Baptiste RABOURDIN

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Catégorie : Poïesis

Noël éthique : une déclinaison pathétique et égoïste

noel-ethiqueUn livre est en passe de devenir culte, c’est 5 000 ans de dettes de David Graeber. En fait il l’est déjà dans le monde anglo-saxon mais il commence seulement à percer en France.

Un des passages évoque le rôle du père Noël et rappelle la violence qu’il y a à recevoir des cadeaux sans pouvoir rendre. En d’autres termes, le Père Noël est le symétrique du cambrioleur : il s’introduit chez nous non pas pour dérober mais pour offrir. Et nous ne pourrons jamais « rendre la monnaie de sa pièce » à ce délinquant masqué.

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Je ne renonce ni ne recule, je suis la renoncule

serpent-cosmiqueA Rémi bien sûr,

Certains pensent que la lutte écologique est récente. Ceux qui parlent du péril vert ou des écolo-djihadistes en font bien sûr des tonnes parce que la stratégie est toujours la même :

« D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent et enfin, vous gagnez » (Gandhi)

L’ignorance c’est bien sûr le silence médiatique sur ce barrage. Jusqu’au drame que l’on connait. Et là bien entendu les tenants de la modernité (les partis politiques institutionnels et les incontournables figures du paysage médiatique) n’ont pas manqué au préalable de ringardiser Rémi Fraisse et le mouvement zadiste en général. Pour cela, les forces de l’ordre ont même du mentir, laissant accroire qu’il était ou ivre ou violent, ou fragile…

Comment leur en vouloir ? Ces gens-là ne comprennent pas ce qui se passe. Ils vont aux obsèques d’un vieux magnat du pétrole, du fleuron étatico-industriel quine paye ni ses frasques polluantes ni d’impôts. L’argent rend fou décidément.

Peut-être que nos représentants ne mesurent pas le sérieux de la situation environnementale. Rien que ces 30 derniers jours pourtant…

Devant l’accumulation des preuves accablantes à propos de notre mode de développement, non durable, injuste, non souhaitable et non généralisable, force est de constater que nous avons d’une part des représentants qui ne font rien… et des doux rêveurs  qui meurent idiotement pour leurs idées parce qu’ils ont pris au sérieux le caractère grotesque de nos modes de vie.

chatsDiantre ! Il y a donc des gens qui ont le courage de tirer les conséquences de ce qu’ils savent !

Je disais au début que la lutte « pour la vie » n’était pas récente. J’aime à la faire remonter jusqu’aux philosophes cyniques qui prenaient un malin plaisir à prendre le contre-pied de leur siècle. Leur anti-conformisme était une joie de vivre soucieuse de liberté et de rapprochement avec la Nature. Plus proche de nous, la figure de Henry David Thoreau, père du transcendantalisme, et surtout son récit Walden ou la vie dans les bois, est un hymne à la liberté et à la Nature justement.

C’est qu’au fond la Nature a encore beaucoup de choses à nous raconter. Je m’amuse encore à demander autour de moi si les pingouins volent. Petits ou grands me répondent inlassablement que non et je m’empresse de leur montrer le bel envol du pingouin.

Quant à la renoncule, je suis certain que d’aucuns pensent que c’est une fleur improbable. C’est notre bête bouton d’or, la butterflower des Anglais car oui eux aussi s’amusent enfant à de mander « t’aimes le beurre » en faisant dorer ses pétales pour dessiner une tâche jaune soleil sur une gorge espiègle.

Alors oui la renoncule qu’étudiait Rémi était un peu spéciale. Elle était rare et protégée et on la dit à feuille en langue de serpent. Ophioglosse. Ce n’est pas très flatteur car ne dit-on pas d’un fourbe qu’il a une langue de vipère ?

singe-fuckOn m’a souvent dit d’un ton condescendant : « Arrête d’idéaliser la Nature, elle n’est pas bonne, regarde il y a bien des poisons naturels ». J’ai toujours trouvé ce genre de sortie très révélatrice.

Premier aveu. Ces personnes (qui souvent ignorent tout de la faune et de la flore) imaginent que les amoureux de la Nature la serait une forme de bonté absolue comme le Dieu Amour des monothéistes ?

