Baptiste RABOURDIN

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Catégorie : Les autres…

Les médias, le monde et nous

Copinage oblige, j’ai eu la grande chance d’être invité à la projection en avant-première du documentaire « Les médias, le monde et moi« , à l’UNESCO fin mars.

C’est toujours délicat quand un ami vous demande ce que vous avez pensé de son film. La bienséance prime sur une mauvaise séance !

J’appréhende donc toujours quand un proche me demande mon avis objectif sur un livre qu’il a commis. Un peu comme lorsque l’on vous montre une photo d’un bébé et que vous vous sentez obligé de dire « ah oui il est vraiment très beau ». Alors qu’évidemment… il est très beau.

En général on a la chance de ne pas connaître personnellement celui ou celle qui est derrière le stylo, la caméra, le micro. Or donc, comme indiqué par cette entrée en matière, Anne-Sophie Novel est une amie depuis bientôt 10 ans. Quand elle m’a annoncé le financement participatif sur Kisskissbankbank pour son projet de film, j’ai tout de suite contribué. Par amitié d’abord. Mais aussi parce que le sujet m’intéresse au plus haut point et que je savais que son point de vue « immergé » ne pouvait être que pertinent.

Mais il faut être lucide, un projet de film a une double exigence de fond et de forme ! Pas évident de réussir son premier film ! Eh bien ouf ! C’est réussi et je n’ai même pas eu besoin de me forcer à le lui dire 😉

De quoi ça parle

On dit souvent que « journaliste » est la profession la plus détestée des Français, avec « politique » et « banquier »… Cela en dit long sur le rapport que nous entretenons avec les médias.

Fake News, infobésité, rejets des médias, défiance à l’égard des journalistes, etc. La presse a du plomb dans l’aile, et le public semble en avoir ras le bol des informations déversées du matin au soir sur les ondes. Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Est-il possible de renouveler le métier journalistique ? D’adopter une autre posture entre producteur et consommateur d’info ? A travers cette enquête, la réalisatrice, elle-même journaliste, partage son expérience, ses questionnements, et investigue les effets de la fabrique de l’information sur notre conception du monde.

Etant moi-même un grand consommateur d’informations, voire même un « journaliste frustré » le sujet me passionne. Cela fait des années que je cherche de l’information fraîche. Abonné de longue date à des journaux sans publicité (Canard Enchaîné, Décroissance, ArretSurImages, Reporterre en tant que donateur), je suis estomaqué que nous ayons collectivement aissé la presse se faire acheter par une poignée de milliardaires (Xavier Niel, PDG de Free : Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix ) ou envahir par le dogme publicitaire (Patrick Le Lay ex PDG de TF1 : Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible)

Le film commence sur la métaphore du marché où Anne-Sophie vend des « salades », des « feuilles de chou » et du « Poivre d’Arvor » à côté de vrais vendeurs de légumes. Et l’on réalise qu’effectivement l’alimentation de l’esprit devrait exiger le même souci que l’alimentation de l’esprit. Il y a de la junk food comme il y a de la junk news.

Le film est un road trip mêlant de nombreuses interviews avec des journalistes plus ou moins connus. On est forcément touché par les témoignages d’abord enthousiastes des fondateurs de la revue XXI, qui se lancent dans une autre aventure avec Ebdo… et que l’on retrouve bien déconfits un peu plus tard. Anne-Sophie ayant eu la « chance » de vivre cet épisode du début à la fin; de l’effervescence à la déception.

Il y a une belle séquence avec Stéphane Paoli (madeleine France Inter) qui est lucide sur sa profession et semble avoir beaucoup d’espoir sur le journalisme à ré-inventer. Là où on sent plutôt la narratrice dans un labyrinthe de questionnements ?


Quelles solutions pour faire du journalisme de qualité et surtout réinstaurer une relation de confiance ? Du journalisme positif (Danemark), du journalisme « social » (Philadelphie), du journalisme en coopérative (Nice-Matin), du journalisme qui va dans la rue (coucou les amis de #DataGueule !), du journalisme de youtubeurs (et le phénomène Thinkerview au fait ?)

A la manière de Demain, film des solutions de Cyril Dion et Mélanie Laurent, on explore des exemples concrets, des « solutions locales » plus ou moins reproductibles. Mais à la fin du film, la question reste largement en suspens.

Sur la forme c’est très réussi (infographies, mises en scène, mises en abîme, autodérision…) et me sont venue à l’esprit seulement deux critiques.

D’abord l’absence d’exemples en dehors de la sphère occidentale. Asie, Russie, Afrique, Amérique du Sud… là-bas aussi il doit y avoir des pannes et des solutions ? Bon après on ne peut pas tout traiter non plus !

Puis le taboo de l’argent, du modèle économique dans ces médias à ré-inventer. Or, ce n’est pas un scoop, ayant pas mal d’amis journalistes indépendants et consciencieux, c’est plutôt la galère et la précarité ! Difficile de trouver une rédaction qui traite bien ses reporters. Il ne reste donc que des médias alternatifs et confidentiels avec des conditions économiques intenables.

Voilà donc deux critiques dont je sais pertinemment que c’est par manque de place et peut-être aussi parce que l’on risque de perdre le spectateur, qu’elles n’y figurent pas.

