jamais.

Mais d’une manière générale, on ne comprend pas pourquoi le végétal n’existerait pas en tant qu’individu. Elle parle des graines « comme mortes », des pantes qui repoussent (boutures ?) afin de montrer que le monde végétal est plus une histoire de cycle que de point. Pour le règne végétal, seul compterait la vue d’ensemble, pas la perception individualiste.

C’est tentant mais fallacieux. Un charme que l’on tronçonne, ce n’est plus un charme. Il est mort. Oui le règne végétal donne à voir des choses bizarres où la notion de « colonie » est plus importante que la notion d’individu. Et alors ?

La non-présence au monde – la conscience

Deuxième tentative avec l’argument plus naïf. La preuve, quand j’ai posé la question à mon enfant de 10 ans, il m’a répondu : « une plante ne souffre pas car elle n’a pas de nerfs ».

C’était l’époque…

Pour Florence Burgat, la plante n’est pas dans le « vivre » mais dans la « vie » (H. Jonas). Elles n’ont pas de monde intérieur (intentions, désirs…) mais réagissent seulement à l’extérieur (stimuli, réflexes). Se rend-elle compte qu’elle utilise le même registre que La Mettrie et Descartes qui voyaient dans l’animal une sorte de machine ? C’est vraiment l’arroseur arrosé.

Mais faisons amende honorable puisqu’elle touche aussi du doigt quelque chose de plus subtil : la radicale altérité. Concept qu’elle emprunte au brillant Francis Hallé et que l’on peut résumer ainsi : « moi humain, je suis désemparé face au végétal car je ne peux pas pénétrer son monde ». Hélas, cette notion d’altérité a aussi été popularisée par le philosophe Thomas Nagel avec son célèbre « Quel effet ça fait d’être une chauve-souris » qui reprend en fait la vieille notion de Qualia. Et même de solipsisme s’il faut à notre tour évoquer Schopenhauer.

Bref, par définition les plantes sont très différentes des animaux. C’est pour cela qu’on les met dans deux « Règnes » différents. Nos royaumes se côtoient mais ne se comprendront jamais. Au fond c’est la question de savoir s’il s’agit de différences de degré ou de différences de nature. Et là on est mal barré car ce genre de question est le meilleur moyen de développer ses talents de sophistes.

Personnellement je suis enclin à voir entre un champignon et un moustique une différence de nature. Mais entre un crapaud et une grenouille ? Entre un corail et une algue ? Entre une anémone et un pissenlit ? Nous sommes forcément prisonniers de nos taxonomies, de nos conventions. Nous disons que toutes ces choses sont « vivantes ». Mais nous ne savons pas ranger le virus ou le prion.

Si le protecteur de la carotte se joue du végétarien, c’est bien qu’il fait appel à la notion de « vivant ». Tout l’enjeu, rappelons-le, est de montrer si en coupant règne végétal et règne animal, on a au passage coupé quelque chose appelé « sentiment ». Le piège linguistique est d’autant plus gris que « anima » est l’étymologie de l’âme. Et donc notre vocable nous conditionne déjà à refuser une âme à l’endive, mais d’en accorder une à la méduse.

Autotrophe !

Alors revenons à ce qui différencie fondamentalement ces deux règnes. Florence Burgat nous rappelle que la plante est autotrophe (elle se suffit… juste un peu d’eau et de lumière) alors que l’animal est hétérotrophe (il dépend directement ou indirectement des autotrophes). Nuance est apportée (forcément, dans la nature rien n’est aussi binaire) avec les dépendances fleurs/pollenisateurs. La philosophe y voit une « surpuissance » qui à mon avis à toujours à voir avec cette histoire d’indifférence au monde.

En gros, si vous approchez d’un animal il va certainement s’enfuir. Si vous approchez d’un arbre , que vous lui donner un coup de pied… peu lui chaut.

En fait, dans le discours de cette philosophe, l’immortalité et la surpuissance sont comme des éléments divins qui mettent « hors monde » nos amis végétaux. Le règne végétal, c’est l’Olympe. Est-ce que Zeus peut souffrir à cause d’un simple mortel ?

Cette intuition inconsciente semble se confirmer car si Florence Burgat est assurément du côté de la défense du vivant, et donc des végétaux, elle ne leur accorde au fond qu’une valeur esthétique, historique…

Mais elle pouffe quand il s’agit de faire reconnaître juridiquement un olivier ou un hêtre remarquable. Rappelons que ce débat sur la reconnaissance juridique des non-humains pourrait pourtant n’être qu’une extension du domaine de la lutte. Il n’est pas plus absurde de reconnaître des droits à un mouton qu’à un if.

Je m’aperçois que je suis long. Je synthétise donc :

  • Le règne végétal est distinct du règne animal mais cette distinction repose sur un critère (autotrophie) qui n’a rien à voir avec les affects
  • Le même raisonnement qui permet de reconnaître la souffrance animale (i.e. anthropomorphisme) peut tout à fait s’étendre à la « souffrance » végétale.
  • La philosophe Florence Burgat refuse cette extension en décrétant tautologiquement que les végétaux n’ont pas de sentiments.
  • Nous sommes piégés par le langage qui par exemple n’a rien pour désigner l’ « intelligence sans cerveau ».

Je me permets une audace personnelle sans filet.

Quiconque a déjà caressé des sensitives (mimosa pudica) a eu le sentiment que leur thigmonastie relevait d’un être réellement sensible.

Quiconque a déjà caressé un corail a eu le sentiment du vide minéral. Anima signife âme mais signifie « mouvement ». Ce qui bouge tout seul nous semble vraiment vivant.