Second aveu. Ces personnes confondent « bon » et « bon pour moi être humain ». L’écologie est une pensée qui, à la manière de Galilée, Darwin ou Freud (non nous ne sommes pas le centre de l’univers, ni du vivant, ni de la conscience…) remet l’espèce humaine à une place parmi d’autres. Donc la baie d’if constitue effectivement un poison (quoique les botanistes savent bien que vous pouvez manger la drupe rouge de l’if… à condition de ne pas avaler la graine à l’intérieur !) mais ce n’est pas un dispositif machiavélique… A la rigueur un rappel : pour aimer la Nature, il ne faut pas la craindre mais l’apprivoiser.

Après, il y a un débat sur le rôle de l’homme dans tout ce bazar. Car indéniablement, si l’espèce humaine est un taxon animal parmi d’autres, il a franchement quelques caractéristiques étonnantes, au même titre que la langue du fourmilier ou la longévité du corail… Selon moi, ces caractéristiques sont la Technique (la sudation technique dont parle Leroi-Gourhan) et la Parole. Bon il y a aussi la Bêtise mais c’est une notion morale…

La Technique, c’est par exemple le barrage.

La Parole, c’est le débat, l’expertise, la manifestation et la confrontation par rapport à ce barrage.

La Bêtise, on l’a vue une fois de plus.

Et bien j’aime à penser que l’intérêt de Rémi Fraisse pour cette renoncule « langue de serpent », pour cette fleur traitresse et fourbe est une grandiose métaphore du destin de l’Homme. Non ce n’est pas la fleur qui est mauvaise, c’est la nature de l’homme qui est comme elle est, avec sa propension à suer la Technique et à parfois ignorer les vertus de la Parole. Et cela dure depuis bien longtemps.

Bien avant les Cyniques…

cascades

 

Gerard Bertrand et le vin bio subliminal

Attention : ce billet n’est pas du publi-redactionnel. C’est pas le genre de la maison…

Quand on aime le vin, qu’on tient à sa santé, qu’on est écolo, et qu’on a pas la chance d’avoir un caviste engagé près de chez soi, on se rabat souvent sur la « sélection » bio de son supermarché. Deux Bordeaux, un Côte-du-Rhône, parfois un Bourgogne  et qu’on reconnaît à un petit carton vert glissé sur le col de la bouteille…

Invité à une soirée, vous devez ramener à boire et vous voilà donc en face-à-face pendant de longues minutes devant ce choix pourtant limité. Or, depuis des années on trouve fréquemment des bouteilles de Languedoc « Gérard Bertrand ». A côté du label AB, on y lit la signature « Le vin autrement ».

Et je dois avouer que Gérard Bertrand m’a sauvé la mise plus d’une fois. Prix abordable, seul vin bio dispo en rayon chez les enseignes urbaines, pas mauvais (pas incroyable non plus) ca permet de rester fidèle à ses convictions sans paraître intégriste à la soirée. Si vous vous êtes organisé pour passer par exemple à Biocoop et que vous avez déniché un vin biodynamique Demeter, prenez garde… Selon votre public, vous aurez peut-être à raconter ce qu’est ce label, la biodynamie et si vous vous aventurez à parler de la lune et des cornes de vache, vous aurez de graves problèmes devant un auditoire non averti…

Mieux vaut parfois jouer l’anonymat…

Bref Gérard Bertrand, je le connais que pour son vin qui m’a bien dépanné. Et j’ai découvert que c’était un ancien rugbyman. Sur un vieil article de 1998, j’ai pu lire qu’il a cessé le rugby pour reprendre le domaine de son père victime d’un accident et d’une grave blessure liée au sport. De Narbonne (dont il a été plus jeune capitaine du club), il s’est mis en tête de valoriser les vins du Sud à partir du domaine des Corbières.

Une belle histoire quand même. Une success-story comme on les aime, surtout si on aime le vin, le rugby et le Languedoc. Il vend tout de même 10 millions de bouteilles, 50% à l’export dans 65 pays. Même si 20% de son activité est bio, il est indéniable qu’il oeuvre concrètement pour une oenologie réellement engagée.

Autrement est une collection de 6 cuvées dont 4 Vins de Pays d’Oc et 2 vins d’AOC Corbières et Languedoc, toutes certifiées AB par Ecocert, label de référence des consommateurs sur le marché français.