Une fois digéré, repensant à ces scènes sur le marché aux fruits et légumes, je me suis rendu compte d’une inversion bizarre. Quand j’explique à mes amis ce qu’est une AMAP, je dis en résumé que c’est un abonnement sauf qu’au lieu de s’abonner à un journal, on s’abonne à un panier de légumes bio et locaux.

Eh bien qui sait, peut-être qu’il est temps d’expliquer ce qu’est un média : « c’est comme une AMAP mais on reçoit de l’information bio et locale » !

Est-ce pour cela que j’ai décidé de m’abonner subitement, malgré un peu de pub, à Alternatives Economiques ?

PS : à tout hasard, Flo Laval et Anne-Sophie Novel cherchent à diffuser très largement le film Les Médis, le monde et moi donc si vous avez des contacts, aidez-les !

L’affaire Pierre Rabhi expliquée en 3 minutes

  1. Un journaliste indépendant, qui a réalisé auparavant de bonnes investigations pour dénoncer l’agro-business, fait une enquête sur Pierre Rabhi, le célèbre paysan philosophe de l’Ardèche. Ce vieux sage représente une certaine mouvance de l’écologie, plutôt centrée sur la spiritualité avec un mot d’ordre « se changer soi pour changer le monde ».
  2. Il publie cela dans le Monde Diplomatique, journal indépendant (mais filiale du Monde) anti-libéral. Il y révèle des choses… enfin des choses déjà connues, à savoir :
    1. son héritage intellectuel lié à sa religiosité et à sa philosophie anti-moderne et anti-Lumières
    2. ses incohérences à dénoncer les « salopards qui ne pensent qu’au profit » tandis qu’il accepte volontiers les invitations du Medef et de grands patrons.
    3. ses proximités avec les milieux à tendance ésotérique voire sectaire.
    4. ses revenus confortables liés à ses droits d’auteur et ses conférences.
  3. Des gens s’offusquent : « ca alors, Pierre Rabhi a des incohérences, c’est un être complexe, et il gagne de l’argent ».
  4. Parmi les anticapitalistes, deux camps multi-séculaires s’affrontent : les tenants de la lutte des classes qui veulent des solutions collectives ; les tenants de l’individualisme colibriesque « chacun fait sa part ».
  5. Chez les capitalistes on rigole bien. Même si on apprécie ce type qui faisait de l’écologie inoffensive pour eux en appelant à la sobriété heureuse.
  6. Chez les « bien pensants de gauche comme de droite mais en tout cas anti-écolos » on se défoule et on crie à la supercherie.
  7. Ah ! On me signale un journaliste écologiste, très offensif et renseigné sur les questions environnementales, l’impeccable Fabrice Nicolino. Il remet son jeune confrère en place « En défense de mon ami Pierre Rabhi« .
  8. Ah ! Et aussi la journaliste enquêtrice de Monsanto, Marie-Monique Robin, qui vient défendre Rabhi et met les points sur les i à propos de la biodynamie.
  9. L’impayable site « Conspiracy Watch » épingle un des fils de Pierre Rabhi pour ses penchants complotistes. Et déplore que le père ne se désolidarise pas des propos de son fils. Comme un parfum vieilli de Pierre-Antoine Cousteau, le frère maudit et ouvertement antisémite du célèbre commandant bien aimé (même s’il massacrait à tout va les océans. Décidément ce monde est complexe..).
    En tout cas, la chasse aux sorcières est définitivement ouverte.
  10. Mais au fait… toutes ces choses là n’ont-elles pas déjà été dites, redites, et ressassées à l’envi ?
  11. Comment on change le monde ? Avec des grèves ? Ou en cultivant seul son potager ? Le chômeur ne devrait-il pas tenter lui aussi l’aventure ardéchoise plutôt que de vouloir ranimer les syndicats banlieusards ?
  12. On me souffle que toutes ces questions , quoique pertinentes, sont un peu usées.
  13. On me souffle qu’au salon Marjolaine, il y a des gens formidables… et des vendeurs de breloques charlatanesques… On me souffle que le retour à la terre, ce fut de droite en 1940, et de gauche en 1968.
  14. On m’explique que le problème c’est le système. Pas l’individu.
  15. On m’explique ensuite que le problème, en fait, c’est l’individu. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » disait un certain Gandhi.
  16. « S’il ne reste le choix qu’entre la violence et la lâcheté, je préfère la violence » disait aussi Gandhi. Bigre  ! Lui aussi aurait quelques incohérences ?
  17. Dans les Lumières, il y avait le rationnel esclavagiste Voltaire. Et il y avait le naturaliste Rousseau. Déjà ça s’engueulait sévère…
  18. On me signale qu’un peu de nuances ne ferait pas de mal et que sur les résaux sociaux, cela se trouve chez Quitterie.
  19. [Ajout du 2 Octobre] : Quelques chiffres factuels (droits d’auteur, revenus des conférences…) viennent faire éclater les insinuations du journaliste. « Beaucoup de bruit pour rien« . On est bien d’accord !
  20. [Ajout du 8 Octobre] : comment ai-je pu oublier de mentionner le droit de réponse ?