Mieux, ce qui a des yeux nous semble doué de souffrance. Même l’œil vitreux d’un maquereau agonisant appelle à la compassion. Les gendarmes (punaise de feu) me semblent bizarrement plus fraternels que le tipule pourtant appelé cousin. Juste parce qu’il porte des « yeux » sur son dos. C’est ainsi. Je suis bête comme un humain qui anthropomorphise et qui considère que les yeux sont le reflet de l’âme.

pyrrhocore

L’arbre ne bouge pas, il n’a pas d’oeil. Il est dans son monde en effet. Mais ce n’est pas parce que ce monde est radicalement différent que je doive y calquer mes notions purement propres aux hominidés.

Je trouve tellement surprenant d’invoquer Levi-Strauss qui pour moi fut une révélation dans ce long chemin d’altérité que je me demande sincèrement si cette philosophe a lu les mêmes choses que moi. Mais après tout, c’est ce qui fait richesse. Il reste des différences de degré avec les personnes et les réflexions dont je me sens pourtant proche.

Vegan, catastrophisme, Internet… blasé !

Je confesse passer trop de temps à lire à droite à gauche tout ce que la toile me fournit. C’est de la vraie procrastination. Sous couvert de coller à l’actualité ( « veille technologique »… vraiment ? ) j’absorbe chaque article ou interview qui me passe sous les yeux. Jusqu’à l’indigestion.

Les réseaux sociaux ne me proposent que des articles franchement déprimants. Tenez, pour exemple, ma revue de presse matinale façonnée par les algorithmes de facebook, mes flux rss et mes boites mails, m’ont appris que « le plancher océanique est tapissé de déchets plastiques« .

Le plus désespérant c’est aussi la réaction que cela suscite avec cette préconisation :

un réseau mondial de surveillance est nécessaire afin de partager les données sur la pollution plastique des grands fonds et « il faut s’appuyer sur les modèles de circulation océanique afin d’identifier la manière dont les déchets circulent ».

Je suis blasé car à chaque fois que l’on découvre l’ampleur des conséquences de notre humaine inconséquence, on se précipite pour mieux la comprendre. Là où il faudrait seulement agir.

La (relative) bonne nouvelle de cette revue matinale c’est le prix Goldman décerné à Claire Nouvian, fondatrice de Bloom, l’association qui alerte sur la surpêche en eau profonde. Reconnaissance environnementale pour son formidable combat mené contre les hypermarchés et la commission européenne.

Elle était l’invitée d’une émission radiophonique hier. Après avoir raconté avec émotion comment elle a survécu au Tsunami de 2004, à propos de son engagement, voici ce qu’elle déclare un moment :

Je suis désespérée, au sens il n’y a aucun espoir. On a pas le droit de le dire, surtout dans les médias. C’est pas la question de l’espoir, aujourd’hui c’est la question de l’action. Faisons tout ce qu’on peut, tout ce qui est à notre portée et on fera le bilan plus tard.

Cette phrase est dans la pure veine de la philosophie de Gunther Anders, que j’avais découvert il y a 10 ans grâce à la formidable maison d’édition « Encyclopédie des Nuisances« . Le sujet du catastrophisme éclairé, sur le fond, n’a pas beaucoup changé depuis Hiroshima. Seules la menace et l’imminence de la catastophe. A moins que nous ne soyons déjà dedans…

Sur la polémique Vegan

Depuis quelques mois l’actualité s’enflamme pour dénoncer l’activisime vegan. Ce terme jouit d’un éclairage médiatique, certainement grâce aux succès d’une part de l’association L214 et de l’engagement sincère de l’animateur et écrivain Aymeric Caron. Mais quiconque s’intéresse un peu au mouvement dit vegan sait que cette actuelle polémique date du siècle dernier. Et je me souviens de mes premières lectures anti-spécistes en 2003…

Je n’aime pas trop prendre ce ton blasé qui paraît forcément un peu condescendant. Car au contraire, je rafole du débat ! Mais pourvu qu’il puisse se réinventer.

Ce que je trouve positif et nouveau malgré tout, c’est le succès, grâce à la communication, de L214 et Bloom par exemple. L214, nous relayions déjà en 2011 (l’asso existe depuis 2008). Les caméras cachées dans les abattoirs ont fait mouche.

Pour Bloom, ce qui a fait mouche, c’est leur formidable B.D. pédagogique que nous avions relayée dès réception !

Pour les plus curieux, il existait un important mouvement « végétalien » dans la France de 1920 associée à un courant anarchiste (Rirette Maitrejean, Louis Rimbault…) qui avait plus ou moins tout dit à propos du débat vegan/anti-vegan (aujourd’hui allégorisé par Aymeric Caron/ Jocelyne Porhcer).

Ce n’est pas la première fois qu’au hasard d’une lecture, je réalise à quel point notre monde moderne a oublié que les dernières décennies avaient déjà très bien analysé les enjeux autour de l’Homme et de la Planète.

Internet et les applis webs

C’est aussi au hasard d’une lecture (fortuitement un autre anarchiste, l’anthroplogue David Graeber, dans Bureaucratie) que je suis tombé sur cette phrase page 162:

La plupart des gens qui travaillent dans des entreprises ou à l’univeristé ont été témoins d’une scène comme celle-ci. Un certain nombre d’ingénieurs sont assis dans une pièce, ils échangent des idées entre eux. Un nouveau concept, qui paraît prometteur émerge de leur discussion. Puis une personne qui pianote dans un coin, sur un ordinateur, après avoir effectué une rapide recherche sur Google, annonce que cette idée « neuve » est en fait ancienne; on a déjà essayé de la mettre en oeuvre.