Et la volonté est aujourd’hui de passer en biodynamie (certaines parcelles le seraient déjà, comme le domaine de Cigalus). On applaudit !

Dernièrement, un lecteur fidèle m’a envoyé ceci.

Bon. Et alors ? Il n’y a pas de label AB et puis voilà.

Sauf que, lui aussi certainement imprégné de l’idée Gérard Bertrand=Autrement=Bio, voici ce qu’il a vu:

 

Il a lu vite et il a lu « Bio ». 3 lettres révélées dans le secret des pétales… Volontaire ? Faudrait pas être parano. Cependant, on peut chercher longtemps dans la nature des fleurs qui ressemblent de près ou de loin à celles ici dessinées.

De quoi se demander si cette illustration n’est que le fruit d’une imagination hasardeuse.

En tout cas, si c’est voulu, je ne dirai pas qu’il y a tromperie. J’y verrai une sorte de message subliminal cohérent : « cette bouteille ne peut pas ici prétendre au label AB, mais on y travaille pour de vrai ! »

PS : un billet qui permet de rappeler que la dernière étude sur les pesticides dans le vin est encore alarmante. Générations Futures et Que Choisir confirment donc chaque année ce que nous savons. Boire du vin (non bio) est réellement dangereux pour la santé !

Cette histoire me rappelle cette rumeur expliquant que les paquets Marlboro contenaient des indications secrètes sur le KuKluxKlan…

Ou encore De Gaulle sur les boîtes de Vache qui rit…

Mention légale : le vin bio est à consommer avec modération. On en référence du rouge et du blanc.

De Concord au Mont Athos

Vous souvenez-vous du film Into The Wild  ? Ce magnifique long-métrage de Sean Penn qui a été tiré de l’histoire vraie d’un jeune américain en soif d’idéal, d’authenticité et d’accomplissement. Le film se finit sur son « trip en Alaska », véritable expérience de vie en autarcie dans la nature sauvage.
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Les livres délivrent et la nature dénature

« Seul un Dieu peut nous sauver »

« Je ne sais pas si la philosophie doit être athée »

Ainsi les deux plus grands philosophes modernes concluent-ils la philosophie du XXème siècle. Heidegger et Deleuze, pour des raisons bien différentes, arrivent à cet aveu paradoxal après 2600 ans de réflexion occidentale.
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Printemps : le conseil nutri-sexo des marmottes

SurikatsAvec le retour des beaux jours, les plantes se gorgent de sève et le monde animal s’anime en quête reproductive. Nos amies les marmottes ne sont pas en reste, et ont dévoilé aux chercheurs ces dernières années quelques-uns de leurs secrets.
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Leibniz aurait aimé le e-commerce de 2012

Internet est devenu un véritable bordel, c’est à dire le miroir du monde réel que nous connaissons.

On pourrait gloser sans fin sur les mouvements entropiques propres à tout système, à savoir que la « qualité » de l’information, avec le temps, est vouée à se dégrader.
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Petit tour de lecture

Comment surprendre encore dans le domaine de la littérature écologique ?

Aujourd’hui, de nombreux ouvrages paraissent, fort présentables et fort intéressants.

Rares sont ceux qui apportent de nouveaux éléments à la réflexion. Le plus souvent, ils dressent avec brio un état des lieux (cette actualisation est toujours de plus en plus angoissante: bois, poissons, pétrole, changement climatique, santé, perte du lien social…) qu’ils contrebalancent tout de go avec des exemples porteurs d’espoir (telle association au Brésil, telle industrie en Scandinavie, tel penseur aux Etats-Unis, tel agriculteur en France etc)
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Hausser le ton

manchots observateursL’automne arrive.

Et c’est comme si personne ne s’intéressait aux derniers mois qui cloront 2011. C’est bien simple ! Octobre, Novembre et Décembre 2011 n’existent que virtuellement.

Tout le monde a hâte de passer à 2012. Car tout le monde se dit que l’on pourra remettre les compteurs à zéro.
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Des livres sur l’écologie qui valent de l’or

Ecologie et politique GorzC’est l’été et on emmène avec soi les livres que l’on a pas eu le temps de lire pendant l’année.

On va profiter du farniente pour se mettre enfin à ces bouquins qu’on a stockés quelque part avec la mention « à lire dès que possible ».
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