Fin des 3 minutes. Vous n’êtes pas obligé de lire la suite 😉

Mon avis perso ?

Si vous cherchez des gens parfaits dans ce monde, au prochain karma, changez d’espèce animale…

Jean-Baptiste Malet a fait un bon boulot dans ses précédentes enquêtes. Dans celle-ci, il y a du factuel et un travail salutaire (quoique pas vraiment nouveau). Son interview est toute en nuances mais il ressort que de là où il parle (athée, rationaliste, progressiste), il est impossible pour lui de ne pas s’étouffer avec certains messages de Pierre Rabhi. Et quoiqu’il en dise, son parti pris transpire dans de nombreux sous-entendus (Pierre Rabhi aime le pouvoir, l’argent, a des idées pétainistes…). Et ces sous-entendus sont grotesques. Il lui reproche un moment de ne pas avoir de publication scientifiques à son actif pour les questions d’agriculture. C’est hors-sujet.

Pierre Rabhi est un vieux monsieur admirable. Un demi-siècle les séparent. C’est beaucoup. Et pourtant Rabhi est un visionnaire. Et pourtant Rabhi a des côtés réacs.

Moi aussi je pense que Rabhi gagnerait à être plus offensif. Et alors …?

Je me considère parfois comme un archéologue amateur de la pensée écologique.

Toute cette polémique, vous vous en doutez, m’a agacé non pas parce que je suis partisan de Rabhi (il n’incarne pas ma pensée, j’ai toujours trouvé la fable du colibri amphigourique… mais je me sens franchement ridicule par rapport à l’oeuvre de ce monsieur). Non cette polémique m’agace parce que « sous le soleil rien de nouveau ». Oui l’écologie n’est pas née d’une lecture de lutte des classes. Des passerelles existent mais au fond selon moi, les enjeux du Vivant dépassent de loin les enjeux de l’Histoire. Dit autrement : la matérialisme historique est un modèle plutôt efficace… mais on peut aussi changer de modèle…

Tenez, en 1992, peu avant avant la mort de Felix Guattari, le même Monde Diplomatique publiait ce texte, certes sibyllin, du penseur des « Trois écologies » qu’il appelle ecosophie : une écologie environnementale, sociale ET mentale.

Il est vrai qu’il est difficile d’amener les individus à sortir d’eux-mêmes, à se dégager de leurs préoccupations immédiates et à réfléchir sur le présent et le futur du monde. Ils manquent, pour y parvenir, d’incitations collectives. Or la plupart des anciennes instances de communication, de réflexion et de concertation se sont dissoutes au profit d’un individualisme et d’une solitude souvent synonymes d’angoisse et de névrose. C’est en ce sens que je préconise – sous l’égide d’un type d’articulation inédit entre écologie environnementale, écologie sociale et écologie mentale – l’invention de nouveaux agencements collectifs d’énonciation, concernant le couple, la famille, l’école, le voisinage, etc.

Voir de plus en plus grand. Et faire petit à petit.

Colibris Tatou

Vegan, catastrophisme, Internet… blasé !

Je confesse passer trop de temps à lire à droite à gauche tout ce que la toile me fournit. C’est de la vraie procrastination. Sous couvert de coller à l’actualité ( « veille technologique »… vraiment ? ) j’absorbe chaque article ou interview qui me passe sous les yeux. Jusqu’à l’indigestion.

Les réseaux sociaux ne me proposent que des articles franchement déprimants. Tenez, pour exemple, ma revue de presse matinale façonnée par les algorithmes de facebook, mes flux rss et mes boites mails, m’ont appris que « le plancher océanique est tapissé de déchets plastiques« .

Le plus désespérant c’est aussi la réaction que cela suscite avec cette préconisation :

un réseau mondial de surveillance est nécessaire afin de partager les données sur la pollution plastique des grands fonds et « il faut s’appuyer sur les modèles de circulation océanique afin d’identifier la manière dont les déchets circulent ».

Je suis blasé car à chaque fois que l’on découvre l’ampleur des conséquences de notre humaine inconséquence, on se précipite pour mieux la comprendre. Là où il faudrait seulement agir.

La (relative) bonne nouvelle de cette revue matinale c’est le prix Goldman décerné à Claire Nouvian, fondatrice de Bloom, l’association qui alerte sur la surpêche en eau profonde. Reconnaissance environnementale pour son formidable combat mené contre les hypermarchés et la commission européenne.

Elle était l’invitée d’une émission radiophonique hier. Après avoir raconté avec émotion comment elle a survécu au Tsunami de 2004, à propos de son engagement, voici ce qu’elle déclare un moment :

Je suis désespérée, au sens il n’y a aucun espoir. On a pas le droit de le dire, surtout dans les médias. C’est pas la question de l’espoir, aujourd’hui c’est la question de l’action. Faisons tout ce qu’on peut, tout ce qui est à notre portée et on fera le bilan plus tard.