Elle a soit échoué, soit réussi.

Si elle a échoué, aucun manager n’accepetera de dépenser de l’argent pour tenter de la ressuciter. Si elle a réussi c’est qu’elle a été brevetée, et on supppose qu’entrer sur ce marché est un objectif hors d’atteinte, puisque les premiers à y avoir pensé auront l’avantage du premier entré.

Le nombre d’idées à première vue séduisantes qui ont été étouffées dans l’oeuf de cette façon doit se compter par millions.

Et effectivement je pense avoir vécu ou provoqué ce genre de scène une dizaine de fois. Dédicace aux start-up de l’économie collaborative ! Mais bizarrement, comme pour le catastrophisme éclairé, cette course en avant technogique ne mène pas forcément à la paralysie, au contraire !

J’ai par exemple souvent ce genre d’échange sur toutes les applications censées nous aider à décrypter l’éco-consommation. Nous sommes nombreux à nous dire qu’une application web proposant une analyse en direct des articles à consommer (droits sociaux, impact environnemental, etc…) serait utile pour nous guider.

Peut-être. Mais, soyons fou, imaginons une appli qui reconnaît le poisson sur l’étal et vous dit en direct « attention, ce poisson fait l’objet d’une surpêche » ou « ce poisson encourage la pratique de la pêche électrique » ou « celui-ci favorise le raclage des fonds » etc etc… cela finirait par êttre absurde.

De la même manière que nous n’avons pas besoin d’un énième rapport pour identifier la manière dont les déchets circulent sur le plancher océanique, nous n’avons pas le temps de nous permettre d’affiner les algorithmes d’intelligence articielle et tutti quanti pour mieux évaluer le désatre en cours.

Je sais tout le côté paradoxal de ce propos, surtout pour un « guide d’achat éthique ». Effectivement, un moment donné, il faut bien savoir pour agir. Mais comme disait Sven Lindqvist dans « Exterminez toutes ces brutes » :

« Vous en savez déjà suffisamment. Moi aussi.

Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences ».

Arrivée à Auroville – Earth&Us

Je suis arrivé samedi à Auroville.

C’est ma première fois en Inde et l’on m’avait averti : « tout ce qui est improbable finit par arriver en Inde« . Mais on a beau avoir été prévenu, les premières images donnent l’impression de vivre sur une deuxième Terre…

On m’a aussi mis en garde à propos d’Auroville.

« Ce n’est pas vraiment l’Inde. Déjà c’est l’Inde du Sud, moins pauvre, et en plus c’est un village-concept créé par des hippies européens. » Sous-entendu un vestige un peu neo-colonialiste, une sorte de parc d’attraction new-age où population intégrée, touristique et locale vivraient au même endroit mais avec des attentes différentes.

Je me souviens il y a une dizaine d’années, je découvrais à Aix-en-Provence la radio libre Radio Zinzine. J’y ai proposé quelques chroniques hebdomadaires, en direct… et parfois laborieuses (on ne s’improvise pas chroniqueur ). Cette radio émanait d’un eco-village relié à une plus vaste communauté appelée Longo maï.

J’avais entendu les accusations « classiques » contre ce village situé près de Forcalquier. Secte, planque d’activistes, enfants livrés à eux-mêmes. Je m’y étais rendu quelques fois, notamment pour une soirée anniversaire du hameau, avec notamment un émouvant concert en plein air, dans les montagnes, sous les étoiles, d’Allain Leprest accompagén au piano. Magique !

J’y avais surtout rencontré des tas des gens intéressants, divers et passionnés.

Je me souviens aussi que la banque La Nef, fut accusée un moment d’être une secte. Ca leur a fait mal. Pour avoir participé à 4 assemblées générales, même constat. Non seulement j’y ai croisé des participants divers et intéressants, mais surtout une organisation ouverte, pleinement démocratique et soucieuse du respect de chacun. Bref plutôt le contraire d’une secte…

Brainstrom avec l’équipe

Cela ne fait que deux jours que je suis à Auroville et donc il est délicat de formuler une opinion. Nénamoins je sens déjà que les jours prochains vont être riches.

Après avoir découvert l’équipe au complet de Earth&Us, avec Min et sept collaborateurs, je découvre là déjà une grande diversité. Une aurovilliennne, un du Nord, un du Centre. Toutes les religions, toutes les origines. Le seul point commun est qu’ils sont làparce qu’ils veulent faire du « sustainable developpment« . Allen plutôt data-analyst, Aromi sur les « partnership », Mohit plutôt graphiste, Tushita naturaliste (elle adore attraper les serpents pour les sauver quand des familles paniquées en trouvent dans leur maison) Et il y a Vijay, Krihsna dont je parlerai plus tard…

J’apprends donc au départ que pour un jeune Indien, Auroville est réputé pour ses formations en « écologie ».

Mais bien entendu, j’ai aussi envie de savoir si les motivations pour venir vivre à Auroville sont aussi d’ordre « spirituelle » ou « expérimentale ».

A l’issue de ces premiers jours, je suis déjà convaincu d’une chose. Auroville est un endroit agréable, d’une très grande tolérance, rempli de personnes bienveillantes pour la simple raison qu’elles sont venues chercher une de ces trois choses :

  • se former au développement durable
  • expérimenter la coopération et l’autonomie
  • suivre son développement personnel

***

On m’a fourni un vélo, une carte SIM et une lampe de poche (dont j’ai effectivement fini par comprendre la vitale utilité car même quand on m’a déposé à 5 mètres de ma chambre, je me suis perdu dans la jungle…)

Ma chambre, c’est un truc indescriptible, sur le toit d’une maison. Le bonheur d’être dehors, mêlé à la jungle est un peu terni par le froid en milieu de nuit et les stridulations d’insectes entrecoupés de sonores hululements.

Le vélo, c’est agréable comme tout. Parfois, le sable rouge colle aux dents, parfois les pavés font sauter la chaîne. On se perd forcément. Je pensais que la topographie, en cercles concentriques aurait certte vertu de toujours pouvoir se repérer. Mais non. On est quand même dans la jungle et les chemins finissent par se ressembler. Et c’est pire quand on a la carte…

Le plus compliqué c’est de savoir quoi faire et où aller. Je n’ai découvert qu’ajourd’hui le Visitors Center. Je me dis qu’un touriste qui ne voit que cela d’Auroville doit effectivement se poser des questions. Une expo sur les deux gourous fondateurs avec des boutiques et des restaurants tout attenant.

Fort heureusement, comme je suis bien encadré, voire chouchouté, on m’emmmène et on m’explique plein d’endroits. La solar kitchen est un bâtiment génial où l’on sert quantité de repas délicieux cuits grâce à un miroir solaire. En face, il y a justement une réalisation de Earth&Us, la « libray of things », un mélange de ressourcerie et de givebox. A savoir une bibliothèque où l’on peut tout emprunter : des vélos, des bassines, des sacs de rando, des jouets…

Earth&Us est aussi à l’orgine d’un système de coovoiturage minimaliste dans la région de Pondicherry.

Et je cogite avec eux pour réfléchir à ce que pourrait être un service mondial sur l’éco-consommation. Nous échangeons donc beaucoup sur nos pays respectifs, leurs attentes en terme d’environnement, de droits sociaux, de labels, de made in my country

Globalement, les réflexions sont très proches. Cela m’a même effrayé dans lamesure où je me suis ditr qu’effectivement, le monde est globalisé au détriment de la diversité culturelle.

Mais je trouve aussi cela rassurant car cela confirme que peu importe d’où nous venons, nous partageons les mêmes rêves et la même Terre. Et c’est un peu le message d’Auroville…

Matrimandir with fluffy clouds

« Un nouvel esprit d’unicité se répandra au sein de la race humaine… »

Sur ce ! c’est l’heure de l’apéro 😉

Pour David

Mon cher David,

Je suis heureux de pouvoir te dédier ce billet sachant que tu ne le liras certainement jamais. Pour la simple raison que tu es parti pour un voyage sans retour.

Juste avant que tu nous quittes, tu as toi-même dit que cela faisait bizarre de se sentir triste simplement en constatant la tristesse des gens qui sentent ton départ. Exactement comme ces enterrements où l’on culpabilise de ne pas être chagriné par le défunt cependant que l’on se soulage à l’idée de pouvoir verser des larmes sincères et d’empathie.

Bon ! Tu n’es pas mort; au contraire ! Mais d’un point de vue social c’est tout comme. Passer la toge et méditer dans au monastère zen pour le restant de sa vie, c’est sombrer lentement dans l’oubli. Et, hélas, peu de gens comprennent ce choix.

Or moi je le comprends sans peine. Que ce monde est fatigant à la fin !

On a passé toute une journée, magnifique, ensemble, quelques jours avant ton départ. Ce qui est plutôt amusant puisque l’on se connaît peu. Dans ce couvent réhabilité en restaurant, perdu dans le Royans et ses montagnes dorées par l’équinoxe d’automne, j’ai voulu faire un bon mot : quel dommage de ne pas avoir deux vies !

Une vie régulière et une vie séculaire. Une pour se régler au monde spirituel.

Et une autre, dans le « siècle », pour vivre dans le matériel, le quotidien, le train-train avec ses retro-planning qui n’en finissent jamais…

Bon deux vies ca fait beaucoup. Même mon meilleur ami m’avait dit qu’une vie c’était presque trop… (et ça c’est un vrai bon mot !)

Dit comme cela, on pourrait penser que le monacat n’est qu’une fuite, une désertion, une capitulation face au capitalisme. Pourtant, nous avons longuement parlé de ta pratique méditative. J’aime bien te présenter comme mon pote champion du monde en méditation. Surtout parce que moi je suis nul, je désespère de comprendre comment cela fonctionne, malgré tous les livres zen que j’ai lus sur le sujet !

Tu m’as expliqué que c’est comme la cuisine. C’est mieux manger un bon plat plutôt que de lire la recette. Je regrette de ne pas avoir pris le temps de faire une séance avec toi, dans le Vercors, comme un saut à l’élastique..

Ayant eu quelques révélations mystiques lors d’un séjour au Mont Athos, où je croisai un vieux moine orthodoxe français au milieu de réfugiés anarchistes… j’ai depuis développé une sorte de goût romantique pour le cénobitisme…

Les dernières tribus s’exterminant peu à peu, les monastères sont peut-être les derniers lieux où l’on peut voir un autre monde dans ce monde. Un pied de nez involontaire au There Is No Alternative.

Peut-être que je fais fausse route avec mon obsession à voir de la poésie ou du politique dans une pratique qui n’est en fin de compte peut-être qu’un endoctrinement. Quand tu m’as énoncé quelques règles de l’étiquette zen que tu allais respecter (pas de parapluie, pas à moins de 5 mètre de sa toge…) tu m’as assuré que oui c’était inepte. Et c’est pour cela que j’ose croire que cette étonnante vocation est un acte mûrement et longuement réfléchi.