Cette phrase est dans la pure veine de la philosophie de Gunther Anders, que j’avais découvert il y a 10 ans grâce à la formidable maison d’édition « Encyclopédie des Nuisances« . Le sujet du catastrophisme éclairé, sur le fond, n’a pas beaucoup changé depuis Hiroshima. Seules la menace et l’imminence de la catastophe. A moins que nous ne soyons déjà dedans…

Sur la polémique Vegan

Depuis quelques mois l’actualité s’enflamme pour dénoncer l’activisime vegan. Ce terme jouit d’un éclairage médiatique, certainement grâce aux succès d’une part de l’association L214 et de l’engagement sincère de l’animateur et écrivain Aymeric Caron. Mais quiconque s’intéresse un peu au mouvement dit vegan sait que cette actuelle polémique date du siècle dernier. Et je me souviens de mes premières lectures anti-spécistes en 2003…

Je n’aime pas trop prendre ce ton blasé qui paraît forcément un peu condescendant. Car au contraire, je rafole du débat ! Mais pourvu qu’il puisse se réinventer.

Ce que je trouve positif et nouveau malgré tout, c’est le succès, grâce à la communication, de L214 et Bloom par exemple. L214, nous relayions déjà en 2011 (l’asso existe depuis 2008). Les caméras cachées dans les abattoirs ont fait mouche.

Pour Bloom, ce qui a fait mouche, c’est leur formidable B.D. pédagogique que nous avions relayée dès réception !

Pour les plus curieux, il existait un important mouvement « végétalien » dans la France de 1920 associée à un courant anarchiste (Rirette Maitrejean, Louis Rimbault…) qui avait plus ou moins tout dit à propos du débat vegan/anti-vegan (aujourd’hui allégorisé par Aymeric Caron/ Jocelyne Porhcer).

Ce n’est pas la première fois qu’au hasard d’une lecture, je réalise à quel point notre monde moderne a oublié que les dernières décennies avaient déjà très bien analysé les enjeux autour de l’Homme et de la Planète.

Internet et les applis webs

C’est aussi au hasard d’une lecture (fortuitement un autre anarchiste, l’anthroplogue David Graeber, dans Bureaucratie) que je suis tombé sur cette phrase page 162:

La plupart des gens qui travaillent dans des entreprises ou à l’univeristé ont été témoins d’une scène comme celle-ci. Un certain nombre d’ingénieurs sont assis dans une pièce, ils échangent des idées entre eux. Un nouveau concept, qui paraît prometteur émerge de leur discussion. Puis une personne qui pianote dans un coin, sur un ordinateur, après avoir effectué une rapide recherche sur Google, annonce que cette idée « neuve » est en fait ancienne; on a déjà essayé de la mettre en oeuvre.

Elle a soit échoué, soit réussi.

Si elle a échoué, aucun manager n’accepetera de dépenser de l’argent pour tenter de la ressuciter. Si elle a réussi c’est qu’elle a été brevetée, et on supppose qu’entrer sur ce marché est un objectif hors d’atteinte, puisque les premiers à y avoir pensé auront l’avantage du premier entré.

Le nombre d’idées à première vue séduisantes qui ont été étouffées dans l’oeuf de cette façon doit se compter par millions.

Et effectivement je pense avoir vécu ou provoqué ce genre de scène une dizaine de fois. Dédicace aux start-up de l’économie collaborative ! Mais bizarrement, comme pour le catastrophisme éclairé, cette course en avant technogique ne mène pas forcément à la paralysie, au contraire !

J’ai par exemple souvent ce genre d’échange sur toutes les applications censées nous aider à décrypter l’éco-consommation. Nous sommes nombreux à nous dire qu’une application web proposant une analyse en direct des articles à consommer (droits sociaux, impact environnemental, etc…) serait utile pour nous guider.

Peut-être. Mais, soyons fou, imaginons une appli qui reconnaît le poisson sur l’étal et vous dit en direct « attention, ce poisson fait l’objet d’une surpêche » ou « ce poisson encourage la pratique de la pêche électrique » ou « celui-ci favorise le raclage des fonds » etc etc… cela finirait par êttre absurde.

De la même manière que nous n’avons pas besoin d’un énième rapport pour identifier la manière dont les déchets circulent sur le plancher océanique, nous n’avons pas le temps de nous permettre d’affiner les algorithmes d’intelligence articielle et tutti quanti pour mieux évaluer le désatre en cours.

Je sais tout le côté paradoxal de ce propos, surtout pour un « guide d’achat éthique ». Effectivement, un moment donné, il faut bien savoir pour agir. Mais comme disait Sven Lindqvist dans « Exterminez toutes ces brutes » :

« Vous en savez déjà suffisamment. Moi aussi.

Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences ».

Départ d’Auroville – Utopie mirage miracle

Beaucoup de choses ont été dites, écrites, filmées sur Auroville. Alors il m’a semblé vain de rajouter une contribution personnelle, surtout venant d’une personne qui n’y est restée que 15 jours, avec une mission bien spécifique. Une sorte de prisme réducteur pour étudier ce drôle de joyau. Je n’ai vu de cet objet insolite qu’une facette parmi bien d’autres. Et, pour filer la métaphore de l’observateur, est-il tout simplement possible d’avoir une vue d’ensemble où simultanément, nous pourrions voir toutes les facettes en même temps ?

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L’éco-consommation en Inde / 2ème journée à Auroville

Cela fait une semaine que je suis à Auroville avec l’équipe de Earth&Us pour échanger sur la consommation responsable en France, en Inde et même dans le monde…

Cela prend du temps de comprendre un pays. Je crois même n’avoir pas encore compris un petit pays comme la France… Alors comprendre un pays d’un milliard d’habitants est voué à l’échec. Ce qui est intéressant, c’est de voir ce qu’il y a de commun. Et à y regarder de près, il y a bien plus de similtudes que ce que j’imaginais au préalable !

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Un autre monde est possible. Et il est ici…

Le poète Paul Eluard aurait écrit quelque part « Il y a un autre monde… mais il est dans ce monde« . A moins que ce ne soit William Butler Yeats.

Quoiqu’il en soit j’ai toujours aimé cette formulation qui résout le dilemme de l’utopiste. Terme-quolibet qui est de mise quand on se trouve face à un résigné … qui lui-même se qualifiera de réaliste !

Techno-Sapiens ou Eco-Sapiens

Parmi une foultitude de remarques audacieuses dans Homo Deus de Yuval Noah Harari il y a celle-ci à propos des prédictions qui ne se réalisent pas. Non pas car elles sont délirantes mais au contraire très probables et plutôt effrayantes. Et permet conséquemment de s’en écarter*.

Là encore, on voit bien que la frontière entre l’idéaliste et le réaliste n’est qu’une convention. Cela marche également pour le passé. Tant de vestiges archéologiques tout bonnement inconcevables et qu’il nous faut pourtant bien constater. Là sous nos yeux incrédules des blocs monumentaux, des tracés vertigineux, des objets anachroniques…)

Et voilà que je reviens des universités négaWatt. A la différence du club de Rome qui publia son fameux rapport en 1976, l’association négaWatt propose un chemin vers le futur. Un futur désirable (bien plus que celui d’Harari…) soucieux de concilier impératif écologique (CO2, fossiles, fissiles…) et confort humain. Une sobriété est inévitable (se déplacer un peu moins, manger moins de viande, sus au gaspillage…). Et le reste est une question d’optimisation technique et sociétale.

J’y ai découvert concrètement ce qu’était un économe de flux. A savoir un bonhomme chargé au sein d’une collectivité (mais ca pourrait marcher pour une entreprise, un hopital…) de réduire la conso et de faire baisser la facture. Des baisses de 8 à 15% sont immédiatement trouvables. A Montpellier, c’est 2 millions d’euros économisés chaque année… Juste en surveillant les gaspillages d’eau, d’électricité, de carburant etc.

Ca laisse rêveur… Mais c’est la réalité.

Direction la Drôme.
Dans le village voisin de Dieulefit (ça ne s’invente pas !) on va fêter le premier anniversaire du LowCal, un ouvrage conçu par Enertech qui est un peu la référence en bâtiment performant. Le résultat est au-delà des attentes.

Sans chauffage, sans climatisation, construit en paille et ossature bois, il bat tous les records. 35 postes de travail pour 620 m2 utile et une conso électrique de 5,9 kWh/m2 sur l’année. Pourtant l’hiver fut rude et la moitié de cette consommation dérisoire est due à un appoint de chauffage électrique… qui est pourtant la bête noire de tout physicien !

La toiture photovoltaïque de 153 m2 a produit 9 fois plus que cette consommation. Et le tout à un prix abordable avec une faible énergie grise (matériaux naturels et locaux). Bref, un truc complètement délirant… qu’il suffit de visiter à quelques heures de Lyon…

Autant dire que lorsque l’on revient des universités negaWatt on a un peu les yeux qui brillent. On retrouve les contrariétés du quotidien assez vite.

Par exemple toujours cette lecture en cours de Homo Deus qui fait mal tant il force à poser les bonnes questions sur ce que veut l’homme. L’immortalité ? Le bonheur sans conditions ? L’omnipotence ?

Les trois.

Et hélas, il y a fort à parier que cet avenir teinté de robots, de cyborgs et d’artefacts rendra toute cette beauté sus-mentionnée dérisoire.

Et il y a aussi cette contrariété tellement banale. Ouvrir la porte de son bureau le lundi matin au retour. Surprendre son collègue avec un mini-chauffage bruyant, olfactif et énergivore. Lui faire remarquer qu’en cette journée d’octobre, il fait près de 21°. Qu’on a pas connu cela, pas même en 1921, qui fut une longue sécheresse d’ailleurs à l’origine de la grande famine soviétique. Le changement climatique. Lentement mais sûrement.

Comme la grenouille dans l’eau qui subrepticement chauffe, chauffe, chauffe.
Et se faire nonchalamment rembarrer… « Je fais ce que je veux ! »

C’est un mauvais rêve ? Non c’est la réalité.

* « Les historiens n’étudient pas l’histoire pour la répéter mais pour s’en libérer. »

Il s’agit d’un passage assez amusant à propos des pelouses ! En résumé, ce culte de la pelouse domestique que l’on retrouve en Occident (mais désormais aussi dans les pays désertiques du Golfe…) remonte aux signes de prestige des rois et ducs de France. Une fois que l’on connaît l’histoire des pelouses, on est aussitôt pris d’envie de basarder sa tondeuse et de tout laisser pousser !