Un monastère, c’est un paratonnerre contre la foudre du temps qui passe. Je te disais que ce monde est fatigant. Pas plus tard qu’hier (mais on pourrait actualiser ce billet chaque semaine…) on apprenait pêle-mêle l’ampleur de la fraude fiscale, le report des objectifs de lutte contre le changement climatique, du glyphosate et que sais-je encore…

Le monde n’est pas fatigant, il est épuisant. Une barque qui fuit de tous les côtés et des milliards de marins qui ne veulent pas écoper car ils voient bien qu’on est au sec dans la cabine VIP…

Mon cher David, tu es donc parti. Peut-être que tu reviendras. Des moines défroqués il y en a plein. Peut-être que le monastère est un canot de sauvetage qui lui aussi peut prendre l’eau.

Que l’on vive dans son siècle on que l’on vive reclus, peut-être qu’on est dans le même bateau, dans la même galère.

J’aime bien me dire qu’un des moines français les plus célèbres porte le nom d’une marque de pastis.

Chacun ses remèdes contre ce monde fatigant.

Moi Président, j’inverserai la courbe des dommages

« Ecrire, c’était mettre de l’ordre dans ses idées. » ai-je lu récemment sur un réseau social où régnait pourtant le chaos. Comme j’aimerais que ce genre de miracle se produise, par la simple puissance du Verbe. Mais rien n’est moins sûr. Car parmi mes idées en suspension, j’ai en ce moment des étymologies indo-européennes, des angoisses électorales, des archéologues de la quantification du monde et une correspondance épistolaire avec le dernier grand pingouin. Ardu !

Continue reading « Moi Président, j’inverserai la courbe des dommages »

Du transhumanisme à la neurosagesse (il est fort ce Idriss Aberkane)

p1020616Début 2016, j’avais évoqué une vidéo inspirante d’un certain Idriss Aberkane à propos de l’économie de la connaissance et du biomimétisme. Cette vidéo est devenue virale en septembre 2016 et c’est bien mérité car, malgré les bémols que j’avais humblement barbouillés sur sa partition à l’époque, son intervention était inspirante. D’abord parce qu’il a un talent de vulgarisateur, avec des formules bien amenées et des métaphores perspicaces, ensuite parce qu’il propose un futur « out of the box« .
Je le remercie d’avoir répondu brièvement à mon billet expliquant les raisons de ce qui me semblait des lacunes. Pour se disculper, il évoquait une vidéo tournée dans un contexte de lobbying où il s’agit de convaincre des décideurs.

La nouvelle vidéo qui circule est au sujet d’un livre qui est paru ce 4 Octobre (et que je n’ai donc pas lu… pour le moment) : « Libérez votre cerveau« . J’invite tout le monde à la visionner :

Le bon doigté pour attraper un problème avec son cerveau

Attraper une bouteille avec sa main est trivial car on voit comment s’articule notre main. Mais comme on ne « voit » pas notre cerveau, on ne l’utilise pas forcément de manière optimale pour appréhender un problème cérébral.

« Si l’on voyait comment notre cerveau attrape de la connaissance, on aurait pas besoin de faire de la recherche en neuroscience ».

ruediger-gammCette comparaison nous fait comprendre en un éclair comment font les « prodiges » tel ce Rüdiger Gamm, capable de trouver en une seconde que 53 puissance 9 vaut 3 299 763 591 802 123. Il répartirait l’effort sur plusieurs aires du cerveau pour « attraper le problème » un peu comme on utiliserait plusieurs doigts pour attraper une bouteille.

Mémoire épisodique, mémoire spatiale, mémoire procédurale et mémoire de travail (celle qui dure 15 secondes) sont activées et synchronisées pour une nouvele « ergonomie » cérébrale.

« La bonne nouvelle c’est qu’on pourrait tous faire ça »

Car « quand on fait de la neuro-ergonomie, on peut tout changer : l’école, le travail, la politique, la communication ». Peut-être sans le vouloir, le propos insiste sur les possibilités dans la pédagogie. En postulant que l’apprentissage à l’école est une souffrance, il laisse entrevoir une possibilité d’apprendre en utilisant les résultats de la neuroscience. Et là où c’est effectivement une très bonne nouvelle, c’est qu’il semblerait que notre cerveau raffole d’un truc pour apprendre : le JEU !

Jouer est la façon normale d’apprendre. Pas la façon exceptionnelle ! […] Aujourd’hui l’école n’est pas compétitive pour capter l’attention.

Et on en vient au point qui m’a motivé pour écrire à propos de cette vidéo. Idriss Aberkane constate qu’à notre époque (société  des loisirs, de la distraction ?) avec les jeux vidéos, la télé, facebook, etc. il faut reconnaître que l’école peine à capter notre attention !

dirtyIl se trouve que depuis quelques mois, j’ingurgite une quantité de vidéos Youtube. J’ai en effet débusqué (enfin, après toute le monde…) une communauté de youtubeurs talentueux qui font de la vulgarisation scientifiques. Entre autres MicMaths pour les mathématiques et DirtyBiology pour la biologie.

Alors on objectera que ce n’est pas très nouveau. Que ce n’est que le « format » qui change. Qu’il y a aussi des excellents livres, revues… et même d’excellents professeurs tout simplement qui font aussi bien qu’un Youtubeur pour propager de la connaissance.