Moi Président, j’inverserai la courbe des dommages

« Ecrire, c’était mettre de l’ordre dans ses idées. » ai-je lu récemment sur un réseau social où régnait pourtant le chaos. Comme j’aimerais que ce genre de miracle se produise, par la simple puissance du Verbe. Mais rien n’est moins sûr. Car parmi mes idées en suspension, j’ai en ce moment des étymologies indo-européennes, des angoisses électorales, des archéologues de la quantification du monde et une correspondance épistolaire avec le dernier grand pingouin. Ardu !

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J’ai décidé d’avoir d’autres combats dans ma vie…

C’est ce qu’il m’a répondu, Philippe, quand je lui demandais malicieusement comment on faisait pour attaquer en justice l’URSSAF.

C’est que ce jour là, je fulminais réellement. C’est facile et de bon ton de rouspéter contre une administration sourde et insensée. Tout le monde a en tête le fameux « laisser-passer A38 de la maison qui rend fou » dans le dessin animé « Les Douze Travaux d’Asterix ».

Donc oui c’est frustrant, pénible et chronophage (parfois même coûteux !) de vouloir faire des démarches correctement.

Le truc classique, c’est de ne pas rentrer dans les cases. Autant vous dire qu’en SCOP (société coopérative) on ne rentre JAMAIS dans les cases de l’administration.

Le plus difficile c’est la question du « dirigeant salarié ». Car oui, dans une SCOP, le gérant n’est qu’un salarié qui « prend le mandat de gérant lors d’une élection à l’Assemblée Générale. » Or, pour l’administration (URSSAF surtout) il existe deux régimes en principe exclusif : le salarié et le gérant. Beaucoup d’amis entrepreneurs, mais non coopérateurs, relèvent donc du régime du RSI (Régimme Social des Indépendants).

chauve-sourisIl existe à l’heure actuelle un flou artistique sur le statut du gérant coopératif qui n’est pas sans rappeler la fable de La Fontaine « La Chauve-Souris et les Deux Belettes » :

Je suis Oiseau : voyez mes ailes ;
[…] Je suis Souris : vivent les Rats ;

TESE et le Labyrinthe du Monstre…

Michael Fiodorov
Michael Fiodorov

En Juillet dernier, eco-SAPIENS a fait le choix de changer de comptable et d’aller vers un « défricheur », à savoir le premier cabinet d’expertise-comptable en SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif).

Sur les conseils de Finacoop, nous avons décidé de passer sur un dispositif gratuit et simplifiant proposé par l’URSSAF. Un dispositif pour les TPE, innovant, prometteur… et sous-utilisé. Quand on a découvert ce truc, on se pinçait ! Enfin une interface où l’on peut déclarer simplement les salaires, avoir les bordereaux de cotisations, les bulletins de paie et même le prélèvement.

J’ai donc entamé la procédure, pas forcément triviale à implémenter mais au final, grâce au concours d’une opératrice conciliante, j’ai sorti tout comme il faut.

Et quelques jours plus tard… tout s’effondre…

Suite à l’étude de votre dossier, je constate en effet à l’Insee que vous êtes en SCOP.
Je vous informe que cette particularité ne peut pas être gérée au sein du service Tese.
C’est pourquoi vous devez impérativement procéder à vos déclarations en dehors du dispositif Tese.
J’ai procédé ce jour à la suppression du volet social de Juillet 2016, et demandé la radiation de votre compte auprès de votre Urssaf.

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Saurez-vous immobiliser le point noir ?

Je sais pas si vous réalisez la violence du propos. Je supprime le passé, je t’interdis le service et même je te coupe de l’URSSAF. Parce que là oui on rentre en mode Asterix, à savoir qu’un simple dispositif URSSAF a carrément réussi à indiquer à l’URSSAF que la société était radiée !

Si vous comprenez pas, je vous propose la métaphore suivante :

  1. Vous allez à La Poste pour expédier un colis,
  2. Vous remplissez le bordereau
  3. L’agent vous sourit et vous prend le colis
  4. Une semaine plus tard il vous demande si vous êtes du village.
  5. Vous lui dites que oui mais que vous habitez chez un ami. Il trouve que c’est bizarre, vous rend le colis, vous dit que vous ne pourrez pas l’envoyer à ce bureau et vous explique que vous ne pourrez plus en envoyer car il a déclaré que votre signature ne serait pas reconnue par La Poste en général.

Désolé pour la bizarrerie de cette métaphore mais je ne trouve pas plus bijectif tellement la situation est absurde. Absurde car rien n’explique que le TESE soit dans l’incapacité de gérer les particularités liées aux SCOP. Car :

  1. De particularités sur les fiches de paie et cotisation, il n’y en pas
  2. Il y a déjà plein de SCOP qui utilisent le TESE…

Saisir le Minotaure par les cornes

fienteOui il y a des coopératives qui sont depuis longtemps sur le TESE mais pour ne pas leur causer d’ennui, on ne va pas les mentionner. Il s’agit donc de discrimination et le sujet me paraît sérieux. Mon interlocutrice ne voulant entendre aucun des arguments, j’ai voulu tenter l’aventure ! Est-ce que l’on peut affronter l’URSSAF ?