La différence repose sur le pouvoir de contagion. Si je peux m’emballer pour une lecture (par exemple le dernier David Graeber ou un nouveau tome de l’Encyclopédie du Dérisoire et de l’Inutile…) je vais prêter le livre à un ami avec une faible probabilité que ce soit lu par l’heureux élu.

Depuis quelques mois j’embête tout le monde avec ce doute qui m’habite depuis quelques mois : et si la vulgarisation scientifique n’allait pas devoir abandonner progressivement l’écrit pour la vidéo…

Exemple personnel et récent : au même moment où je lisais un ouvrage de référence sur les langues celtes, je tombais sur une vidéo d’un jeune youtubeur qui proposait une superbe cartographie en timelapse de l’évolution desdites langues. Plus clair, plus direct, plus facile à digérer.

librairie-visage

Au début j’en étais très chagriné, victime du syndrome du jeune Sarte analphabète qui vénérait les « pierres levées » de la bibliothèque grand-paternelle. Oui le livre garde une dimension sacrée et c’est comme un blasphème pour moi que de comparer la littérature pluri-millénaire à cet épiphénomène technologique nommé Youtube.

Mais ironiquement, dans le cas présent du youtubeur/auteur Idriss Aberkane, la promo du livre est ici bien assurée par la vidéo. Je crois donc que je vais quand même aller plus loin que ces 10 minutes de vidéo et me farcir le livre 😉

Mais revenons à cet extrait justement. Le chercheur nous fournit une nouvelle métaphore. L’école c’est comme un buffet à volonté dans un hôtel de luxe. Un truc génial donc… sauf que le maître d’hôtel vous ordonne de tout manger ! Et d’être sanctionné sur tout ce que vous n’aurez pas bien mangé !
(Pour infos, il y a des restaurants asiatiques qui pratiquent ce genre de règle… et c’est vrai que ça incite à des comportements étranges…)

Une bonne école est une école où le prof prend son pied et où l’élève prend aussi son pied.

En conclusion, il évoque le danger des neurosciences (que je connais bien grâce au travail incomparable et précurseur fourni par Pièces & Main d’Oeuvre) qui risquent bien de se retourner contre nous puisqu’elles sont surtout étudiées dans le secteur militaire et marketing…

yoga-soldat

Et donc d’invoquer une sorte d’éthique en neuroscience, qu’il appelle neurosagesse. Gageons que cet appel est autant périlleux que l’éthique en biologie… Oui, effectivement « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme« . Et je ne suis pas certain qu’un manifeste, aussi bon soit-il, orientera les recherches en neuro-science pour la paix et l’allégresse. C’est mon background Ellulien qui parle…

Mais ce manifeste, en renouant avec la vieille idée du surhomme (le surhomme bien compris, celui qui sait se dominer) renouvelle tout de même fortement la question de la Technique. Car là où les dominants rêvent de transhumanisme (doper l’homme par l’artefact) cette neurosagesse propose une troisième voie à savoir une possibilité de doper l’homme par la Méthode. En premier lieu la pédagogie mais surtout donc la connaissance intérieure et psychique.

Alors même si l’on se méfie toujours des lendemains qui chantent, je dois avouer qu’en tant qu’eco-sapiens, c’est à dire étymologiquement attachée à la sagesse chez soi, cette neurosagesse ici proposée me plaît bien. Qui sait ? On va même pouvoir la rattacher définitivement avec les recherches en neuroscience de la méditation.

Affaire à suivre donc !

(Edit voici le billet où je fais part de ma déception : On peut se tromper )

Le Cantique des Oiseaux (qui meurent) et La Langue des Oiseaux (qui disparaissent)

monkeyIl y a des invitations « petit déjeuner – conférence de presse » qu’on devrait refuser. Je ne sais comment mon email s’est retrouvé dans leur fichier mais j’ai accepté d’assister à une présentation presse sur l’état de santé de la biodiversité en Île-de-France. En clair, est que la faune et la flore de la région parisienne se porte bien. J’avais comme un pressentiment…

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Nespresso, prison, décroissance. Une semaine parmi d’autres

6682_870c_500J’avais tout simplement envie de partager des réflexions liées à une semaine riche en rencontres.

Il s’agit de 3 contextes fort différents, les Champs-Elysées, la prison et un stand Alternatiba, qui m’ont perturbé pour différentes raisons et dans tout ce fatras, une leçon je cherche encore. Si vous l’avez je suis preneur.

Mercredi. Nespresso

Mercredi j’acceptais un déjeuner dans la boutique Nespresso des Champs-Elysées. J’ai déjà parlé de ma perplexité à propos de cette filiale de Nestlé, désormais engagée dans une communication sincère et factuelle sur sa contribution au recyclage et à l’agroforesterie.

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Le Saint Père, la Terre Mère, mes frères et ma sœur

religieuxL’affaire est entendue, ce nouveau pape François a tout pour ramener les brebis égarées du mercantilisme dans cette nouvelle foi radicalement solidaire, écologiste et décroissante.

Hormis évidemment les passages relevant de l’avortement, ce Laudato si a de quoi ravir tous les authentiques amoureux de la planète, tous les authentiques défenseurs de la solidarité. L’introduction est un hommage à Saint-François d’Assise, célèbre d’ailleurs pour son sermon aux oiseaux.

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe » chante le Saint des pauvres dans son cantique des créatures.