Bah ca n’a pas l’air simple. Le seul truc que j’ai vu c’est de saisir, la Commission des Règlements à l’Amiable. J’aime bien ce terme « amiable » car c’est mon état d’esprit. Je n’ai pas de rancœur et je préfère plutôt avoir un échange sincère et constructif. ne serait-ce que pour ouvrir la voie à d’autres coopératives plus tard.

Je vous laisse deviner la réponse de cette Commission à mon courrier : pas de réponse bien sûr !

En fait c’est un peu normal car ma requête doit être inédite; en général les litiges avec l’URSSAF concernent la partie cotisations (évaluation, pénalités etc.)

Un petit bras de fer va donc commencer. Un appel à témoignage d’autres SCOP et SCIC a été lancé par la Confédération Générale des SCOP/SCIC. Et nul doute que le « choc de simplification administrative« , promis en 2013, et dans le quel figure le point Répondre aux obligations comptables, fiscales et sociales, nul doute donc qu’il sera mis en oeuvre dans ce contexte.

Mais je vous laisse, la planète se déglingue, la biodiversité se meurt et les inégalités s’accroissent… j’ai décidé d’avoir plein d’autres combats !

Pour en savoir plus : voir le billet de Finacoop :  Le TESE,  interdit aux SCIC et aux SCOP

Passage sur France5 à propos du « label » Better Cotton Initiative

13393983_1103687169702856_2892282731516204969_nUn petit mot pour vous dire que j’ai eu le privilège d’être interviewé dans le documentaire Quand nos T-Shirts filent un mauvais coton diffusé sur France5. L’émission est en accès libre jusqu’au 24 Octobre.

Dans ce reportage réalisé par Camille Roperch et Alexia Sauvageon, je parle surtout de la misère du label Better Cotton Initiative. Un bidule créé par les grandes marques pour leur collection « éthique ». En regardant le documentaire, j’ai appris que les réalisatrices n’avaient d’ailleurs pas eu de réponse de la part d’H&M sur ce sujet. Certains silences en disent long.

Au delà des enjeux sur la culture du coton et du bashing, il y a aussi une petite note d’espoir sur des initiatives exemplaires.

France5 CotonJe profite aussi de ce blitz-post pour partager la nouvelle vidéo de DirtyBiology qui relie merveilleusement un thème qui nous est cher (combien vaut la Nature ?) et la psychologie, sujet récemment traité à propos de la neurosagesse.

En résumé, pour motiver le plus grand nombre à « protéger la nature », il existe deux mécanismes possibles : la voie émotionnelle (spirituelle, sensible, qu’il-est-mignon-ce-bébé-phoque) et la voie rationnelle (utilité écologique… mais surtout hélas économique puisqu c’est l’outil dominant nos sociétés…).

J’y ai appris que nos cerveaux sont hélas mieux câblés pour être sensible au sort d’un individu que d’une population. D’où la nécessité d’AlGoreiser allégoriser la Nature.

En un mot, pour faire de l’écologie efficace, il va falloir s’intéresser à la psychologie. Une révolution…

Du transhumanisme à la neurosagesse (il est fort ce Idriss Aberkane)

p1020616Début 2016, j’avais évoqué une vidéo inspirante d’un certain Idriss Aberkane à propos de l’économie de la connaissance et du biomimétisme. Cette vidéo est devenue virale en septembre 2016 et c’est bien mérité car, malgré les bémols que j’avais humblement barbouillés sur sa partition à l’époque, son intervention était inspirante. D’abord parce qu’il a un talent de vulgarisateur, avec des formules bien amenées et des métaphores perspicaces, ensuite parce qu’il propose un futur « out of the box« .
Je le remercie d’avoir répondu brièvement à mon billet expliquant les raisons de ce qui me semblait des lacunes. Pour se disculper, il évoquait une vidéo tournée dans un contexte de lobbying où il s’agit de convaincre des décideurs.

La nouvelle vidéo qui circule est au sujet d’un livre qui est paru ce 4 Octobre (et que je n’ai donc pas lu… pour le moment) : « Libérez votre cerveau« . J’invite tout le monde à la visionner :

Le bon doigté pour attraper un problème avec son cerveau

Attraper une bouteille avec sa main est trivial car on voit comment s’articule notre main. Mais comme on ne « voit » pas notre cerveau, on ne l’utilise pas forcément de manière optimale pour appréhender un problème cérébral.

« Si l’on voyait comment notre cerveau attrape de la connaissance, on aurait pas besoin de faire de la recherche en neuroscience ».

ruediger-gammCette comparaison nous fait comprendre en un éclair comment font les « prodiges » tel ce Rüdiger Gamm, capable de trouver en une seconde que 53 puissance 9 vaut 3 299 763 591 802 123. Il répartirait l’effort sur plusieurs aires du cerveau pour « attraper le problème » un peu comme on utiliserait plusieurs doigts pour attraper une bouteille.

Mémoire épisodique, mémoire spatiale, mémoire procédurale et mémoire de travail (celle qui dure 15 secondes) sont activées et synchronisées pour une nouvele « ergonomie » cérébrale.