C’est bucolique comme du Giono et on peine à se dire qu’il y a 7 ans, le précédent pape procédait à la bénédiction de centaines de Ferrari sur la place Saint-Pierre…

Si l’on assimile le Vatican à une multinationale vieille de 2 000 ans, c’est comme si Nestlé avait nommé José Bové remplaçant de l’actuel directeur Brabeck. (si vous ne connaissez pas Brabeck, on vous le présente notamment dans notre précédent article sur la rencontre du troisième type chez Nespresso).

Tout y est ! Les blessures de la Nature, les inégalités et les souffrances de l’Homme. La foi déraisonnable en la technologie. L’effet rebond !
Si ce n’est déjà fait, prenez 20 minutes pour lire ce texte qu’on jurerait écrit par un chroniqueur du journal La Décroissance !

Je ne sais pas vous, mais ce concept de Terre-Soeur m’a étonné sur le coup. Pourquoi pas la Terre-Mère ?
Et j’ai réfléchi. Et j’ai trouvé que la Terre-Soeur c’était une chouette idée. Ils ont un bon service marketing au Vatican !

Le religieux et l’écologie

arbre-portaitCe doit être la deuxième fois que je parle de religion sur ce blog. La première fois c’était pour parler de Thoreau et du Mont Athos, cette péninsule orthodoxe interdite aux femmes. A la manière de Huysmans, j’avoue être quelqu’un qui s’écarte de la religion tout en l’épiant. C’est à dire que je n’ai naturellement rien contre les gens pieux. Je n’en suis pas mais les textes religieux me fascinent.

Et en les lisant, je considère tout à fait compatible écologie et religion (voyez Illich et Ellul). Par contre, je suis toujours sidéré par la dissonance cognitive présente chez des gens très croyants. On ne doit pas lire avec le même œil.

Je crois assez bien connaître les textes chrétiens et me suis intéressé un moment à ce que l’on appelle les Pères de l’Eglise. Je dois d’ailleurs faire une confession, toute augustinienne ! Pendant des années, j’ai aspiré à écrire un ouvrage sur les similitudes entre le mouvement des chrétiens primitifs et le mouvement écologiste. Ma paresse a eu raison de cela et cela fait une référence de moins pour Amazon !

Mais voici ce que j’aurais écrit là-dedans. Un exemple qui j’espère sera parlant:  la querelle du Filioque.

Pour les impies qui n’ont pas été voir sur Wikipedia, il s’agit d’une dispute syntaxique qui, excusez du peu, a séparé l’Europe en deux. A ma gauche l’Europe catholique d’Occident qui considère que le père procède du père et du fils. A ma droite l’Europe orthodoxe d’Orient qui pense plutôt que le père procède du père par le fils. Je simplifie à peine.

En 2015, faut-il préciser que cette petite mise au point à propos de la Sainte Trinité ne suscite guère plus d’altercations ? De nos jours on peine à comprendre rétrospectivement l’imposante et docte littérature pour traiter de ce sujet.

Et bien en 2015, tenez-vous bien, il y a aussi les écologistes d’Orient et d’Occident. Appelons écologistes d’Orient ceux qui pensent  qu’on résoudra le problème planétaire avec les citoyens. Et écologistes d’Occident ceux qui pense qu’on le résoudra avec les citoyens… et les multinationales. Et voilà la querelle du Monsantoque.

Ne rigolez pas, ce point de détail vous permet de brouiller définitivement deux personnes qui ont 99% d’idées communes concernant la nature, le climat, l’énergie etc… Et c’est d’une actualité brûlante. Voyez qui se posent en sauveurs de la COP 21 !

La religion de l’écologie

zen-footLes détracteurs de l’écologie se pensent souvent très malins en opposant écologie et vérité scientifique.

  • Les énergies renouvelables ? Pas rationnel.
  • Le changement climatique ? Pas prouvé.
  • L’épuisement des ressources ? L’homme a toujours trouvé des solutions. C’est empirique.

La revue La Décroissance n’hésite pas à parler des Pères de la Décroissance, faisant clairement référence aux Pères de l’Eglise.

Le problème que nous rencontrons est avant tout sémantique. Il faudrait définir clairement ce qu’est une religion, une sagesse, une spiritualité, une doctrine, une foi, une espérance, une réflexion, une intuition… et une science.

Et comment nous classerions pêle-mêle le keynésianisme, le transhumanisme, le marxisme, le libéralisme, le végétarisme, le yoga, et aussi donc l’écologie ?

Pictures in the News: Vevey, SwitzerlandDans mon cas pas de doute, je suis prêt à reconnaître une part d’irrationnel dans le projet éco-humaniste. La perspective apocalyptique (« on va tous mourir si on ne se repent pas en prenant le vélo !« ) a des airs de Saint-Jean et surtout l’idée « colibriste » où chacun fait sa part, espérant ainsi mériter son salut et se voir ouvrir la clé du paradis, pourrait faire penser à la foi du charbonnier.

Sauf que…

Sauf que contrairement aux messages messianiques, les signaux environnementaux et sociaux sont étudiés, connus, analysés et n’ont plus rien à voir avec les apparitions de Lourdes…

  • Le creusement des inégalités n’a jamais débouché sur des périodes glorieuses…
  • L’accès restreint aux ressources stratégiques n’a jamais pacifié les peuples…
  • Des variations de quelques degrés ont bouleversé la faune et pour la flore. Tout le monde ne s’est pas adapté…

La seule chose que partagent religion et écologie c’est cette idée un peu bête mais indispensable. C’est que nous sommes tous frères… mais que nous sommes tous sœurs désormais.

 

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La nature reprenant ses droits à peine quelques années après l’abandon d’un village

 

Mais pourquoi on ne parle pas plus de ce billet ?

ClementSalon2Mardi 10 Mars. Calme plat au bureau. Dehors la tempête sociale et environnementale.

Par ce jour d’hiver aux allures de printemps, je me décide à aller déjeuner pas très loin, visiter l’usine France-Craft en Essonne.

J’avais rencontré son fondateur Marc Chevreau quelques mois auparavant où il présentait sa voiture électrique, la F-City, qui a la particularité d’être une vraie alternative crédible dans le paysage nébuleux des voitures électriques. Elles ont des plaques d’immatriculation, vont jusqu’à 90 km/h, ont une autonomie de 100km. Lors de cette rencontre, son collègue avait du me ramener chez moi et c’est un peu par hasard que je suis monté pour la première fois dans une voiture électrique.

Moi qui ne suis pas très branché bagnole (je me permets de faire un renvoi vers cet autre billet « Comment j’ai visité une usine Renault » où j’étais le seul blogueur invité à être dubitatif sur la capacité des grands constructeurs à devenir écolo…)  et qui suis particulièrement méfiant des miroirs aux alouettes, je dois le confesser : la voiture électrique F-City est un petit miracle pas très ébruité !

Il y a beaucoup de choses à dire sur la voiture électrique et je ne suis pas expert. Comme beaucoup de monde, je recueille l’écume médiatique. A savoir dans les grandes lignes…

  • La Blue Car de Bolloré : un scandale de lithium de la part d’un groupe qui accapare les terres là-bas et attaque la presse ici !
  • La Zoé de Renault qui y va… si lentement si lentement….
  • La Tesla : trop chère et trop frimeuse
  • La Heuliez : le « canard boiteux » que Ségolène Royal a tenté de sauver tant de fois…

Le truc vraiment chouette avec la F-City c’est qu’elle est « en kit ». Il est possible, en forçant le trait, de monter une mini-usine chez soi pour les assembler ! Une voiture légère, fonctionnelle, open-source, électrique !

Alors j’ai demandé à Marc : « Comment cela se fait-il que l’on ne parle pas plus de la F-City ? »

Manque de communication ? Volonté d’y aller progressivement ? Omerta des médias qui sentent que cela peut froisser leurs annonceurs…? (Je rappelle que Bolloré c’est aussi Direct Matin et des participations dans plusieurs medias, que Renault est le premier annonceur pub en France). Il égraine les explications avec bonne humeur…

Les pouces en l'air ! Sans le savoir, je suis fier d'avoir aussi un Jean 1083 très Tour de France aussi !
Les pouces en l’air !
Sans le savoir, je suis fier d’avoir aussi un Jean 1083 très Tour de France aussi !

Et puis son téléphone sonne. C’était Clément Leroy qui cherchait un endroit où dormir le soir.

Clément Leroy ? Mon idole du moment ! Je l’ai interviewé sur ce blog le mois dernier !

Depuis 3 mois, Clément sillonne la France en demandant chaque nuit l’hospitalité dans des bleds aux noms sympathiques. Que ce soit à Chatte, à Montcuq, à Orgies, à Longcochon ou à Y, il arrive avec sa bonne humeur, son saucissons et surtout son spectacle de « vélo sur place » dont il détient le record !

C’est frais, convivial, décalé et surtout c’est une vraie réflexion sur le voyage. Il a un vélo qui est parmi les plus rapides du monde, un magnifique vélo sans frein… avec lequel il détient le record de sur-place.

La semaine dernière, il a donné une conférence TedX (la vidéo est ici, à 5h51) où il explique que « voyager c’est d’abord parler avec son voisin » ce qui pourrait être la définition de via-sapiens…

En ces temps troubles où nos politiques et nos médias agitent les éternels chiffons de la méfiance de tous contre tous, la pérégrination de Clément vient comme un bol d’air.

Nec plus ultra, en plus de promouvoir l’esprit potache, les rencontres authentiques, le voyage sur-place, et même la marche arrière, Clément a des sponsors géniaux. Il y a les boissons anti-énergisantes Obo (petit clin d’oeil à RedBull) et donc aussi France Craft puisque Clément a fait ton son voyage en France dans une F-City.

« Aucune panne, zéro euros le plein, ça m’a soulagé le budget et sauvé la vie ! » me confie-t-il.

Ah oui parce que je vous ai pas dit, Clément est venu dormir à la maison. Il était tard alors on s’est épargné le rituel du spectacle sur la table de mon salon… mais on a discuté et pris quelques photos 😉

ClementSalon1J’en ai profité pour lui expliquer les labels de l’éco-consommation (ah ah Clément toi aussi tu croyais que ca voulait dire « recyclé ») et je lui ai offert un manifeste négaWatt comme çà, lui qui fait de l’écologie sans le savoir, il pourra parler grands enjeux énergétiques maintenant !

Alors j’ai demandé à Clément : Comment cela se fait-il que l’on ne parle pas plus ton tour de France ?Peut-être que parler de bonne humeur, de convivialité, de joie de vivre… ca n’intéresse pas trop les médias. Il y a certes eu 20Minutes (concurrent de Direct Matin…) mais ça mérite bien un petit Pernaud, un petit Drucker ou un petit Barthès non ?

Ils peuvent toujours l’inviter, moi ça m’est égal, c’est dans mon salon qu’on s’est rencontré !

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Co-branding… le vélo des eco-SAPIENS « Le Cycle éthique » un peu à plat.
Derrière la F-City où rentre le vélo de Clément au millimètre !