« La bonne nouvelle c’est qu’on pourrait tous faire ça »

Car « quand on fait de la neuro-ergonomie, on peut tout changer : l’école, le travail, la politique, la communication ». Peut-être sans le vouloir, le propos insiste sur les possibilités dans la pédagogie. En postulant que l’apprentissage à l’école est une souffrance, il laisse entrevoir une possibilité d’apprendre en utilisant les résultats de la neuroscience. Et là où c’est effectivement une très bonne nouvelle, c’est qu’il semblerait que notre cerveau raffole d’un truc pour apprendre : le JEU !

Jouer est la façon normale d’apprendre. Pas la façon exceptionnelle ! […] Aujourd’hui l’école n’est pas compétitive pour capter l’attention.

Et on en vient au point qui m’a motivé pour écrire à propos de cette vidéo. Idriss Aberkane constate qu’à notre époque (société  des loisirs, de la distraction ?) avec les jeux vidéos, la télé, facebook, etc. il faut reconnaître que l’école peine à capter notre attention !

dirtyIl se trouve que depuis quelques mois, j’ingurgite une quantité de vidéos Youtube. J’ai en effet débusqué (enfin, après toute le monde…) une communauté de youtubeurs talentueux qui font de la vulgarisation scientifiques. Entre autres MicMaths pour les mathématiques et DirtyBiology pour la biologie.

Alors on objectera que ce n’est pas très nouveau. Que ce n’est que le « format » qui change. Qu’il y a aussi des excellents livres, revues… et même d’excellents professeurs tout simplement qui font aussi bien qu’un Youtubeur pour propager de la connaissance.

La différence repose sur le pouvoir de contagion. Si je peux m’emballer pour une lecture (par exemple le dernier David Graeber ou un nouveau tome de l’Encyclopédie du Dérisoire et de l’Inutile…) je vais prêter le livre à un ami avec une faible probabilité que ce soit lu par l’heureux élu.

Depuis quelques mois j’embête tout le monde avec ce doute qui m’habite depuis quelques mois : et si la vulgarisation scientifique n’allait pas devoir abandonner progressivement l’écrit pour la vidéo…

Exemple personnel et récent : au même moment où je lisais un ouvrage de référence sur les langues celtes, je tombais sur une vidéo d’un jeune youtubeur qui proposait une superbe cartographie en timelapse de l’évolution desdites langues. Plus clair, plus direct, plus facile à digérer.

librairie-visage

Au début j’en étais très chagriné, victime du syndrome du jeune Sarte analphabète qui vénérait les « pierres levées » de la bibliothèque grand-paternelle. Oui le livre garde une dimension sacrée et c’est comme un blasphème pour moi que de comparer la littérature pluri-millénaire à cet épiphénomène technologique nommé Youtube.

Mais ironiquement, dans le cas présent du youtubeur/auteur Idriss Aberkane, la promo du livre est ici bien assurée par la vidéo. Je crois donc que je vais quand même aller plus loin que ces 10 minutes de vidéo et me farcir le livre 😉

Mais revenons à cet extrait justement. Le chercheur nous fournit une nouvelle métaphore. L’école c’est comme un buffet à volonté dans un hôtel de luxe. Un truc génial donc… sauf que le maître d’hôtel vous ordonne de tout manger ! Et d’être sanctionné sur tout ce que vous n’aurez pas bien mangé !
(Pour infos, il y a des restaurants asiatiques qui pratiquent ce genre de règle… et c’est vrai que ça incite à des comportements étranges…)

Une bonne école est une école où le prof prend son pied et où l’élève prend aussi son pied.

En conclusion, il évoque le danger des neurosciences (que je connais bien grâce au travail incomparable et précurseur fourni par Pièces & Main d’Oeuvre) qui risquent bien de se retourner contre nous puisqu’elles sont surtout étudiées dans le secteur militaire et marketing…

yoga-soldat

Et donc d’invoquer une sorte d’éthique en neuroscience, qu’il appelle neurosagesse. Gageons que cet appel est autant périlleux que l’éthique en biologie… Oui, effectivement « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme« . Et je ne suis pas certain qu’un manifeste, aussi bon soit-il, orientera les recherches en neuro-science pour la paix et l’allégresse. C’est mon background Ellulien qui parle…

Mais ce manifeste, en renouant avec la vieille idée du surhomme (le surhomme bien compris, celui qui sait se dominer) renouvelle tout de même fortement la question de la Technique. Car là où les dominants rêvent de transhumanisme (doper l’homme par l’artefact) cette neurosagesse propose une troisième voie à savoir une possibilité de doper l’homme par la Méthode. En premier lieu la pédagogie mais surtout donc la connaissance intérieure et psychique.

Alors même si l’on se méfie toujours des lendemains qui chantent, je dois avouer qu’en tant qu’eco-sapiens, c’est à dire étymologiquement attachée à la sagesse chez soi, cette neurosagesse ici proposée me plaît bien. Qui sait ? On va même pouvoir la rattacher définitivement avec les recherches en neuroscience de la méditation.

Affaire à suivre donc !

(Edit voici le billet où je fais part de ma déception : On peut se tromper )